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L'AUTEUR - 18/08/2016 Imprimer | Envoyer | Réagir

Les 7 piliers incontournables de la démocratie


LES SEPT PILIERS FONDAMENTAUX INCONTOURNABLES DE LA DÉMOCRATIE DE NOS JOURS
Par Godwin Tété

« La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » Abraham Lincoln

« La démocratie, c’est la substitution progressive de l’administration des choses au gouvernement des hommes » Charles de Montesquieu

« La démocratie est le peuple avec toutes ses potentialités et sa force. Le bulletin de vote et un appareil électoral ne signifient pas, par eux-mêmes, qu’il existe une démocratie. Ceux qui organisent des élections de temps à autre, et ne se préoccupent du peuple qu’avant chaque acte électoral, n’ont pas un système réellement démocratique. (...) On ne peut concevoir la démocratie sans que le pouvoir, sous toutes ses formes, soit remis entre les mains du peuple, le pouvoir économique, militaire, politique, le pouvoir social et culturel» Thomas Sankara
[In Gramma, La Havane (Cuba), août 1987, cité par Le Monde diplomatique n° 118 (spécial), août-septembre 2011, p. 55].

INTRODUCTION

Avant toute chose, je souhaite aviser le lecteur qu’il ne doit nullement s’attendre à trouver ici un discours académique, magistral, excathedra. Le lecteur ne doit point espérer lire ici une thèse de doctorat creusée à fond, méticuleuse, fignolée. Loin s’en faut ! En effet, j’entends passer sous silence toutes les inessentielles fioritures, présenter plutôt et, au besoin, marteler les linéaments majeurs (!) du thème. Au demeurant, François Arouet Voltaire aimait à répéter : « À un homme (au sens sui generis du terme) intelligent, on dit une chose, il en ajoute six, ça en fait sept ..., et il comprend ». Allons donc de l’avant.
Assurément (!), les cinquante-six premières années de nos « indépendances » resteront des années d’une Crise structurelle des institutions de fonctionnement (!!!) et de la gouvernance (!!!) de la plupart des États postcoloniaux du Continent africain. Des années d’une Crise qui a bien l’air de vouloir s’éterniser ! Et, pour preuves, je nommerais, à l’heure même où je suis en train de tracer les présentes lignes : le Burundi, le Rwanda, le Congo- Brazzaville, le Tchad, la RDC (République Démocratique du Congo), la Somalie, l’Ethiopie, le Gabon, la RCA (République Centre-Africaine), la Gambie, le Zimbabwe, le Cameroun, la Libye, le Soudan du Sud, l’Erythrée, etc... et mon propre pays le Togo.

Et viennent maintenant les questions de savoir comment se manifeste ( ?!) cette Crise et ce qui a généré ( ?!) cette dernière.

I. 1. MANIFESTATION DE LA CRISE STRUCTURELLE DES ÉTATS POSTCOLONIAUX AFRICAINS

Que dis-je ?! À la vérité, le terme crise, de par son étymologie, désigne un évènement (ou un phénomène, ou encore une situation) conjoncturel (le), donc passager (e), temporel (le). Cependant que la « Crise » dont il s’agit ici s’avère structurelle – en d’autres mots – complexe, dense, profonde, suffisamment grave (!!!) pour nous préoccuper sérieusement !!!
Dès lors, pour ma modeste part, je désigne cette « Crise » plutôt par le vocable «Question» et je parle plutôt de la «Question togolaise» (!!!) s’agissant de la Terre de mes Aïeux.
Pour faire court, disons que la Vie économique, politique, sociale et culturelle du pays est, de manière «systémique» (c’est-à-dire globale, radicale), bloquée (!!!) sur tous les plans et dans tous les domaines. La marche du brave Peuple concerné vers un avenir meilleur est stoppée (!!!). La jeunesse navigue à vue (!!!)...
À telle enseigne que le « GRAD », [une Association de la société civile togolaise], écrit dans un récent mémorandum, à titre indicatif, ceci : « On entre au CHU (Centre Hospitalier Universitaire) de Lomé pour en sortir par la morgue » (!!!).

