Mercredi 26 Avril 2017

Contactez-nous

Recherche :

Actualités

A la une

Editorial

Societe

Regions

Diaspora

Carnet

Politique

Economie

Sante

Education

Culture

Sports

Afrique

International

Repères

Opinions-debats

Revues de presse

Interviews

Portraits

Annonces

Emplois

Immobilier

Divers

Services

Archives

Newsletters

Abonnement

Publicite

Espace reserve

Qui sommes-nous ?

LETOGOLAIS.COM - 28/05/2003 Imprimer | Envoyer | Réagir

HERMINA, le nouveau roman de Sami TCHAK : philosophie dans le foutoir


De la Havane à Paris, Heberto Prada, auteur plus qu’en herbe, tétanisé par ses lectures, tente d’écrire un étrange roman qu’il voudrait à la fin intituler Hermina. Du nom de cette jeune fille qu’il croit née de la Muse qui, un soir, lui a fait découvrir le sens de la littérature : « essayer de donner un sens, un sens moins fragiles que les vies » (p.13). Drôle de personnage, Heberto Prada, qui vit tout entier confiné dans ses fantasmes (coucher Hermina et, accessoirement, sa mère), et se refuse à passer à l’acte, justement pour garder pur son rêve, ne pas « réduire Hermina à des images peut-être vulgaires » (p.69). Normal donc qu’il tue de sa plume l’objet du désir, pour en conserver la quintessence. Ce troisième roman de l’écrivain togolais dépayse et nous transporte en territoire sadique et sadien pour une leçon de vie que je qualifierais volontiers de philosophie dans le foutoir. Viol, inceste, sodomie, sado-masochisme…, tout y passe, laissant le lecteur pantois ou émoustillé, c’es selon.

La méthode de Tchak est exactement celle de Sade : piéger le lecteur dans sa jouissance de l’horreur, sans renoncer à la subversion des discours communs par les armes du langage. Convaincre par la raison, prouver par l’érection ! On peut se laisser prendre au piège, comme dans cette scène d’anthologie sur les « zoos humains » (pp. 172-202), belle métaphore sur la masturbation (sexuelle et intellectuelle), au cours de laquelle Heberto Prada, emporté par sa propre diarrhée verbale, convoque un auditoire invisible composé uniquement de femmes, Hermina, bien sûr, Mira (qui s’enfonce le doigt dans le vagin en écoutant jacter son amant virtuel), une prostituée noire, etc. Enjeu : les séduire par une mise en scène d’arguments et de contre-arguments pas toujours valides, mais forts de leur propre énonciation, de leur logique interne, n’est-ce pas cela le fort de toute idée, à idée, idée et demi… Seul compterait le langage, et le désir de s’imposer comme maître de la parole. D’où découlent, dans ce roman-fleuve, d’autres thèmes comme la vacuité de l’exil, la nostalgie du pays perdu ou volontairement renié, la traque des mensonges de l’existence. À cette déclinaison sur le mensonge, justement, Sami Tchak nous avait déjà habitués depuis Place des fêtes, il récidive par un déstabilisant portrait des P.B., les Précaires Branchés, personnages ayant érigé le paraître en règle de vie, au mépris de tout principe de réalité, portrait dans lequel n’importe quel lecteur peut se reconnaître (s’il a le courage de le faire !) ou reconnaître un ami, un ennemi. Comme dans la jouissance d’une scène perverse, le lecteur est cueilli à l’estomac par tant de franchise, et c’est cela qui fait de Sami Tchak un auteur politiquement pas correct dans le paysage littéraire africain qui sait mettre ses entrailles sur la place publique sans souci des bien-pensants !

On ne peut résumer Hermina, tout au plus se laissera-t-on emporter sur ce radeau de mots et d’idées qui dérangent le confort du lecteur, tellement l’écrivain se met lui-même en danger. En effet, n’est-il pas un peu ce Samuel, double à rebours dans l’espace de Heberto Prada, sociologue perdu à La Havane dans les jupons d’une certaine Irma, qui ne sait plus ce qu’il recherche, enquêter sur la prostitution à Cuba, ou débrouiller ses propres angoisses existentielles ? Et aussi, dans une certaine mesure, Heberto Prada lui-même, l’apprenti écrivain paralysé par son idolâtrie de la « grande littérature », et par cette idée proprement castratrice que tout a déjà été écrit et qu’on ne peut plus rien inventer en littérature ? Cqfd !
Roman des fantasmes et des mensonges humains, Hermina, roman des échecs mal assumés mais avoués sans limites, réflexion désespérée sur le sens de la vie et de la création littéraire.

