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L'AUTEUR - 20/10/2016 Imprimer | Envoyer | Réagir

Une Imposture de Trop au Togo


Parce que toute action politique doit s’inspirer de l’éthique et s’y fonder en favorisant la responsabilité et la transparence, parce qu’aucune institution togolaise n’est en mesure de donner les coûts réels du Sommet sur la Sécurité maritime ayant conduit à la très embryonnaire Charte de Lomé, parce que des millions de dollars ont été déjà versés pour des services externes dont toutes les expertises existent localement ou dans les pays voisins alors que de simples chauffeurs peinent à se faire payer leurs prestations, parce que tous ces écarts sont insultants que la lutte intelligente pour la République se doit de continuer au Togo et dans sa Diaspora.

Une fois de plus, c’est dans les réformes politiques profondes et globales qu’il faut croire, et non dans les institutions actuelles qui ne se sentent redevables devant les citoyens togolais. Toutes les tentatives d’amalgame et de clientélisme des Adowuinon ont vainement essayé de faire croire, jusque dans la diaspora togolaise, que la tenue de la conférence sur la Sécurité maritime, au Togo, serait d’un bénéfice structurant pour le pays.

Peine perdue! Si le pouvoir présidentiel, ses conseillers autant que Faure Gnassingbé lui-même étaient capables d’une saine perspective en politique de développement, il y a bien longtemps que les Togolaises et les Togolais l’auraient remarquée. Manifestement, les soucis et objectifs de la nomenklatura togolaise sont ailleurs.

Dans un contexte de « mandat social », rien n’aurait justifié une ponction budgétaire aussi scandaleuse devant le désastre socio-économique de la gouvernance actuelle au Togo. Les dégâts de toutes ces années d’apprentissage et de gestion approximative auraient appelé à la retenue, au discernement ou encore à la nécessité des réformes ainsi qu’à la redéfinition des priorités, salutaires à l’ensemble des populations togolaises.

À l’évidence, les gouvernants togolais n’en sont qu’à la désinvolture traditionnelle et à l’amateurisme coutumier : le Togo n’est pas sorti des grandes allées de l’imposture et de l’invouloir. Et ce n’est pas une quelconque complaisance devant une si grande défaillance de la classe dirigeante qui pourrait constituer la solution, après plus d’une décennie d’errance et de déperdition déconcertantes.

D’ailleurs, sur les réseaux sociaux, circulent allègrement des images et messages qui résument le désarroi général; des analogies comme « où sont nos salaires après votre sommet », « tout ça pour si peu » et autres amabilités de même nature.

En somme, l’épisode du fameux Sommet de Lomé est davantage le reflet d’une quête de légitimité à l’extérieur des frontières togolaises, un racolage diplomatique à l’extérieur jusque dans les chancelleries occidentales, une dégradation orchestrée de l’indifférence culturelle, sociale, économique, intellectuelle et citoyenne au Togo, un réflexe constant d’une carence assumée, une exaltation assidue de la violence d’un État Patapa institutionnalisé, et surtout un goût de la notoriété gonflée à l’insuffisance, au point de forcer une Charte de Lomé minimaliste.

Une Charte de Lomé tellement frileuse, peu avant-gardiste, que la référence est uniquement faite aux seules eaux territoriales des États africains. Une Charte de Lomé minimaliste qu’elle se retrouve en conflit avec les avancées antérieures des ententes internationales, à l’exemple de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Toutes ces choses qu’il faudra corriger, littéralement réécrire, gomme et crayon à la main...

La Charte de Lomé : un cache sexe politico-affairiste

Au grand désespoir des citoyens du Togo, tous leurs efforts financiers n’ont servi qu’à enrichir certaines personnes, les mêmes, et réinventer le bouton à quatre trous, c’est-à-dire redire l’évidence et la banalité : vous ne pouvez pas jouer dans mon salon, mais vous pouvez jouer dans ma cour et faire tout ce que vous voulez devant mon portail, y compris ce qui est illégal; je regarderai toujours ailleurs tant que vous n’êtes pas dans mon salon. Les Togolaises et les Togolais ont-ils besoin de se saigner pour si peu de résultats?

C’est à croire qu’il fallait la Charte de Lomé, à tout prix, quel que soit son contenu. On comprend même pourquoi certains États, présents à Lomé, n’avaient pas cru nécessaire de signer la presque inutile Charte de Lomé.

La meilleure de l’histoire est que les autorités togolaises, ces hommes et ses femmes qui n’ont jamais respecté un seul accord dans leur propre pays, vont veiller à la survie de celui-ci qu’ils ont voulu coûte que coûte, la Charte de Lomé, en intégrant les réserves des uns et des autres. Au Togo, la sagesse populaire avait déjà tranché cette contradiction : savoir bien se coiffer s’apprend depuis chez soi et ne s’improvise guère sous le regard du monde entier. Un tel habitus, sagement construit devant son miroir, chez soi, est aussi de l’indispensable éthique politique utile aux dirigeants togolais.

La Charte africaine sur la sûreté, la sécurité maritime et le développement en Afrique, dite la Charte de Lomé, à laquelle il a fallu greffer le mot « développement », est un catalogue de définitions et de vœux pieusement alignés en cinquante-six articles. Certains États africains, présents, n’ont même pas daigné signer la Charte de Lomé, qui a davantage l’allure d’un accord au forceps destiné à la communication politique : nourrir et flatter certains ego, c’est selon.

Affublé de tous les noms pompeux, du « Sommet des Océans » au « Sommet de la lutte contre la piraterie maritime et la pêche illégale », en passant par le « Sommet de promotion de l’économie bleue », cet exercice de relation publique qui a abouti à la Charte de Lomé , n’aura été qu’un cache sexe à la fois réactionnaire et politico-affairiste du pouvoir présidentiel togolais. Au Togo, il y a du refus persistant de conquérir le Togo d’aujourd’hui : jeune et fou de la démocratie comme partout ailleurs. À la place, l’on cherche légitimité ailleurs en organisant conférence coûteuse et saignante de la misère des populations. L’écho et la fragrance du Togo actuel restent toujours insupportables à la dignité humaine : une évidente imposture.

C’est connu, « Si Rome eut gardé ses rois, elle n’eut pas été Rome ». Autant, si le Togo avait uniquement eu un noble Sommet, le Togo n’aurait pas été le Togo des anomalies. En exhibant une générosité aussi encombrante que dérangeante et violente pour le commun des citoyens, tout ceci n’est qu’une introduction à l’ambition des autorités togolaises d’accueillir le Sommet de la Francophonie dans un proche avenir... Accueillir le Sommet de la Francophonie envers et contre tous les besoins urgents de santé, d’éducation, de bien-être, de démocratie et de dignité des Togolaises et des Togolais.

À chacun ses responsabilités désormais, face à une désinvolture politique aussi inqualifiable qui perdure sur la Terre de nos aïeux.

20 octobre 2016
Pierre S. Adjété
Québec, Canada

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