2. Et je prétends que la « Question » ici en considération est née de la confiscation systématique des rênes du Pouvoir d’État par une infime clique « ethno-militaro-clanique » (!!!) ... C’est ainsi que, pour ce qui touche le Togo, le roitelet Faure Essozimna Gnassingbé lui-même reconnaît bien explicitement (!!!), dans son allocution en date du 27 avril 2012, que les ressources de la Terre de nos Aïeux sont monopolisées par un groupuscule de prédateurs éhontés (!!!). Il a oublié seulement d’ajouter qu’il est, évidemment (!!!), le « chef de file » de cette clique...
Entrons à présent dans le vif de notre sujet en vue, en commençant par définir, brièvement, la démocratie.

II. BRÈVE DÉFINITION DE LA DÉMOCRATIE

Le concept (ou la notion) de « démocratie » est composé (e) de deux racines grecques: (i) «demos» [=peuple] et (ii) «cratos» [=gestion, ou administration, ou encore gouvernement]. Ainsi donc, « démocratie » signifie tout bonnement « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».
Et j’ai l’intime conviction que si l’on fouinait dans la littérature universelle, on trouverait, çà et là, nombre de traces de cette définition. Et ce, depuis l’avènement même de l’Homme sur notre Planète. Toutefois, à mon modeste avis, c’est la figure emblématique d’Antigone qui aura le mieux défini et incarné ce concept ou cette notion. De la façon pour ainsi dire la plus classique (!). Oui ! Dans la tragédie de Sophocle – qui porte le même nom, Antigone proclame (!!!), une fois pour toutes (!), qu’« Il ne saurait y avoir de cité qui soit le bien (ou le privilège, ou encore l’apanage) d’un seul homme ou d’une seule minuscule clique d’hommes ». Et Antigone meurt exécutée, sur l’autel de sa conviction ( !). Comme Socrate meurt de ciguë (!), sur l’autel de la praxis de sa « maïeutique » ...
C’est donc la « démocratie directe » qui était pratiquée sur l’« Agora » à Ahtènes, et sous l’« Arbre à palabres » en Afrique, pour la simple raison que l’« Homme est naturellement un animal politique » (Aristote), c’est-à-dire, de facto, un animal social.
Le grand homme de lettres français Edouard Herriot a dit un jour : « La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié ». Que le lecteur veuille donc bien me pardonner si je ne me souviens plus de celui (ou de celle) qui, le premier (ou la première), a perçu en l’Homme « un Ange déchu qui se souvient du Ciel ». Mais toujours est-il que cet Homme, dans sa perpétuelle Quête de progrès, dans son Combat herculéen, - des fois dur, douloureux, tragique, - dans sa Chevauchée existentielle faite souvent d’un pas en avant suivi de trois pas en arrière, cet Homme, dis-je, aspire à aller de la nature à la Culture, de l’animalité à l’Humanité, de la sauvagerie à la Civilisation, de l’« anthropophagisme » à l’Humanisme. Alors, le concept (ou la notion) de «démocratie» devint, très tôt, une réalité évolutive ... Et de se développer, - dans son contenu comme dans ses formes, - de se complexifier en somme. De tendre, d’asymptotique manière, vers la désaliénation sociale totale de l’Homme, vers la réconciliation de celui-ci avec lui-même, avec sa Société. Karl Marx écrira : « S’il est vrai que ce sont les circonstances qui forment l’homme, il faut former humainement les circonstances ». Quelle Beauté (!!!) spirituelle. Voilà pourquoi les trois épigraphes placées en tête du présent exposé reflètent à merveille cette allure évolutive de la « démocratie ».
Mais, avant d’entamer notre dissertation afférant directement aux sept piliers qui sous-tendent la démocratie dans les temps modernes, j’aperçois des relations dialectiques entre ce concept, l’État de droit, et les Droits de la Personne humaine. Et je prends la liberté d’en esquisser quelques lignes.

