Source LTG - 27/04/2017

Togo : Pa Augustino de Souza père de l'indépendance togolaise

Pa Augustino de Souza est peu connu de la jeunesse du Togo. Et lorsqu’on évoque son souvenir, la pluspart des togolais n'ont de référence que l’Avenue qui porte son nom à Lomé. A cette occasion de la date anniversaire de sa naissance, il est indispensable d’évoquer la vie et l’œuvre de l’homme.

Pa Augustino Ezéchiel de Souza est issu de la bourgeoisie foncière et commerçante afro-brésilienne. Il est né le 15 octobre 1877 à Agbodrafo (Porto Seguro) d’Ezéchiel Manuel de Souza et de Kokoè Apéto Ayi d’Almeida. Petit-fils Don Francisco Félix de Souza « Chacha », riche négociant installé à Aného où il fonde une factorerie Deos me adjudos (Dieu m’aide) qui deviendra l’actuel quartier Adjido.

Pour ses études, il fréquente les écoles allemande et anglaise dans sa ville natale puis à Aného. En entrant dans la vie active, il sert d’abord comme maître- catéchiste notamment à Togoville et à Aného, puis on le verra dans l’administration en qualité d’Agent interprète et de Commis des Travaux publics à Mango. Dans le secteur privé, Augustino Ezéchiel de Souza travaillera comme Chef stock à la Deutsche Togo Gesellchaft ( DTG).

En 1849, l’ancêtre Francisco-Félix meurt à Gléhoué (Ouidah) où il eut droit à des funérailles d’un roi. La légende racontera que le petit-fils fut un des providentiels héritiers de sa considérable fortune. Augustino Ezéchiel ainsi suivra les pas de son ancêtre en développant une importante carrière commerciale tout le long de sa vie. En s’installant pour son propre compte au numéro 18 de l’actuelle Rue de l’Eglise à Lomé ( Adawlato), il achète par adjudication publique, les domaines fonciers allemands pour les transformer en plantations de cocotiers. Cette zone transformée quelques années plus tard en quartiers d’habitations, reste bien connue des populations de Lomé sous la dénomination de Souza- Nétimé « Cocoteraie de Souza »

Un féru de politique

Au fil des années, Pa Augustino Ezéchiel de Souza fit fortune à partir de sa compagnie import-export qui commercialisait les dérivées de ses immenses palmeraies près d’Aného et dans la région de Lomé. Il était considéré à l époque comme la plus grande fortune togolaise d’avant l’indépendance. Et lorsque les colons français eurent l’idée de créer un Conseil des Notables pour impliquer l’embryon de la bourgeoisie locale dans la gestion des affaires publiques, ce fut le commerçant- planteur Pa Augustino Ezéchiel de Souza qui en avait joué le rôle de président, aux côtés d’autres notables ; Jacob Adjallé, Octaviano Olympio, Thimoty Agbétsiafan

A la fin de deuxième Guerre Mondiale, il va s’engager dans les divers mouvements qui ont combattu pour l’unification des Ewés sous une seule administration coloniale En réalité, Pa Augustino Ezéchiel de Souza « Gazozo » a beaucoup contribué à la création du Comité de l’Unité togolaise par le gouverneur Montagné. Il avait été Trésorier général puis le premier Président général jusqu’à sa mort de cette association transformée plus tard en parti politique pour combattre la domination française sur les populations togolaises.

Pa Augustino Ezéchiel de Souza «Gazozo» a été également l’un des rares soutiens actifs au Togo français de la direction Anlo de l’All Ewe Conference de Daniel Chapman qui avait ses quartiers au Ghana. Le riche commerçant planteur a été témoin oculaire du triomphe des partis nationalistes lors des élections/référendum du dimanche 27 avril 1958 organisées sous l’égide des Nations unies. Il meurt le 25 avril1960, soit exactement deux jours avant les festivités de la proclamation officielle de l’Ablodé (Liberté).

Pour ne pas semer le désarroi au sein de l’opinion, et éviter la mise en berne du nouveau drapeau national, la nouvelle de la mort du grand argentier de la lutte anti-coloniale togolaise avait été rendue public après la tenue des festivités de la proclamation de l’indépendance togolaise. Les funérailles de Pa Augustino Ezéchiel de Souza « Gazozo » se sont déroulées devant une immense foule, à cause justement de la contribution qu’il apporta au combat pour l’émancipation du vaillant peuple togolais.

L’ancien président du Conseil des Notables et Grand officier de l’Ordre du Mono, se repose depuis lors dans un mausolée érigé dans l’une de ses nombreuses concessions située en plein cœur de la Ville de Lomé. La mémoire du Garant moral de la lutte pour l’indépendance togolaise reste toujours vivace dans les mémoires et se raconte toujours en guise de légende.

En cette date anniversaire de la naissance de cette éminente personnalité, la génération présente doit se remettre en question et se demander ce qu’elle a fait de l’héritage à elle laissée par les aînés?

La mémoire de Pa Augustino Ezéchiel de Souza mérite d’être racontée par les historiens qui peuvent lui consacrer un ouvrage. Grande figure politique togolaise, il en a animé une tranche fort cruciale de son histoire.

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