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LIBERTE HEBDO - 08/08/2015 Imprimer | Envoyer | Réagir

Togo : Comment l’aide publique au développement peut améliorer la gouvernance


Ce texte a été rédigé l’année dernière. Mais compte tenu de l’importance du sujet et des micmacs des partenaires du Togo, nous le publions pour les lecteurs. Une modeste contribution pour une meilleure gestion de l’aide publique au développement.

Introduction

Un jour de mi-décembre 2010, la présentatrice du journal télévisé de 20 heures sur la télévision nationale togolaise annonce toute euphorique : « Bonne nouvelle pour le Togo : notre pays est admis à recevoir un allégement de la dette au titre de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) ». Cet allègement de la dette estimée à l’époque à 2,208 milliards de dollars US, a-t-elle dit, devrait amener les « autorités togolaises à disposer ainsi davantage de ressources pour combattre la pauvreté ».

Mais au cours de cette année où cette présentatrice proclamait la bonne nouvelle – c’est à croire que le Togo atteint le summum de son développement avec l’initiative PPTE -, 2,385 milliards de dollars, un montant qui dépasse la dette extérieure, sont illicitement sortis du pays selon le rapport 2013 de l’ONG américaine Global Financial Integrity (GFI). De même, le combat contre la pauvreté est un leurre puisque rien n’a changé malgré l’allègement de la dette et les aides multiples dont le pays a bénéficié. Cet exemple parmi tant d’autres montre qu’il y a un réel problème de gestion qui se pose. Que faut-il alors faire afin que l’aide puisse améliorer la gouvernance et permettre aux pays bénéficiaires de faire un bond véritable vers le développement ?

Pour que l’aide publique au développement (APD) qui est en quelque sorte l’équivalent du médicament pour le malade, puisse conduire à une meilleure gouvernance, un certain nombre d’actes méritent d’être posés tant par les donateurs que par les pays bénéficiaires.

S’attaquer aux racines du mal

« Les pays les moins avancés (PMA), cette catégorie des pays les plus pauvres parmi les pauvres, qui comptaient vingt-trois pays en 1971, est loin de s'être restreinte, puisqu'elle vient d'accueillir un 49e membre, le Sénégal. Ce constat est alarmant, car le Sénégal a longtemps figuré comme l'un des pays d'Afrique de l'Ouest donnant le plus d'espoir. Néanmoins, force est d'admettre que toutes les « recettes de développement » appliquées jusqu'alors n'ont pas permis à ce pays de réduire la pauvreté chronique dont sa population reste victime »1, déplorait Jean-Louis Bianco lorsqu’il était président du Haut Conseil à la Coopération internationale (de mai 1999 à octobre 2000). Ce constat reste d’actualité. Aujourd’hui, plusieurs pays de l’Afrique sub-saharienne peuvent se targuer d’avoir entrepris des réformes institutionnelles, créé des commissions de passation des marchés publics, ratifié toutes les conventions sur la bonne gouvernance, mis en place des commissions anti-corruption, etc. Mais rien n’a changé et la misère se perpétue. Même au niveau des organisations de la société civile et des collectivités locales, la transparence devant conduire aux meilleures performances, est loin d’être garantie.

Si jusqu’alors le remède administré aux pays en développement surtout ceux d’Afrique n’a pas permis de renverser la tendance, c’est parce que les bailleurs de fonds ont toujours choisi de construire la maison par le toit. Il est temps aujourd’hui de s’attaquer aux racines du mal : travailler au changement des mentalités et des comportements, comme l’expose l’essayiste franco-malien Tidinae Diakité : « L'approche de l'aide à l'Afrique doit être globale et ne saurait se borner au seul volet économique et financier ou l'Afrique ne connaîtra jamais le développement. Mais, aider l'Afrique à se développer, c'est toucher aux racines profondes du sous-développement qui sont aussi d’ordre socioculturel. Aider l'Afrique, c'est, avant toute chose, aider à une réforme profonde des mentalités et des attitudes. Les causes du sous-développement en Afrique sont à rechercher pour l’essentiel à l'intérieur de ce continent : traditions sclérosantes, analphabétisme, manque d'esprit critique et d'esprit d'initiative, inaptitude à l'épargne créatrice, une certaine culture de l’assistanat… »2.

