Mercredi 20 Septembre 2017

Contactez-nous

Recherche :

Actualités

A la une

Editorial

Societe

Regions

Diaspora

Carnet

Politique

Economie

Sante

Education

Culture

Sports

Afrique

International

Repères

Opinions-debats

Revues de presse

Interviews

Portraits

Annonces

Emplois

Immobilier

Divers

Services

Archives

Newsletters

Abonnement

Publicite

Espace reserve

Qui sommes-nous ?

LE DEVOIR.COM - 02/01/2016 Imprimer | Envoyer | Réagir

Refus de quitter le trône, le cas du Togo


Par Yao Assogba*

J'ai lu avec intérêt l’éditorial de Guy Taillefer (« Apprendre à partir », Le Devoir, 21 décembre 2015) au sujet des présidents des États africains qui modifient la constitution pour s’éterniser au pouvoir. Le Togo est le premier et le plus vieil exemple de présidents (de père en fils) qui ne veulent pas quitter le pouvoir. Mais, à tort ou à raison, c’est le cas dont les médias internationaux ne parlent pratiquement pas. Il représente un cas type qui mérite d’être connu.

Parvenu au pouvoir en 1967 après un coup d’État militaire, le général Eyadema Gnassingbé (père) a dirigé le Togo d’une main de fer pendant 38 ans (1967-2005). À la faveur du vent de la démocratie qui a soufflé sur l’Afrique dans les années 1990, une nouvelle constitution, limitant la présidence à deux mandats de cinq ans, a été adoptée par référendum en 1992. Eyadema Gnassingbé a remporté les élections pluralistes (mascarades) de 1993 et de 1998. Mais en 2002, il modifie la constitution et brigue un troisième mandat en 2003.

À sa mort, le 5 février 2005, l’armée fomente un double coup d’État militaire et constitutionnel qui permet à Faure Gnassingbé (fils) de succéder à son père après des élections frauduleuses et violentes (avril 2005) qui ont fait plus de 500 morts. Les manifestations du collectif des partis d’opposition et de la société civile pour restaurer la constitution de 1992 sont constamment réprimées par les forces de l’ordre. Et Faure a été réélu en 2010 (2e mandat) et tout récemment en avril 2015 (3e mandat). Au terme de celui-ci, il aurait été au pouvoir pendant 15 ans (2005 à 2020). Gnassingbé père a gouverné le Togo pendant 38 ans. Au total, une famille aura dirigé le pays pendant plus d’un demi-siècle (53 ans). C’est ce qu’on peut appeler une « dynastie présidentielle » à l’africaine. Le Togo est aussi le premier pays d’Afrique subsaharienne où le premier président, Sylvanus Olympio, démocratiquement élu en 1960, a été assassiné lors d’un coup d’État militaire en 1963 dans lequel était impliqué Eyadema Gnassingbé.

Des facteurs favorisants

Quatre facteurs au moins favorisent ce refus persistant de quitter le fauteuil présidentiel. Le premier est le mythe fondateur du « chef africain » qui doit mourir sur le « trône ». Dans les temps modernes, c’est le toilettage de la constitution qui incarne ce mythe. Le deuxième élément est l’armée sur laquelle s’appuient les présidents africains. Dans le cas particulier du Togo, elle est largement fondée sur une base familiale, clanique et ethnique. Elle est pléthorique (plus de 25 000) par rapport à la population totale du pays, estimée à 5 millions. Elle joue le rôle de garde prétorienne. Mais use aussi de la violence militaire comme mécanisme de régulation de la vie sociale et politique. L’armée est formée et assistée par les grandes et moyennes puissances (France, États-Unis, Israël, Afrique du Sud).

Le troisième facteur est l’immense richesse amassée par les présidents et qui leur permet d’entretenir la famille, le clan, les courtisans, un réseau international de conseillers, etc. Cette gouvernance autoritaire favorise aussi l’enrichissement d’une minorité qui tire ses revenus de l’aide internationale au développement et d’une économie illicite dont les marchandises sont la drogue, la fausse monnaie, les pierres et les métaux précieux, les déchets toxiques, les fraudes douanières, etc. En quatrième lieu, les liens néocolonialistes maintiennent le Togo, en particulier, dans le pré carré de la France, qui soutient la dictature togolaise depuis 1967.