III. RELATIONS DIALECTIQUES ENTRE « DÉMOCRATIE », « ÉTAT DE DROIT » ET « DROITS DE L’HOMME »

En effet, il m’apparaît quasi évident que la « Démocratie » implique – pour matrice – l’« État de droit », lequel « État de droit », [à savoir l’État basé sur la «Force de la Loi» et non sur la «Loi de la Force»] dérive lui-même des « Droits de la Personne humaine ». Assurément (!), là où l’«État de droit» n’existe nullement (!!!), il ne saurait (!!!) y avoir de « Démocratie ». Dans la même veine d’idées, de quoi découlerait la notion d’« État de droit » si ce n’est du concept de « Droits de l’Homme » ?! D’où les indubitables relations dialectiques, (pour ainsi dire «incestueuses»), qui opèrent entre ces trois concepts (ou notions)... Il nous incombe, dès lors, de toujours (!) les considérer, les cultiver et les pratiquer tels des triplés inséparables...
À ce propos, le lecteur est instamment convié à se référer – pour de plus amples détails – à mes travaux suivants : (i) « Droits de l’Homme : Combat sans frontières pour la Dignité humaine ». [Conférence donnée à Fort-de-France (Martinique) en avril 1999. Cf. Annexe XI de mon livre Ma chétive Vie. Ed. Menaibuc, Paris, 2007]. (ii) « Démocratie et Manifestation de Rue ». [Texte n° 19, pp. 57-66 de mon ouvrage Écrits circonstanciels du militantisme politique (2002- 2013). Ed. l’Harmattan, Paris, 2014]. (iii) « Quelques questions essentielles à l’attention des Chefs d’État africains actuels » [Article daté du 08 août 2015 et publié par la presse togolaise].
Cela étant dit, venons-en maintenant aux sept piliers – ici sous rubrique – de la « Démocratie ».

IV. LES SEPT PILIERS INDISPENSABLES A LA DÉMOCRATIE AU XXIe SIECLE
De l’expérience que nous autres peuples africains avons faite en matière de développement politique, économique, social et culturel depuis l’accession à nos « indépendances » plus ou moins dévoyées, il appert que nous nous devons de nous battre, bec et ongles, pour asseoir dans nos pays, enfin (!!!), une Démocratie véritable, fondée sur les sept piliers indispensables, incontournables ci-après.

1. Des Élections et/ou Consultations populaires au Suffrage universel direct – au besoin, à Deux tours.
Au sortir des horribles hostilités de la Seconde Guerre mondiale, nombre de pays du Tiers Monde se convainquirent que la voie du « Parti Unique » était la plus indiquée quant à la résolution de leurs multiples et complexes problèmes hérités de l’ère coloniale ... Mais, très tôt, ils déchantèrent. Le « Parti Unique » se métamorphosa en « Parti Inique »...
Et, à compter du début des années 1990, à peu près, le multipartisme finira par s’imposer presque partout – particulièrement sur le Continent africain. Dès lors, le système à deux tours – s’agissant des élections à la magistrature suprême – s’avéra le plus démocratique, le plus juste, le plus transparent : celui qui donne les résultats les plus légitimes. De cette vérité, une toute récente expérience de la République du Bénin vient de nous administrer, de magistrale façon, la preuve la plus tangible, la plus palpable ...
Voilà la raison pour laquelle, au Togo, entre autres pays, le Peuple réclame, à cor et à cri (!!!), depuis 2004, le Retour à un tel système.