Ceci dit, il faut créer un Africain nouveau en portant un intérêt particulier à son éducation, à sa formation et à son épanouissement. Il faut aider à l’amélioration des systèmes éducatifs africains en tenant compte des mutations du moment. Ainsi, les nombreuses ressources humaines bien formées vont tôt ou tard renverser les ploutocraties et porter le développement du continent. Au lieu d’éparpiller leurs contributions dans ce domaine, les donateurs peuvent s’inspirer du Fonds mondial de la lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme qui a connu beaucoup de succès en dépit de quelques manquements. Ceux-ci doivent travailler de concert avec les pays bénéficiaires. Un travail qui va se faire sur le long terme.

Donner le bon exemple

Dans bien des cas, l’aide accordée à un pays pauvre est loin d’être gratuite. Nombre de donateurs cherchent à promouvoir leurs intérêts commerciaux et/ou géostratégiques ainsi que des liens historiques privilégiés. Selon le Centre Français du Commerce Extérieur, la France a dégagé 29 milliards d’euros de bénéfices commerciaux avec l’Afrique (principale destination de l'APD) entre 1989 et 1998, tandis qu’elle lui a versé sur la même période 21 milliards d’euros d’aides. Et au nom de ces intérêts, certains pays donateurs sont prêts à tourner le dos aux règles de la transparence. De fait, ils sont fragilisés quand l’aide est détournée et ne peuvent pas exiger la vérité des comptes.

L’autre défi à relever, c’est la corruption silencieuse qui a cours dans les organisations internationales établies dans les pays en développement et dont personne ne parle. Si le phénomène n’existait pas, le président sénégalais Abdoulaye Wade n’allait pas tenter en 2009 de corrompre l’ex-représentant-résident du Fonds monétaire international (FMI), l'Espagnol Alex Segura. On est un peu dans cette situation : on apporte l’aide et on repart avec une partie de cette aide. Un domaine dans lequel excellent la plupart des fonctionnaires internationaux originaires de l’Afrique sub-saharienne qui ont souvent recours à des prête-noms. « Ces Africains qu’on nous envoie, sont des gens envoyés par leur gouvernement respectif. Or, comme les régimes en place sont corrompus, ces gens-là ont appris la leçon de ne pas heurter les susceptibilités des régimes en place. Depuis qu’on a envoyé des Africains pour assister les Africains, nous sommes tombés plus bas. C’est parce le recrutement de ces Africains qu’on envoie dans les organismes des Nations Unies est soumis à l’autorité de leur pays d’origine. Or, la plupart de ces fonctionnaires sont moulés dans la corruption », constate le Togolais Nadim Michel Kalife, expert en Politique économique africaine, dans une interview qu’il a nous accordée l’année dernière.

Dans cette dynamique de corruption « win-win », il s’est développé plusieurs réseaux de consultants et d’experts qui reviennent très cher au pays aidé. Et parfois, ces consultants étrangers ne maîtrisent rien du travail pour lequel ils sont grassement payés, logés et véhiculés.

Un phénomène qui n’épargne pas aussi certains pays donateurs. Pour ActionAid International, deux tiers des flux d’APD fournis en 2003 représentent une « aide fantôme » : 20 % de l’aide sont investis dans des projets de coopération technique inefficaces dont les prix surfaits profitent essentiellement aux consultants des pays donateurs. Sans oublier ces hauts cadres des pays occidentaux bien introduits dans les palais présidentiels africains et qui jouent le rôle de démarcheurs auprès des institutions internationales dans lesquelles ils travaillent.

Ceci étant, avant de professer la bonne gouvernance, les donateurs se doivent d’indiquer la voie à suivre en faisant de la transparence leur credo.

Rompre avec la loi du silence

Aujourd’hui, il est impérieux de démocratiser l’aide au développement sous toutes ses formes. Au nom de la bonne gouvernance voulue par tous, l’omerta ne devra plus couvrir les prêts, les subventions, les dons, etc. Les donateurs et les Etats bénéficiaires sont tenus de rendre publics les termes des accords signés ainsi que le montant alloué. Ce qui permettra aux représentations nationales, aux organisations de la société civile ainsi qu’aux médias de suivre l’exécution des projets et de demander des comptes. Il est question « de nouvelles pratiques et d'une nouvelle philosophie de l'aide, aux objectifs transparents, mobilisateurs et consensuels, aux méthodes nouvelles et démocratiques »3.

