Vendredi 22 Mars 2019

Contactez-nous

Recherche :

Actualités

A la une

Editorial

Societe

Regions

Diaspora

Carnet

Politique

Economie

Sante

Education

Culture

Sports

Afrique

International

Repères

Opinions-debats

Revues de presse

Interviews

Portraits

Annonces

Emplois

Immobilier

Divers

Services

Archives

Newsletters

Abonnement

Publicite

Espace reserve

Qui sommes-nous ?

L'AUTEUR - 15/12/2018 Imprimer | Envoyer | Réagir

Togo : Les Togolais n’ont plus à payer le prix de la stabilité de la CEDEAO


« Les pays ont leur mafia ; mais avec le Togo, la mafia possède son pays». Eva Joly, ancienne juge française.

Depuis le déclenchement de la révolte populaire en août 2017, s’il y a un terme qui revient le plus dans les échanges entre les Togolais et les partenaires étrangers soucieux de préserver leurs intérêts et peu enclins à soutenir la quête d’alternance politique, c’est bien ces trois mots : « la stabilité régionale ». Ce terme apparemment noble cache en réalité une tragédie, car il va de pair avec la tragédie du peuple togolais.

En 1973, soit deux ans avant la création de la CEDEAO, la romancière américaine Ursula Le Guin publiait un recueil qui comprenait une nouvelle bien intéressante : « Ceux qui partent d’Omélas » (en anglais : The Ones Who Walk Away From Omelas). Qu’y a-t-il de particulier au sujet de cette nouvelle et quel est son lien avec la stabilité régionale dont je parlais dans l’introduction de ma présente réflexion ? Eh bien retenez que dans cette nouvelle, l’auteure parle d’une ville, Omélas, une ville qui n’a rien à envier au pays des merveilles visité par Alice dans le dessin animé de nos enfants. Omélas, « ressemble à une ville de contes de fées », une ville que l’auteure laisse à chacun de nous le soin d’imaginer selon nos propres fantaisies.

Malgré ce tableau très parfait, la ville d’Omélas a quelque chose de particulier ; elle cache un sale et vil secret connu de tous les habitants: dans une pièce située au sous-sol d’un immeuble de la ville d’Omélas se trouve un jeune garçon de 10 ans, gardé là comme prisonnier, d’ailleurs le seul prisonnier dans cette ville si parfaite. « Dans un coin de cette pièce se trouve quelques balais aux têtes raides, épaisses et nauséabondes à côté d’un sceau rouillé. » Il n’y a pas de mots pour décrire la maltraitance à laquelle cet enfant est soumis, et reprendre les mots de l’auteure sur les conditions de vie de cet enfant serait une perte de temps. Mais retenons quand même que cet enfant est gardé dans ces conditions pour une seule et unique raison : le bonheur de la ville d’Omélas en dépend. Bien que les habitants de cette ville qui ont pu voir cet enfant au moins une fois soient choqués, écœurés et dégoûtés par cette vue, « il n’y a rien qu’ils puissent faire ». Pourquoi ? Parce que, leur explique-t-on, « si l’enfant venait à être sorti au soleil, s’il venait à être lavé, nourri et réconforté, toute la prospérité, la beauté et la joie d’Omelas seraient détruites dans l’heure qui suivrait. Telles sont les conditions.»

J’ai lu cette nouvelle pour la première fois au lendemain de la présidentielle controversée de 2005 au Togo. Depuis, le regard que je pose sur le Togo et sa position au sein de la sous-région ouest-africaine me porte à croire que Omélas n’est pas autant une fantaisie que ça ; cette ville a pris forme dans l’espace CEDEAO. J’ai repris les passages de la nouvelle d’Ursula Le Guin parce que le sort réservé à cet enfant m’a semblé décrire le mieux le sort des Togolais depuis un demi-siècle : ils sont restés ceux-là qu’on peut aisément sacrifier au nom de l’intérêt général, essentiellement sous-régional, mais aussi international, particulièrement les intérêts France-africains. Au point où l’on serait tenté de penser que le Togo, loin d’être un pays membre de l’espace sous-régional ou francophone, serait plutôt la propriété de chacun de ces espaces, propriété gérée par Gnassingbé & Fils. Les exemples dans lesquels les hommes politiques, surtout les responsables de l’opposition togolaise, ont été amadoués ou menacés afin d’accepter le statut quo au nom de la sauvegarde d’une bien curieuse « stabilité régionale », sont légion. Les situations dans lesquelles la communauté régionale et internationale a tout fait pour maintenir les Togolais comme dans la même situation que le garçon du sous-sol d’Omélas sont malheureusement assez éloquentes et trop nombreuses pour être cités ici.