2. Limitation de la durée et du Nombre des Mandats présidentiels
Un dicton anglais affirme : « Le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolu corrompt absolument ». C’est pourquoi, depuis l’exemple des États-Unis d’Amérique - en date de 1787 – la limitation de la durée ainsi que du nombre des mandats présidentiels est devenue monnaie courante ... dans les nations civilisées.
Or, nos « dirigeants » africains attardés actuels, égocentriques et cyniques, s’offrent volontiers en paravent à la mainmise du néo-impérialisme sur nos pays et nos peuples. À ce sujet, qu’il me soit permis d’adopter un petit morceau de la grande plume du Professeur émérite Jean Ziegler. Lisons :
«Cette mainmise est admirablement camouflée. Un gouvernement « indépendant » règne formellement sur le territoire. Un État autochtone – avec sa police, son armée, sa législation du travail, etc... - étouffe toute velléité de révolte ou de revendication contre la spoliation. Une bourgeoisie locale, étroitement associée aux prédateurs étrangers, vit des miettes de l’exploitation impérialiste du pays et administre l’État. Bien entendu, cette bourgeoisie locale produit un discours «nationaliste», un discours d’«indépendance», revendicateur et même parfois « révolutionnaire » qui, s’il ne tire jamais à conséquence, agit comme un écran de fumée. Il trompe à la fois l’opinion publique mondiale (adversaire non négligeable de l’impérialisme depuis que les pays de la périphérie ont acquis la majorité aux Nations- Unies) et les peuples asservis eux-mêmes. Derrière cet écran, le capital financier transcontinental organise le pillage ». [Cf. « RETOURNEZ LES FUSILS ! « Choisir son camp ». Paris, Seuil, édition de 2014, p. 194].
Qui pire est, ces dictateurs aux pieds d’argile veulent mourir au pouvoir !!!
Ce n’est pas fini ! Voyant venir le trépas, chacun de ces roitelets d’un autre âge remue ciel et terre pour nous imposer – sur son trône monarchique – l’un de ses (généralement) innombrables ... rejetons !!!
Alors, il convient que nous nous prenions nous-mêmes en charge ! Oui ! Il sied que nous prenions nous-mêmes nos propres destinées en nos propres mains ! Et ce, par notre Foi, notre Courage, nos Sacrifices. Et ce, par notre Détermination, notre Auto-organisation, nos Actions concrètes efficacement ficelées. Ainsi que le martelait Thomas Sankara : « Seule la lutte libère »

3. De la décentralisation du Pouvoir Politique
À des époques à jamais révolues de l’Histoire universelle de l’Humanité, l’« Absolutisme » (féodal), le « Jacobisme » (à la Marie-Isidore de Robespierre), le « Bolchévisme » (stalinien), etc... ; en bref, les divers systèmes politiques d’extrême et stricte centralisation du Pouvoir politique en un seul lieu – généralement dans un « Palais » de la Capitale du pays concerné – avaient, (peut-être), contribué à Réaliser l’Unification (ou la Réunification) de telle ou telle Nation donnée ... A contrario, de nos jours, le « Jacobisme » n’est plus guère (!!!) de mise nulle part au monde. Et pourquoi donc ?!
Parce que la centralisation à outrance du pouvoir politique dégénère vite en « dictature », ou en « fascisme ». Dans le « meilleur » des cas, elle vire à la « démocrature » ... Tant et si vrai que même le « centralisme démocratique» du «marxisme-léninisme» classique apparaît aujourd’hui comme une sorte de « contradiction dans les termes » ... En tout état de cause, le « centralisme démocratique » n’ose plus (!), depuis belle lurette, s’afficher ostensiblement ...
En vérité, la centralisation exagérée du Pouvoir politique porte en elle le blocage d’initiatives locales sur toute l’étendue du territoire national –« comme la nuée porte en elle la pluie » (Jean Jaurès). Or, ainsi que le veut un proverbe bien connu, « On n’est mieux servi que par soi-même ».
Il nous faut éclater le Pouvoir politique à partir de son « Epicentre » vers sa périphérie, vers toutes les institutions locales : régions, préfectures, circonscriptions, cantons, municipalités, etc...
La « Décentralisation » revient alors, en fin de compte, à une espèce d’« éclatement spatial » du Pouvoir politique. Et c’est pourquoi, au Togo, le Peuple exige vigoureusement (!), depuis longtemps déjà (!!!), les réformes susceptibles de mener à des élections locales !!!
Ainsi définie, la « Décentralisation » recèle, mieux, implique une autre notion qui la complète et lui permet d’acquérir toute son efficacité, à savoir la « Déconcentration ».