Dans le processus de l’allocation de l’aide au développement, tout doit être clair du début jusqu’à la fin. En amont, les donateurs publieront ce qu’ils ont donné et les pays bénéficiaires rendront public ce qu’ils ont reçu. En aval, les donateurs diront publiquement ce qui a été fait de leur argent et les bénéficiaires publieront dans les moindres détails comment les fonds alloués ont été gérés. Mais cela ne signifie pas que des missions de contrôle à mi-parcours sont à exclure.

A quoi assiste-t-on souvent dans les pays en développement ? Les cérémonies de signature d’accord de prêt ou de subvention sont organisées de façon solennelle : les représentants du donateur et du bénéficiaire bien habillés, sourires aux lèvres, apposent leurs signatures devant les flashes des caméras. Et la page est tournée. Jamais les termes des accords ne sont dévoilés et personne ne revient devant les médias après la réalisation des projets.

En faisant de la publication des données tant en amont qu’en aval une habitude, l’aide au développement pourrait être mieux gérée et donner les résultats escomptés. Selon un rapport intitulé Baromètre pour les Données ouvertes (Open Data Barometer) publié en 2013 en prélude du sommet de l’« Open Government Partnership (OGP) » - Partenariat pour des gouvernements ouverts -, « le Kenya tire profit de la « vitalité du secteur technologique » à Nairobi et jouit des nombreux efforts qui ont été consacrés au renforcement des capacités des citoyens, surtout les journalistes, ainsi qu’à l’accès aux données et leur utilisation »4.

La promotion d’initiatives de ce genre peut avoir des répercussions positives sur l’assainissement des
finances publiques. Les gouvernements étant obligés à dévoiler petit à petit les données publiques.
Soutenir les réformes fiscales des pays partenaires

Les recettes fiscales étant incontournables dans le développement d’un pays, elles méritent une attention particulière de la part des donateurs. Il n’est pas ici question que les bailleurs de fonds viennent suppléer les fonctionnaires locaux dans le recouvrement des recettes, mais d’impulser les réformes entreprises dans ce domaine. Mais malheureusement, les donneurs y consacrent peu de ressources. En 2007, 0,15% seulement de l’aide publique au développement, soit 185,6 millions de dollars US, a été affectée à des activités en relation avec l’impôt et la perception des recettes fiscales, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Un pourcentage qui ne prend pas tout de même en compte les contributions du Fonds monétaire internationale.

L’implication des donateurs dans les réformes fiscales peut conduire à des résultats inespérés. Le travail effectué par le « Department of international Development (DFID) » du gouvernement britannique au Rwanda est fort illustratif : « L’appui apporté par le DFID à l’administration fiscale rwandaise (Rwandan Revenue Authority - RRA) a permis d’obtenir une hausse notable des recettes intérieures (qui sont passées de 9 % du PIB en 1998 à 14.7 % du PIB en 2005). Parallèlement, les coûts supportés pour assurer le recouvrement de l’impôt ont été minorés. Cette réussite est imputable au renforcement des structures et des processus internes ainsi qu’à l’établissement de relations transparentes avec les partenaires extérieurs, notamment avec les administrations centrale et locale, avec des professionnels de la fiscalité de plus en plus nombreux et avec les contribuables eux-mêmes. La RRA joue désormais un rôle important dans le resserrement des relations entre les citoyens et l’État, concourant ainsi à bâtir un « contrat social » fondé sur la confiance et la coopération »5.

Comme l’a préconisé l’OCDE, il faut prévoir d’apports d’aide accrus, et plus prévisibles, à court terme, en contrepartie d’une mobilisation plus intense des ressources d’origine intérieure. Un acte qui doit être empreint d’une certaine solennité et qui doit être abondamment relayée par les médias locaux et internationaux. Il faut vanter les performances réalisées et les récompenser à leur juste valeur. Ce qui peut faire des émules dans les autres pays.