Si au moins le fait de s’accrocher au pouvoir se traduisait par le développement du pays… Mais non. La paupérisation des populations togolaises va en grandissant avec le temps. Les hôpitaux, les établissements scolaires, les universités, etc., sont en déliquescence. Les jeunes diplômés chôment et se « débrouillent » pour vivre. S’éterniser au pouvoir en brisant constamment le pacte social est le reflet des dictatures en Afrique. Le plus vieux cas en Afrique est le Togo. Sa perpétuation peut s’expliquer par les quatre facteurs présentés ci-dessus. Mais ceux-ci ne sauraient résister plus longtemps aux forces sociales porteuses de la démocratie.

Publié le 28 décembre 2015 dans www.redevoir.com

Yao Assogba* - Néo-Québécois d’origine togolaise.
Professeur émérite de l’Université du Québec en Outaouais (UQO)

Imprimer | Envoyer par email | Réagir à cet article

Page précédente
DERNIERES DEPECHES
Togo : Jean-Pierre Fabre dit NIET à Faure Gnassingbé
Ouverture vendredi à Yaoundé d’une réunion des pays de la zone franc
Togo : 35 milliards de francs CFA de bons de trésors vont être émis sur le marché de l’UEMOA
Togo : Un nouveau Cahier des charges pour Togocel pour améliorer ses réseaux G2/G3
Espace CEDEAO: Le Togo s’oppose à la limitation des mandats présidentiels à deux !
Togo: l’OIF rend son rapport sur l’organisation de l’élection du 25 avril
Présidentielle au Togo: dix jours pour régler les derniers problèmes
Togo: Présidentielle reportée au 25 avril à cause du fichier électoral bidonné ?
Togo: les fonctionnaires en grève
L’élection au Togo s’invite en justice à Bruxelles
Les autres dépêches...



OPINIONS-DEBATS

TOGO: JE DIS BRAVO, PRINCE GNASSINGBé! NON SEULEMENT PAR IRONIE...
En refusant de signer le protocole des chefs d'État portant limitation du nombre des mandats présidentiels à deux, protocole qui a cependant recueilli l'accord de 8 chefs d'État sur 10, Gnassingbé n'a rien révélé de neuf, ni de sa personnalité, ni de ses intentions que nous, je veux dire un certain nombre de Togolais, ignorerions. Je dis bravo ! non seulement par ironie, mais aussi parce qu’il aurait pu user d’hypocrisie et de la fourberie qu’on lui connaît et signer le protocole, pour n’en jamais tenir compte, comme tant d’autres fois. Par Sénouvo Agbota ZINSOU


PORTRAITS

TOGO-RéPRESSIONS MILITAIRES : QUI A TUé ALABI NADJINOUDINE ?

INTERVIEWS

LAURENT BIGOT, DIPLOMATE LIMOGé POUR AVOIR PRéDIT LA CHUTE DE COMPAORé
C’était il y a deux ans, en juillet 2012 : le diplomate français Laurent Bigot a fait scandale en annonçant la chute de Blaise Compaoré. Après le Burkina Faso, y aura-t-il d’autres pays où la jeunesse se révoltera ? Le cas du Togo nous vient immédiatement à l’esprit. Le clan Gnassingbé, ça fait près de 47 ans qu’il est au pouvoir.


REVUES DE PRESSE

FAURE GNASSINGBé: LE DIALOGUE à LA BOUCHE, LES ARMES ET GOURDINS CLOUTéS EN MAINS
De père en fils, le régime des Gnassingbé, ce clan qui a pris en otage le peuple togolais, n’a pas changé. Ni dans sa nature, ni dans ses méthodes de conservation du pouvoir à tout prix. Et pourtant, au lendemain du décès d’Eyadéma, suivi quelques heures plus tard de l’installation de Faure Gnassingbé au pouvoir par un quarteron d’officiers, et surtout après la parenthèse de sang de 2005, un brin d’espoir était né auprès d’une frange de la population. A raison, étant donné l’extrême jeunesse du successeur du vieux dictateur au pouvoir et plus encore de son discours sur sa volonté de trancher avec l’ère ancienne.


DOSSIERS

Togo: Les forces armées togolaises et le dispositif sécuritaire de contrôle (1&2)

La constitution togolaise (1)

La constitution togolaise (2)

La constitution togolaise (3)