Source TOURNONS LA PAGE - 08/10/2016

Lettre ouverte de la campagne «Tournons la Page» à François Hollande

La campagne internationale « Tournons la page » qui oeuvre à la promotion de l'alternance démocratique en Afrique interpelle M. François Hollande sur la position de la France vis-à-vis de la situation post-électorale au Gabon. Pour les membres de la campagne, la France doit accorder sa politique extérieure avec le respect des droits fondamentaux et des valeurs démocratiques.

Monsieur le Président,

La présence de M. l'ambassadeur de France au Gabon, Dominique Renaux, à l'investiture de M. Ali Bongo Ondimba, le 27 septembre dernier, nous avait alertés. Lors de son entretien du 29 septembre sur Europe 1, Jean-Marc Ayrault a confirmé notre crainte : "'Il [Ali Bongo] est investi. Il est installé. La France était représentée par son ambassadeur. Vous avez vu qu’il y a une certaine retenue après cette élection et en même temps, ce que nous voulons, ce n’est pas la déstabilisation du Gabon".

Dans ce même entretien, le Ministre des affaires étrangères saluait "la politique de rassemblement" sous contrôle de l'Union Africaine entreprise par Ali Bongo Ondimba. Peut-on vraiment qualifier de rassemblement la proposition faite aux opposants de collaborer avec les responsables des massacres post-électoraux ? Pouvez-vous croire que l'Union Africaine présidée aujourd'hui par Idriss Deby, pompier pyromane de l'Afrique centrale depuis plusieurs années, est l'institution adéquate pour résoudre la crise ?

La déstabilisation que Jean-Marc Ayrault redoutait ne vient pas du manque de dialogue entre l'opposition et le gouvernement autoproclamé. Elle vient de 49 ans de pouvoir d'une seule et même famille, de la répression d'Etat qui s'abat sur un peuple plein d'espoir, de la pauvreté sous laquelle vit un tiers des Gabonais alors que le pouvoir s'enrichit.

Tout au long de la crise post-électorale, la France a pourtant porté une voix plus critique qu'à l'accoutumée. Si les coups d'Etat constitutionnels et les mascarades électorales au Tchad, au Congo-Brazzaville et à Djibouti n'avaient guère suscité de réaction de la diplomatie française, la situation gabonaise a nourri un discours plus ferme. Alors que Jean-Marc Ayrault assurait le 25 septembre 2016 que "l'examen des recours n'a pas permis de lever tous les doutes", il accepte aujourd'hui le verdict de la cour constitutionnelle oubliant les exigences de recomptage des voix bureau par bureau en opposition avec l'Union Européenne. Appeler au rassemblement avec Ali Bongo c'est condamner le peuple gabonais aux élections frauduleuses, à la répression et à l'impunité de ses dirigeants.

Si "les autorités du Gabon ont la responsabilité première de prendre les initiatives qui restaurent la confiance des Gabonais en leurs institutions ", la France n'a-t-elle pas la responsabilité d'accorder sa politique extérieure avec le respect des droits fondamentaux et des valeurs démocratiques ? Pourquoi ne pas prendre position sur le Gabon comme vous l'avez fait pour la République Démocratique du Congo ? Quelle confiance les Français peuvent-ils avoir en l'action diplomatique de leur pays ? Quel message envoyez-vous aux Gabonais, mais aussi aux Congolais, qui risquent leur vie pour refuser la confiscation du pouvoir dans leur pays ? Alors que les services secrets gabonais ont mis sur écoute les observateurs de l'Union Européenne par lors de leur mission à Libreville, continuerez-vous à faire d'Ali Bongo Ondimba un interlocuteur légitime ?

Monsieur le Président, il est encore temps de changer le cours de cette tragédie, c'est pourquoi nous vous demandons de geler les relations diplomatiques avec le gouvernement d’Ali Bongo Ondimba et de suspendre la coopération sécuritaire française auprès de ce régime. Le non-respect par la Cour Constitutionnelle d'une confrontation des procès-verbaux des bureaux de votes en présence des deux parties est la preuve d'une inversion flagrante des résultats qui valide la victoire de Jean Ping. La France peut rappeler son attachement au respect des droits de l'homme, en demandant la libération de tous les militants de la société civile et de tous les détenus politiques ainsi qu'une enquête internationale indépendante sous égide des Nations Unies sur les massacres, les disparitions et les arrestations arbitraires. Enfin, la France devrait demander des comptes concernant la mise sur écoute des observateurs européens par les services secrets gabonais et sanctionner les responsables du coup d’Etat électoral et de la répression contre le peuple gabonais (gel et surveillance de leurs avoirs à l’étranger, interdiction de visa, annulation des titres de séjour...).

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération.



La campagne Tournons la page

Contact :

Laurent Duarte, coordinateur et porte-parole.

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