Des initiatives similaires peuvent être soutenues en interne pour un changement de comportements aussi bien chez les citoyens, les entreprises que des fonctionnaires chargés de recouvrir les recettes dans les autres pays. « En 2004, l’administration fiscale du Malawi a décidé de récompenser les entreprises respectant leurs obligations fiscales en leur délivrant chaque année un certificat de bonne conduite fiscale. Les banques locales ont unilatéralement décidé de commencer à exiger la production de ce certificat, considéré comme un gage de solvabilité, pour toute demande de prêt. Cette pratique a conduit à une amélioration de la discipline fiscale parmi les gros contributeurs et les contributeurs moyens et elle a également eu des effets incitatifs sur d’autres contribuables, plus modestement imposés, mais désireux néanmoins d’obtenir leur certificat »6.

De telles actions peuvent réduire les fraudes fiscales et permettre aux pays en développement de mobiliser assez de ressources pour financer des projets sociaux.
En outre, l’assainissement de l’environnement fiscal avec à la clé plusieurs facilités boostera les investissements privés et étrangers.

Participer à la lutte contre les flux financiers illicites

Selon les études de GFI, «le montant global des fuites de capitaux enregistrées dans les pays en 2011 est, par ailleurs, environ dix fois plus élevé que l’aide publique au développement nette qui a été accordée la même année aux 150 pays qui ont fait l’objet de l’étude. C’est dire que pour chaque dollar d’aide que reçoit un pays en développement, 10 dollars en sortent de manière illicite ». Nonobstant les initiatives qui sont prises aux échelles nationales, régionales, continentales et internationales, le phénomène continue de prendre de l’ampleur. Le pari est loin d’être gagné surtout dans les pays en développement qui ont pourtant besoin des ressources en vue d’améliorer le quotidien de leurs populations. Il faut alors exercer une pression politique conséquente en exigeant que les nouvelles normes du Groupe d’action financière (GAFI) soient incorporées dans le droit national. Un programme commun financé par les bailleurs de fonds préoccupés par le phénomène, peut permettre de réguler le secteur des affaires.

Dans cette optique, Eurodad, le Réseau européen sur l’aide et le développement, préconise la coopération entre les différents pays afin de mettre la pression sur les fraudeurs : «En l’absence de double incrimination, les pays devraient coopérer en matière fiscale. Cela impliquerait par exemple que le pays A coopérerait avec le pays B pour s’attaquer aux délits fiscaux commis dans le pays B, mais qui sont blanchis dans le pays A, même si le pays A n’a pas inscrit ces délits dans sa législation nationale. Les pays devraient au minimum inclure les délits qui sont relativement semblables dans leur interprétation de la double incrimination »7.

Nous ne saurions passer sous silence le poids des sociétés-écrans dont la plupart sont très présentes dans l’exploitation des ressources naturelles. Non seulement ces sociétés profitent du laxisme dans les systèmes fiscaux locaux, mais aussi de l’opacité qui entoure l’octroi des contrats. Il est temps de crever l’abcès en exigeant la transparence dans le secteur minier : du protocole d’accord à la commercialisation des produits en passant par la quantité de ressources exploitées annuellement. Aussi, avant qu’une société n’obtienne par exemple un permis d’exploitation, la Banque mondiale ou le FMI a-t-il la possibilité de mener des enquêtes afin de connaître ceux qui se cachent derrière celle-ci et leurs réelles motivations. Avec le concours des autres bailleurs de fonds, on peut créer, sous l’égide des deux institutions de Bretton Woods, un mécanisme de contrôle des ressources naturelles exploitées dans les pays en développement. De la qualité de ceux qui vont le composer dépendra son succès. Cependant, il faut éviter la forte présence de fonctionnaires des pays en développement qui ont tendance à ménager les susceptibilités.

Bien que beaucoup de pays africains aient adhéré à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), aucun changement notable n’est enregistré dans le secteur. L’opacité à tous les niveaux fait son petit bonhomme de chemin.