4. De la « Déconcentration du Pouvoir Politique »
Dans le même ordre d’idées qu’au point 3. ci-avant, la pensée politique contemporaine n’admet pas que le Pouvoir politique soit concentré entre quelques mains seulement. Le cumul de plusieurs mandats, de plusieurs fonctions, de plusieurs responsabilités, n’est guère accepté nulle part. Car cette pratique heurte le sens de l’« Ethique » et de l’« Equité » telles qu’elles découlent des « Droits de la Personne humaine ». Le cumul de mandats réduit indûment le champ de l’utilisation des talents, des compétences, des expériences acquises par tous les membres de la Société en vue. En somme, ledit cumul réduit – de drastique manière (!) – la mise à contribution optimale de toutes les ressources humaines disponibles d’une Société donnée. Car « Nul ne saurait être au four et au moulin à la fois », et « Qui trop embrasse mal étreint », comme l’enseigne la Sagesse populaire.
La « Déconcentration » consiste donc à procéder à l’éclatement du Pouvoir politique – une fois décentralisé – entre divers échelons du même niveau, à « déléguer le pouvoir » autant que faire se peut. Il s’agit, pour ainsi dire, d’un « éclatement inter-institutions et/ou inter-personnes morales et/ou physiques ».
Cela apporte dès lors de l’eau au moulin du Peuple togolais qui aspire ardemment aux Réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales appelées à réintroduire (!!!) la « Déconcentration du Pouvoir politique » sur la Terre de nos Aïeux.
Un autre élément constitutif incontournable de la « Démocratie » - dans l’acceptation moderne de ce concept – réside en la « Séparation des trois pouvoirs ».

5. De la Séparation des Pouvoirs Législatif, Exécutif et Judiciaire
Le «Droit Constitutionnel» a jusqu’ici distingué trois «Pouvoirs politiques » : le législatif qui est censé faire les lois et contrôler l’action du gouvernement ; l’exécutif : celui qui exécute les lois et gouverne ; le judiciaire qui assure la justice aux citoyens. À cela, depuis que l’Information a acquis une importance considérable, on a tendance à ajouter les « média publics ».
Quoi qu’il en soit, ici également seules la Sagesse populaire multimillénaire et la praxis concrète seront nos Maîtresses : « Nul ne saurait être juge et partie à la fois » !!!
Or, l’une des principales tares congénitales qui discréditent la « gouvernance » des États postcoloniaux d’Afrique est constituée précisément par le mélange des genres. Les trois pouvoirs ci-avant mentionnés, couplés avec la gestion des média publics, se trouvent peu ou prou volontairement confondus.
Autrement dit, ici également nous avons du pain (!) sur la planche ...
L’édifice baptisé « Démocratisation » en Afrique au XXIe siècle requiert en outre, pour tenir debout longtemps, un autre pilier indispensable, incontournable : l’égalité et la parité de nos ethnies et de nos régions géopolitiques.

6. De l’« Egalité » et de la « Parité » de nos Ethnies et de nos Régions
Nous rencontrons, dans pratiquement tous les États postcoloniaux africains, le problème de disparités économiques, politiques, sociales et culturelles plus ou moins prononcées. Lesquelles disparités n’existent pas sans générer quelques frictions socio-politiques inter-ethniques et/ou inter-régionales çà et là dans nos pays.
Il convient de noter qu’instruit par son célébrissime mentor Nicolas Machiavel : [« Diviser pour régner » ( !)], le colonisateur n’avait aucun intérêt à gommer, de systématique façon, ces disparités que la géographie, l’anthropologie, l’histoire, la sociologie, l’économie, etc..., avaient créées avant son arrivée chez nous. À cet égard, notre flamboyant et immortel Frantz Fanon (prématurément assassiné ...), écrit dans son ouvrage-phare intitulé Les Damnés de la Terre : « De par sa structure en effet, le colonialisme est séparatiste et régionaliste. Le colonialisme ne se contente pas de constater l’existence de tribus, il les renforce, les différencie. Le système colonial alimente les chefferies et réactive les vieilles confréries maraboutiques » [Editions Maspéro, Paris, 1961, ou La Découverte, Paris, 2003]. Mais, paradoxalement (!), ce seront surtout « nos propres » despotes postcoloniaux obscurs, assoiffés de vaniteuses glorioles ... qui auront exploité (!), instrumentalisé (!) lesdites disparités à des fins politiciennes ... Si bien qu’au Togo, cette « question » va même constituer la « toile de fond » (!!!) inavouable et inavouée de la vie politique du pays. Et cela fait plus d’un demi-siècle (!!!) maintenant. [Cf. Godwin Tété, Le Togo – La Vraie/fausse Question Nord-Sud. Ed. Haho, Lomé (Togo), 2007].