La stabilité régionale expliquerait les acrobaties des diplomates en poste à Lomé, les voltefaces, la confusion savamment orchestrée par la CEDEAO ainsi que le mutisme et l’attentisme de son jumeau la « communauté internationale ». Ayant très vite saisi le filon, c’est-à-dire les avantages qu’il peut tirer d’une telle vision des choses au sein de la CEDEAO, le régime togolais s’empresse partout et autant qu’il le peut de présenter ses détracteurs comme des dangers pour cette stabilité régionale. Il trouve facilement des relais auprès de ceux pour qui le Togo est un eldorado, des commissaires véreux de la CEDEAO aux diplomates en pertes de repères moraux et toute la mafia qui a fait du Togo « son pays ».

Pour plus d’efficacité de la lutte pour l’alternance, il serait important que les Togolais et en premier lieu les leaders de la contestation, bannissent ce terme de « stabilité régionale » de leurs préoccupations. La lutte des Togolais pour l’alternance politique n’a pas à s’accommoder de la stabilité régionale ; cette lutte doit tout simplement réussir. Ce n’est pas l’aboutissement de la lutte pour l’alternance qui constitue une menace pour la stabilité régionale ; c’est plutôt le manque d’alternance au Togo qui constitue cette menace. Si la mission de la CEDEAO est de se préoccuper de cette stabilité, la mission des Togolais, elle, est ailleurs ; c’est le Togo. Et pour accomplir cette mission, les Togolais n’ont plus rien à payer pour la stabilité de la CEDEAO ; ils ont assez payé.

Aminou Ben Yaya
12 décembre 2018

Imprimer | Envoyer par email | Réagir à cet article

Page précédente
DERNIERES DEPECHES
Togo : Jean-Pierre Fabre dit NIET à Faure Gnassingbé
Ouverture vendredi à Yaoundé d’une réunion des pays de la zone franc
Togo : 35 milliards de francs CFA de bons de trésors vont être émis sur le marché de l’UEMOA
Togo : Un nouveau Cahier des charges pour Togocel pour améliorer ses réseaux G2/G3
Espace CEDEAO: Le Togo s’oppose à la limitation des mandats présidentiels à deux !
Togo: l’OIF rend son rapport sur l’organisation de l’élection du 25 avril
Présidentielle au Togo: dix jours pour régler les derniers problèmes
Togo: Présidentielle reportée au 25 avril à cause du fichier électoral bidonné ?
Togo: les fonctionnaires en grève
L’élection au Togo s’invite en justice à Bruxelles
Les autres dépêches...



OPINIONS-DEBATS

TOGO: JE DIS BRAVO, PRINCE GNASSINGBé! NON SEULEMENT PAR IRONIE...
En refusant de signer le protocole des chefs d'État portant limitation du nombre des mandats présidentiels à deux, protocole qui a cependant recueilli l'accord de 8 chefs d'État sur 10, Gnassingbé n'a rien révélé de neuf, ni de sa personnalité, ni de ses intentions que nous, je veux dire un certain nombre de Togolais, ignorerions. Je dis bravo ! non seulement par ironie, mais aussi parce qu’il aurait pu user d’hypocrisie et de la fourberie qu’on lui connaît et signer le protocole, pour n’en jamais tenir compte, comme tant d’autres fois. Par Sénouvo Agbota ZINSOU


PORTRAITS

#TOGODEBOUT : MOBILISATION MONSTRE DE LA DIASPORA DE BASTILLE à RéPUBLIQUE à PARIS

INTERVIEWS

LAURENT BIGOT, DIPLOMATE LIMOGé POUR AVOIR PRéDIT LA CHUTE DE COMPAORé
C’était il y a deux ans, en juillet 2012 : le diplomate français Laurent Bigot a fait scandale en annonçant la chute de Blaise Compaoré. Après le Burkina Faso, y aura-t-il d’autres pays où la jeunesse se révoltera ? Le cas du Togo nous vient immédiatement à l’esprit. Le clan Gnassingbé, ça fait près de 47 ans qu’il est au pouvoir.


REVUES DE PRESSE

FAURE GNASSINGBé: LE DIALOGUE à LA BOUCHE, LES ARMES ET GOURDINS CLOUTéS EN MAINS
De père en fils, le régime des Gnassingbé, ce clan qui a pris en otage le peuple togolais, n’a pas changé. Ni dans sa nature, ni dans ses méthodes de conservation du pouvoir à tout prix. Et pourtant, au lendemain du décès d’Eyadéma, suivi quelques heures plus tard de l’installation de Faure Gnassingbé au pouvoir par un quarteron d’officiers, et surtout après la parenthèse de sang de 2005, un brin d’espoir était né auprès d’une frange de la population. A raison, étant donné l’extrême jeunesse du successeur du vieux dictateur au pouvoir et plus encore de son discours sur sa volonté de trancher avec l’ère ancienne.


DOSSIERS

Togo: Les forces armées togolaises et le dispositif sécuritaire de contrôle (1&2)

La constitution togolaise (1)

La constitution togolaise (2)

La constitution togolaise (3)