Continuer à soutenir le difficile combat contre la corruption

Selon Charles Konan Banny, ancien Gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), « la corruption affecte le fonctionnement harmonieux des institutions, introduit des dysfonctionnements dans le jeu de la concurrence et par conséquent, met en péril l’efficacité économique. En outre, elle hypothèque la capacité des Etats à mobiliser les appuis financiers nécessaires à la réalisation d’une croissance économique saine et durable»8. C’est ainsi que depuis quelques décennies, la lutte contre ce phénomène s’est intensifiée un peu partout dans le monde. Les pays en développement n’ont pas hésité à ratifier toutes les conventions internationales, continentales et régionales et mettre en place des commissions anti-corruption. Sur le papier, la lutte contre la corruption a été un succès. Mais dans les faits, rien n’a changé. Même les commissions anti-corruption se révèlent rapidement inefficaces dès qu’elles ont été transformées en outils de règlements de comptes et de neutralisation des adversaires politiques.

En dépit de ces couacs, il ne faut jamais baisser le bras. C’est pourquoi le travail de Transparency international (TI) mérite d’être salué, soutenu et pérennisé. La publication de ses rapports annuels entraîne des changements dans certains pays. Le fait d’occuper chaque année les dernières places du classement mondial est une honte pour les dirigeants et leurs populations. « Au Rwanda, les dirigeants sont particulièrement déterminés à progresser dans la lutte contre la corruption, et à agir de façon très ferme en cas de comportements délictueux », a ainsi déclaré à la presse Johannes Zutt, directeur de la Banque Mondiale pour plusieurs pays d’Afrique de l’Est, présent lors de la présentation du rapport 2009 de TI au public »9.

Dans ce cadre, les donateurs peuvent amener les pays en développement qui ont réalisé quelques progrès dans la lutte contre la corruption à partager leurs expériences avec les autres. Mais il faut que cette volonté de changement commence par les premiers dirigeants qui, avant leur prise de fonction, se doivent de déclarer leurs biens ainsi que leurs transactions financières personnelles qui vont être enregistrées dans un registre présenté au public comme le font les parlementaires sud-africains. Sans oublier que la gestion des ressources humaines dans l’administration publique doit être basée sur le mérite et non sur le militantisme et le népotisme.

Ce qui s’est passé en Tanzanie au cours de ces dernières années montre que l’aide au développement est toujours décisive dans la lutte contre la corruption : « Avec le financement de la Millennium Challenge Corporation (MCC), le gouvernement tanzanien a mis en place un programme pour réprimer plus sévèrement les pratiques de corruption. Pendant la première année du programme, le nombre d’enquêtes anticorruption amenées devant le Bureau de prévention de la corruption a plus que doublé (passant de 17 à 40), dépassant de loin son objectif de 23 cas avant mi-2007. De plus, depuis fin 2006, le nombre d’articles concernant la corruption dans la presse tanzanienne est également passé de 20 par mois à environ 130 par mois »10.

Par ailleurs, une justice saine dans les pays en développement est un rempart contre la corruption. Mais dans la plupart de ces pays, la balance symbolisant l’équité de la justice est prise en otage par l’exécutif et d’autres groupes de pression. Donc, les donateurs doivent aider à réformer toute l’administration judiciaire en amenant les magistrats à changer de mentalité pour résister aux pressions d’où qu’elles viennent. Une justice indépendante vivifie le monde des affaires.

Comme la corruption est un phénomène qui touche tous les Etats même si elle est plus répandue dans les pays en développement, son éradication ne doit pas être l’affaire d’un seul pays. Pour Nadim Michel Kalife, ce combat ne peut être dissocié des autres grandes questions mondiales. « La constitution d’une telle coalition internationale, suggère-t-il, amènera les délinquants liés à la corruption à ne plus pouvoir vivre au grand jour, sans ressentir une certaine honte sous les regards des populations. Et devant un tel soutien général de la communauté internationale, la société civile aura le courage de déplorer avec fermeté toute cette corruption pratiquée dans notre pays et prôner une lutte active contre la corruption en jetant l’opprobre sur ses auteurs. La morale sera à nouveau à l’honneur ».11
Soutenir les structures locales et les ONG