À bon entendeur, salut !
Il demeure que la nécessaire harmonie inter-ethnico-régionale suggère, (que dis-je ?), n’aurait pas de sens sans l’égalité et la parité homme/femme. Consacrons donc quelques lignes à ce volet crucial de notre thème.

7. De l’« Egalité » et de la « Parité » Homme/Femme
Comme on le sait depuis fort longtemps déjà, si, démographiquement, nous désignons les femmes et les hommes d’une société donnée, à un moment donné, respectivement par les lettres F et H, nous obtenons toujours l’équation-ci : F ≥ H. Ce qui signifie que les femmes sont toujours numériquement égales ou (même!) supérieures aux hommes. Dès lors, l’interrogation qui, d’entrée de jeu, devrait jaillir, devrait se décliner comme suit: «Une société qui laisserait radicalement ses femmes pour compte serait-elle une société viable?!». Il me semble que la réponse devrait résonner comme un gros NON !!! Cependant, notre fameuse « Humanité » a dû prendre des milliers et des milliers d’années pour arriver enfin à accepter le principe de se débarrasser de la « phallocratie » et du « phallocratisme », et d’adopter l’idée de l’égalité et de la parité homme/femme. Et nous savons que ce Combat herculéen, démarré avec la Grande Révolution française de 1789, est encore loin d’être définitivement gagné ! Même si d’importants progrès en la matière ont été déjà réalisés qui consolent et font espérer tout humaniste véritable ...
Nonobstant, dans nos États postcoloniaux africains, prenons garde afin que nos roitelets attardés, égocentriques, cyniques et jouisseurs ... ne transforment, n’instrumentalisent le légitime besoin national et sociétal d’égalité et de parité homme/femme en simple et banal besoin personnel de privilégier ... leurs (m+1) maîtresses.
Oui ! Les Éwé-Mina disent : « Qui a été mordu par un serpent fuit à la vue d’un ver de terre ». En effet, « Chat échaudé craint l’eau froide ».
En tout état de cause, l’égalité et la parité homme/femme exigent qu’une attention bien particulière soit accordée à l’éducation, à la formation de nos jeunes filles, ainsi qu’à une utilisation judicieuse des ressources humaines féminines de la Terre de nos Aïeux. Et ce, dans tous les domaines et sur tous les plans … À ce sujet, il y a peu d’années, j’ai eu à constater, de visu (!), combien nos frères ghanéens étaient en avance (!!!) par rapport à nous autres Togolais ...

***

De toutes les façons, même si les sept piliers fondamentaux, incontournables, ci-dessus brièvement passés en revue, étaient éventuellement présents au rendez-vous, notre édifice dénommé « Démocratisation » ne tiendrait pas la route sans une « Alphabétisation » concomitante optimale de nos populations – de nos populations rurales notamment ! D’où les quelques mots y relatifs ci-après.

8. De la Nécessité d’une Alphabétisation Optimale de nos Populations
Tout ce qui précède risquerait de s’avérer insuffisant si l’analphabétisme restait relativement aussi prégnant qu’il est encore dans nos pays africains. À la vérité, j’ai comme une indélébile conviction que la réponse à la « question première » qui ressort de la « Lettre pastorale » en date du 27 avril 2016, des Evêques du Togo, à savoir : « Comment se fait-il que, 56 ans (!) après notre indépendance, nous en sommes encore là ?! », la réponse à cette question, à mon humble avis, réside, (du moins largement !), en ce que l’analphabétisme règne encore trop (!!!) souverainement chez nous. Et, aux fins d’étayer cette affirmation, qu’il me soit permis de raconter deux anecdotes vécues par moi-même.
1°) En mars 1992, un petit groupe de membres du Haut Conseil de la République (HCR), dont je faisais partie, se trouvait dans la Région de Sokodé, en mission d’explication du concept de démocratie – à nos concitoyens. Les 19 et 20 de ce mois, nous faillîmes laisser nos peaux sur le carreau (!!!) – à Sotouboua ou à Blitta. Raison ? Nous fûmes violemment attaqués par des nervis – visiblement analphabètes - du RPT (Rassemblement du Peuple Togolais) armés jusqu’aux dents (!).
Pour ces nervis, la démocratie signifiait tout simplement « REJET » de Gnassingbé Eyadéma ... Et nous n’eûmes la vie sauve que grâce à un jeune gendarme – très vraisemblablement Kabiyè !!! – qui, à Blitta, le 20 mars, dégaina son pistolet et nous protégea !!!

