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AFP TOGOCULTURE - 27/09/2015 Imprimer | Envoyer | Réagir

Togo: danses, transes et mystère autour d'une "pierre sacrée" en pays Guin


Torse nu avec des feuilles nouées autour du cou, un petit groupe d'adeptes de vaudou sort en courant d'une grande forêt, brandissant une petite pierre dite "sacrée". Visage fermé, le plus âgé, un sexagénaire, tient soigneusement cette pierre bleue en forme de souris d'ordinateur.

"Nous avons commencé les cérémonies il y a six mois. Et aujourd'hui c'est le clou, avec la sortie de la pierre sacrée", explique Nii Mantché, le grand prêtre de la forêt sacrée. "Je suis la seule personne à faire sortir cette pierre du fond de cette forêt", lance-t-il.

A une centaine de mètres, des milliers d'adeptes de vaudou massés sur une place publique chantent et lancent des incantations. "Hélu-lo, hélu-lo" - "malheur aux mauvais esprits" en langue mina. Au milieu du cercle, les grandes prêtresses se tournent vers l'ouest, lèvent les bras et lancent à leur tour: "Obé, abéba - obé abéba", "tous les dieux, rejoignez-nous".

Certains adeptes, un pagne blanc noué à la poitrine avec de longs colliers de perles multicolores au cou et aux bras, esquissent des pas de danse en signe de joie.

"Nous invoquons toutes les divinités du peuple Guin, afin qu'elles protègent notre pierre sacrée qui vient de sortir de la forêt", explique à l'AFP une prêtresse vaudou, les jambes ornées de signes de Mama Koley, l'une des grandes divinités Guin.

La scène se tient près d'Aného, deuxième ville du Togo, à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Lomé, la capitale. Pour les Guins d'Aného, cette cérémonie annuelle d'Epé Ekpé ou Ekpessosso ("prise de la pierre sacrée", en langue mina) marque le début de la nouvelle année.

Cette tradition instituée depuis 1663 par les premiers habitants d'Aného venus de la Gold Coast voisine (actuel Ghana) en est à sa 353e édition et inclut un grand rite dans tous les couvents pour implorer le pardon des divinités.


Chaque année, les Guins focalisent leur attention sur la sortie de cette pierre dont la couleur, changeante d'un an sur l'autre, annonce ce que l'avenir réserve pour les douze mois à venir.

Et chaque année, en septembre, plusieurs milliers d'adeptes de vaudou du Togo, du Bénin, du Ghana, de la Côte d'Ivoire et du Nigeria participent à la cérémonie qui a lieu à Glidji-Kpodji. Y compris des touristes européens et américains.

La pierre mystique fait alors le tour de la place publique, sous la surveillance de dignitaires vaudou et d'une dizaine de gendarmes, dans une ambiance de chants et de danses, pendant que des femmes adeptes de vaudou entrent en transe.

Puis un grand dignitaire vaudou clame dans un micro: "La pierre est bleu turquoise. Les divinités sont en colère contre les prêtres et chefs traditionnels Guins. Elles les appellent à l'unité et à la réconciliation".

Cette année, pendant des semaines, les prêtres vaudou Guins n'ont pas réussi à s'accorder sur le déroulement des cérémonies. Il a fallu une forte médiation des autorités togolaises.

"Le message annoncé par la pierre est clair. Nous avons offensé nos ancêtres à travers nos petites querelles. Nous devons nous asseoir rapidement autour d'une table et discuter ensemble pour ne plus revenir sur ces petits problèmes", estime Togbé Kombété, dignitaire Guin.

Le vaudou est apparu dès la fin du XVIe siècle dans la ville de Tado, sur les rives du fleuve Mono, qui sépare le Bénin du Togo.

C'est un culte qui vise à adorer un seul dieu, le "Mahu"ou le "Sègbo-Lissa", à travers des divinités représentées la plupart du temps par des mottes de terre.

Au Togo, petit pays d'Afrique de l'Ouest qui compte environ 7 millions d'habitants et plus de 200 divinités, plus de 51% de la population pratique ce culte, surtout dans le sud du pays, dans des couvents gardés par de grands prêtres et prêtresses.

"Chaque année, nos frères et sœurs doivent répondre à cet appel des divinités. Nous prions et faisons des offrandes. J'assiste depuis 28 ans à cette cérémonie et mes vœux sont toujours exaucés", affirme Lankpan Vaudoussoto Agbografo, grande prêtresse.

Aya Ayayi Freeman, venu du Nigeria, participe depuis son enfance à la cérémonie de sortie de la pierre sacrée. "C'est la tradition que nos ancêtres nous ont laissée et je ne l'abandonnerai jamais. Cette pierre sacrée est mon esprit".


Par Emile KOUTON
AFP© 2015 AFP

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