La bonne gouvernance à l’échelle nationale peut commencer à partir des collectivités locales ou des populations à la base. Ceci étant, les donateurs doivent encourager la politique de décentralisation qui, selon Joseph Ndiogou Diop, « revêt un caractère politique et administratif, financier et technique. Au plan politique, elle aboutit à la mise en place d'organes locaux, exécutifs et délibérants. Au plan administratif, elle est source d'autonomie de gestion des affaires administratives au niveau local. Au plan financier, la décentralisation engendre l'autonomie de gestion, et si nécessaire, le développement d'une fiscalité locale. C'est donc un transfert de pouvoir, source de démultiplication par la création de nouvelles personnes morales »12. Dans ces structures locales, la transparence dans la gestion des ressources allouées doit être la norme. Les bailleurs de fonds pourront facilement fournir leur expertise en matière de la bonne gouvernance. Parallèlement, il sera question de renforcer les capacités des populations en vue de contrôler les actions des dirigeants et de demander des comptes. Ces initiatives permettront de réduire un tant soit peu la pauvreté tout en donnant plus de pouvoir de décision aux populations de base.
En plus, il faut, comme le souhaite Tidiane Diakité, impliquer les ONG qui sont supposées maîtriser les réalités des milieux ruraux. « Les organisations internationales de solidarité sont plus coutumières du terrain, mieux imprégnées des réalités de vie des populations, plu disposées à l’écoute, partant, plus proches d’elles que les institutions étatiques officielles, bureaucratisées et lointaines. Ces organisations telles les ONG doivent avoir une place centrale dans le dispositif. Sur le terrain, on ne manquera pas d’encourager les organisations et associations au niveau des villages, des quartiers et des villes : association de femmes notamment dans les structures d’autogestion mais également le secteur privé africain. Les populations africaines de la base doivent être organisées et intimement associées aux activités d’investissement ; à chaque type d’activité sera liée une cellule de formation. En Afrique, nous avons des pays riches (richesses potentielles fabuleuses) avec des populations pauvres. Il s’agit de mettre fin à ce paradoxe en sollicitant les compétences multiformes des intervenants comme des autochtones »13.

Les donateurs peuvent s’appuyer sur ces ONG pour conduire cette mission de formation des populations aux pratiques de bonne gouvernance. Ce travail à la base doit à terme rejaillir sur la conduite des affaires sur le plan national.

Ainsi, la souplesse et la rapidité d’action qui caractérisent les ONG en font-elles des instruments plus efficaces dans la lutte contre la pauvreté que les gouvernements et les grandes institutions multilatérales, susceptibles d’être freinés par des lourdeurs bureaucratiques. En outre, les petites ONG montrent une capacité à mobiliser la population pour des actions rapides lorsqu’une crise éclate dans un pays donné. Ces ONG peuvent renforcer des capacités d'organisation et de gestion des organisations locales, pour leur permettre d'exercer de nouvelles responsabilités, de prendre une part plus active à la concertation en matière de développement local, et de développer des partenariats avec les autres acteurs (services financiers, services techniques, acteurs des filières et autres projets), tant au niveau local que régional. « L’exemple de la Roumanie illustre bien comment, au début des années 1990, une multitude d’ONG ont été créées dans un temps record et beaucoup d’initiatives prises en Suisse pour récolter de l’argent et acheminer l’aide à des communautés en Roumanie, alors que seules quelques grandes ONG traditionnelles ont rapidement mis sur pied des actions dans ce pays. Les crises humanitaires entraînent la présence rapide de beaucoup d’acteurs non gouvernementaux qui peuvent être complémentaires aux agences gouvernementales, au CICR et aux organisations internationales. Historiquement, les ONG ont été considérées comme plus efficaces que les agences gouvernementales et les organisations internationales et moins sujettes à soutenir des « éléphants blancs » »14.

Mais il n’est pas dit qu’il n’existe pas parmi ces ONG des brebis galeuses qui utilisent les subventions qui leur sont accordées pour entretenir leurs os. Chômage oblige, des jeunes diplômés sans emploi n’hésitent pas à créer des ONG pour détourner l’aide. N’est-il pas courant de voir dans les pays en développement des responsables d’ONG rouler dans les grosses cylindrées, s’acheter de belles maisons, voyager en classe affaire, etc. alors que les populations au profit desquelles ces ONG sont créées broient du noir ? Dans ce cas, il faut penser à instituer un mécanisme de contrôle très efficace. Les donateurs peuvent par exemple inciter toutes les ONG nationales à mettre en place bureau commun de contrôle qui pourra inspecter les comptes de chacune des ONG et rendre publics les résultats de ces travaux.