2°) Le 23 avril 2015, au titre de l’ANC (Alliance Nationale pour le Changement), je pris part à une opération « porte-à-porte » dans un quartier périphérique de Lomé. Objectif ? Convaincre les habitants à voter, le 25 subséquent, pour le candidat de l’ANC. Je me souviens avoir abordé un monsieur d’un certain âge, certainement pas très lettré ... D’emblée, son attitude fut ostensiblement hostile, dédaigneuse, méprisante même. La seule phrase qu’il prononça se décline ainsi : « Ils ne convoitent qu’une chose : l’argent de Faure »
Je rétorquai ceci : « Si c’était l’argent de Faure que je voulais, je serais parti voir Faure et non venir ici vous importuner ! »
Ainsi que nous le voyons, dans les deux cas que je viens de narrer, un minimum d’instruction – donc d’ouverture d’esprit – eût pu, probablement (!) du moins, permettre de ne pas confondre « Démocratie » avec « Rejet » de Gnassingbé Eyadéma, ni « État de droit » avec « Argent » de Faure.
Que le lecteur se rassure : il va enfin (!) souffler. Car je vais enfin (!) conclure le présent exposé – par un épilogue.

ÉPILOGUE
Ces jours-ci, j’ai suivi, avec une bonne dose d’amertume, une énième exhibition ostentatoire de la fuite en avant, de la stratégie du dilatoire, de la fourberie, de la politique du « bâton et de la carotte », de la moquerie à l’endroit des Togolais (es), que le roitelet Faure Essozimna Gnassingbé met toujours en œuvre pour refuser, ad vitam aeternam, les Réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales que le brave Peuple togolais lui réclame instamment depuis que le « fils du père » a frauduleusement (!!!) accédé au pouvoir d’État chez nous.

Alors, embarqué dans cette auto-interrogation, - qui m’apparaissait plutôt anodine au départ, – je me suis laissé emporter par ma plume qui aura accouché de cet article-ci. Au lecteur d’apprécier. Quoi qu’il en soit, que celui- ci veuille bien ne pas me tenir rigueur outre mesure si je l’ai quelque peu ennuyé. Au demeurant, qu’il accepte de souffrir que je lui livre, en guise de conclusion du présent épilogue, un beau petit texte d’un spécialiste contemporain de la notion de démocratie :
« Le peuple est la source de tout pouvoir démocratique. Mais l’élection ne garantit pas qu’un gouvernement soit au service de l’intérêt général, ni qu’il y reste. Le verdict des urnes ne peut donc être le seul étalon de la légitimité. Les citoyens en ont de plus en plus fortement conscience. Une appréhension élargie de l’idée de volonté générale s’est ainsi imposée. Un pouvoir n’est désormais considéré comme pleinement démocratique que s’il est soumis à des épreuves de contrôle et de validation à la fois concurrentes et complémentaires de l’expression majoritaire. Il doit se plier à un triple impératif de mise à distance des positions partisanes et des intérêts particuliers (légitimité d’impartialité), de prise en compte des expressions plurielles du bien commun (légitimité de réflexivité), et de reconnaissance de toutes les singularités (légitimité de proximité). D’où le développement d’institutions comme les autorités indépendantes et les cours constitutionnelles, ainsi que l’émergence d’un art de gouvernement toujours plus attentif aux individus et aux situations particulières ».

(Cf. Pierre Rosanvallon, « La légitimité démocratique - Impartialité, réflexivité, proximité ». Ed. Seuil, Paris, 2008, 4ème page de couverture)

Paris, le 5 août 2016
Godwin Tété
Ancien fonctionnaire international des Nations-Unies

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