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LETOGOLAIS.COM - 26/12/2019 Imprimer | Envoyer | Réagir

Presidentielles 2020: INTERVIEW du Pr David Dosseh du Front citoyen Togo-debout(FCTD)

INTERVIEW du Pr David Dosseh, porte-parole du Front citoyen Togo-debout(FCTD).

« Face à cette dictature sans foi ni loi, il faut assurer la sécurité des populations qui répondent à nos appels et osent braver ce régime… »

Au Togo, les inquiétudes relatives au scrutin présidentiel de février prochain se multiplient. Face à un processus décliné en rouleau compresseur, le porte-parole du FCTD décrypte et met en garde.

Propos recueillis par Franck Essénam EKON


LTG :-Les conditions d’organisations des élections n’ont pas fondamentalement changé depuis les législatives et les locales de l’année qui vient de s’écouler. Vous semblez pourtant vous acheminer vers une participation aux présidentielles de février 2020. Qu’est-ce qui justifie ce revirement ?

Je ne crois pas qu’on puisse parler de revirement. Le FCTD a toujours marqué son attachement à un renouveau démocratique au Togo et si ce renouveau doit passer par la voie des urnes nous sommes prêts à accompagner le processus. Mais, cette démarche nécessite des aménagements dans l’organisation et la mise en œuvre du processus. Le FCTD a clairement formulé 3 exigences fondamentales : un fichier consensuel mis à la disposition de tous ; une recomposition de la CENI et de ses démembrements afin d’assurer une vraie autonomie à cet organe censé organiser le processus électoral ; une proclamation des résultats bureau de vote par bureau de vote, de manière à garantir une traçabilité des résultats et un minimum de transparence (selon les recommandations de plusieurs missions d’expertise électorale de l’UE au Togo). En fait à quoi assistons-nous ? Nous appelons les populations à voter, nous leur demandons de surveiller le dépouillement et ensuite nous n’avons plus aucune maitrise sur la suite des événements. Quand la CENI proclame des résultats préfabriqués, il est impossible pour le citoyen ordinaire de savoir si la CENI a tenu compte des résultats tels que sortis de son bureau de vote dans lequel il a assuré la veille citoyenne et la protection du scrutin ou si la CENI a pris en compte des résultats totalement falsifiés. Il est indispensable désormais qu’il y ait une vraie traçabilité par la mise à disposition du détail des résultats du scrutin afin que chaque citoyen, démocratiquement puisse comparer les résultats pris en compte par la CENI à ceux qu’il détient pour avoir assisté au dépouillement. Sans la satisfaction de ces exigences qui sont raisonnables et sans aucune exagération, nous serons obligés de tirer les conséquences d’une situation qui n’a que trop duré.

« Nous ne devons pas assister à un émiettement des candidatures avec chacun qui travaille pour son propre compte ! »


LTG :-On en est pratiquement à une annonce de candidature par jours à ces présidentielles. Avez-vous, au FCTD une position tranchée vis-à-vis de cette frénésie ?

Nous sommes de la société civile et avons pour mission essentielle d’œuvrer à la mise en place des conditions pouvant assurer la transparence et l’équité du scrutin qui s’annonce. Il revient aux politiques de s’entendre sur les stratégies. Même s’il est difficile aujourd’hui de concilier les positions, nous pensons que la stratégie de la candidature unique ou celle qui consiste à avoir un certain nombre de candidatures stratégiques ont chacune des avantages et des points faibles. Quoi qu’il en soit l’essentiel c’est d’assurer une mutualisation des forces et une mise en commun d’un certain nombre de ressources entre forces démocratiques, notamment à la base, sur le terrain, pour avoir un vrai maillage du territoire national. Nous ne devons pas assister à un émiettement des candidatures avec chacun qui travaille pour son propre compte.

LTG :-Dans un récent courrier adressé à la délégation de la CEDEAO, vous revenez sur un certain nombre d’exigences relatives à la fiabilité du scrutin à venir. Compte tenu du calendrier fixé par le pouvoir et à deux mois du premier tour, pensez-vous que la satisfaction de ces « conditions » minimales soit encore un objectif tenable ?

Pour nous c’est un objectif tenable et surtout indispensable si nous voulons assurer la tranquillité et la paix au Togo. Si on fait fi de ces exigences la suspicion sera toujours de mise et les résultats des élections seront contestés. Nous serons de nouveau dans un nouveau cycle de turbulences à même de perturber fortement le fonctionnement de notre pays qui s’enlise chaque jour davantage…

LTG :-…Mais, vos interlocuteurs de la médiation, sont de votre propre aveu, les mêmes que lors de vos contacts antérieurs. Ne prend-t-on pas les mêmes pour recommencer ?

Je suis d’accord avec ce que vous venez de dire. A l’heure actuelle, nous pensons que même si les contacts ne sont pas rompus avec la CEDEAO ou d’autres partenaires des institutions internationales, au vu de leur passivité pour ne pas dire plus, il vaut mieux compter sur nos capacités endogènes pour réussir à faire fléchir le régime. La force dont nous disposons c’est ce peuple qui désire tant le changement. Nous devons redonner confiance et vitalité à la mobilisation et les prochaines semaines seront décisives.

« Il vaut mieux compter sur nos capacités endogènes pour réussir à faire fléchir le régime ! »

LTG :-Au sein d’une société civile assez disparate, vous donnez quelques fois l’impression d’osciller entre le recours à la mobilisation de la rue et une posture globalement légaliste…

Il est vrai que la société civile est disparate. Nous avons fait le choix d’une action militante que nous assumons totalement. Je crois qu’il faut raisonnablement et de façon pragmatique mettre la pression mais en faisant tout pour préserver l’intégrité physique des populations. Face à cette dictature sans foi ni loi, il faut assurer la sécurité des populations qui répondent à nos appels et qui osent braver ce régime car, nous n’oublions pas 2005 et tout le sang versé. Il ne s’agit pas pour nous de rester tranquillement dans un fauteuil et d’appeler les foules à braver les armes. Il s’agit de participer avec les manifestants à démontrer la volonté inébranlable d’un peuple pour la liberté. Sans violence je reste convaincu que nous pouvons y arriver, avec foi et détermination. Dans d’autres pays, il y a eu moins de sacrifices et pourtant la communauté internationale est intervenue pour aider à mettre fin à la dictature. Au Togo il y a eu 2005 et le statu quo. Nous demeurons légalistes. Nous verrons comment combattre et vaincre ce régime, même avec ses propres règles si nécessaire.

LTG :-Dans une configuration où les conditions de transparence et de crédibilité du scrutin ne seraient pas garanties, comment entrevoyez-vous la suite des événements dans le pays ?

Si des conditions minimales ne sont pas garanties nous le disons clairement, le FCTD se retire et n’accompagnera pas le processus. Et alors toutes les actions de désobéissance civile ou autres seront envisageables.



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