Conclusion

Sans être exhaustives, ces initiatives permettront d’améliorer à court, moyen et long termes la gouvernance dans les pays en développement surtout en Afrique sub-saharienne qui est la région du monde qui a reçu et qui continue de recevoir la part de l’aide internationale la plus importante depuis les années 1960. Il faut s’atteler à boucher tous les trous du tonneau de Danaïde que semblent devenir les pays en développement dans le processus de l’aide. Devra alors s’imposer dans les relations bilatérales et multilatérales le langage de la vérité et de la transparence.

L’on doit également rompre avec les discours flatteurs et les incantations selon lesquelles « l’Afrique est l’avenir du monde » en brandissant un taux de croissance positif. Pendant ce temps, la misère se perpétue et le nombre de pauvres ne cessent d’augmenter. Au Togo par exemple, le taux de pauvreté a atteint les 73% en cette année 2014 où un taux de croissance de 6% est vanté dans tous les discours officiels.
Enfin, il est temps de faire comprendre aux pays en développement qu’ils ne recevront pas éternellement le poisson et qu’il est urgent qu’ils apprennent à pêcher, surtout que les bouches à nourrir deviennent de plus en plus nombreuses. Le dernier rapport de l’UNICEF qui annonce une augmentation projetée et sans précédent de la population d’enfants en Afrique, est édifiant dans ce sens.

Zeus AZIADOUVO
Liberté N°1980 du 08 Juillet 2015

Notes et références
1 Jean-Louis Bianco in AIDER L’AFRIQUE OU SE FAIRE AIDER PAR L’AFRIQUE ? - Pour en finir avec l’aide stérile, Tidiane Diop. http://ti.diak.over-blog.com/article-aider-l-afrique-ou-se-faire-aider-par-l-afrique-122683926.html
2 Tidiane Diop, op. cit
3 Tidinae Diop, op. cit
4 http://www.scidev.net/afrique-sub-saharienne/donnees/tout-scidev-net/l-acc-s-aux-donn-es-publiques-am-liore-t-il-la-gouvernance.html
5 Les recettes fiscales, moteur du développement durable,http://www.oecd-ilibrary.org/docserver/download/4314032ec011.pdf?expires=1436276897&id=id&accname=guest&checksum=30FCBC9E966F5DDE5F532BEF9107ACB6
6 Fiscalité et gouvernance. www.afritaxes.com/lettresdocs/86.pdf
7 Ces sociétés écrans qui dissimulent la criminalité financière. http://eurodad.org/files/integration/2013/01/Ces-soci%C3%A9t%C3%A9s-%C3%A9crans-qui-dissimulent-la-criminalit%C3%A9-financi%C3%A8re-un-r%C3%A9sum%C3%A9-online.pdf
8 Charles Konan Banny in « Lutter contre la corruption », Abdoulaye Bio Tchané, L’Harmattan, 2000, P. 24
9 La corruption se porte bien en Afrique ... sauf le Rwanda. http://www.jeuneafrique.com/186900/archives-thematique/la-corruption-se-porte-bien-en-afrique-sauf-au-rwanda/
10 LA MONTEE DE LA CORRUPTION EN AFRIQUE : dangers et menaces sur le développement du continent. http://www.paixetdeveloppement.net/la-montee-de-la-corruption-en-afrique-dangers-et-menaces-sur-le-developpement-du-continent/
11 Nadim Michel Kalife, Pourquoi le Togo va si mal + Un Schéma de sortie de crise, Roitelet d’Afrique, 2008, P.76
12 Joseph Ndiogou DIOP, Aide au développement et populations locales : dynamique du champ de construction d'initiatives de développement entre le POGV, la Caritas et la CR de Fandène. http://www.memoireonline.com/12/09/2997/m_Aide-au-developpement-et-populations-locales--dynamique-du-champ-de-construction-dinitiatives-d0.html
13 Tidiane Diakité, op.cit
14 Le rôle des ONG dans la politique de développement : forces et limites, légitimité et contrôle. http://aspd.revues.org/446

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