Kangni Alem


Bio-bibliographie
De son vrai nom Sadamba Tchakoura, Sami Tchak est né en 1960 au Togo. Après des études de philosophie à Lomé, il part préparer en France un doctorat de sociologie. Il vit et écrit aujourd’hui à Paris. Il est l’auteur entre autres de 3 romans : Femme infidèle (NEA, 1988), Place des fêtes (Gallimard, 2001),
Hermina (Gallimard, 2003), et de plusieurs essais de sociologie aux éditions

L’Harmattan, dont La prostitution à Cuba (1999), La sexualité féminine en Afrique (1999), etc…

Hermina, Paris, Gallimard, Continents Noirs, 350 p. 19,50€.

Imprimer | Envoyer par email | Réagir à cet article

Page précédente
DERNIERES DEPECHES
Togo : Jean-Pierre Fabre dit NIET à Faure Gnassingbé
Ouverture vendredi à Yaoundé d’une réunion des pays de la zone franc
Togo : 35 milliards de francs CFA de bons de trésors vont être émis sur le marché de l’UEMOA
Togo : Un nouveau Cahier des charges pour Togocel pour améliorer ses réseaux G2/G3
Espace CEDEAO: Le Togo s’oppose à la limitation des mandats présidentiels à deux !
Togo: l’OIF rend son rapport sur l’organisation de l’élection du 25 avril
Présidentielle au Togo: dix jours pour régler les derniers problèmes
Togo: Présidentielle reportée au 25 avril à cause du fichier électoral bidonné ?
Togo: les fonctionnaires en grève
L’élection au Togo s’invite en justice à Bruxelles
Les autres dépêches...



OPINIONS-DEBATS

TOGO: JE DIS BRAVO, PRINCE GNASSINGBé! NON SEULEMENT PAR IRONIE...
En refusant de signer le protocole des chefs d'État portant limitation du nombre des mandats présidentiels à deux, protocole qui a cependant recueilli l'accord de 8 chefs d'État sur 10, Gnassingbé n'a rien révélé de neuf, ni de sa personnalité, ni de ses intentions que nous, je veux dire un certain nombre de Togolais, ignorerions. Je dis bravo ! non seulement par ironie, mais aussi parce qu’il aurait pu user d’hypocrisie et de la fourberie qu’on lui connaît et signer le protocole, pour n’en jamais tenir compte, comme tant d’autres fois. Par Sénouvo Agbota ZINSOU


PORTRAITS

TOGO-RéPRESSIONS MILITAIRES : QUI A TUé ALABI NADJINOUDINE ?

INTERVIEWS

LAURENT BIGOT, DIPLOMATE LIMOGé POUR AVOIR PRéDIT LA CHUTE DE COMPAORé
C’était il y a deux ans, en juillet 2012 : le diplomate français Laurent Bigot a fait scandale en annonçant la chute de Blaise Compaoré. Après le Burkina Faso, y aura-t-il d’autres pays où la jeunesse se révoltera ? Le cas du Togo nous vient immédiatement à l’esprit. Le clan Gnassingbé, ça fait près de 47 ans qu’il est au pouvoir.


REVUES DE PRESSE

FAURE GNASSINGBé: LE DIALOGUE à LA BOUCHE, LES ARMES ET GOURDINS CLOUTéS EN MAINS
De père en fils, le régime des Gnassingbé, ce clan qui a pris en otage le peuple togolais, n’a pas changé. Ni dans sa nature, ni dans ses méthodes de conservation du pouvoir à tout prix. Et pourtant, au lendemain du décès d’Eyadéma, suivi quelques heures plus tard de l’installation de Faure Gnassingbé au pouvoir par un quarteron d’officiers, et surtout après la parenthèse de sang de 2005, un brin d’espoir était né auprès d’une frange de la population. A raison, étant donné l’extrême jeunesse du successeur du vieux dictateur au pouvoir et plus encore de son discours sur sa volonté de trancher avec l’ère ancienne.


DOSSIERS

Togo: Les forces armées togolaises et le dispositif sécuritaire de contrôle (1&2)

La constitution togolaise (1)

La constitution togolaise (2)

La constitution togolaise (3)