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L'AUTEUR - 12/07/2015 Imprimer | Envoyer | Réagir

Glosons sur le discours de François Hollande à Dakar et Cotonou


« Seule la lutte libère ». Thomas Sankara


Je dis bien "le" et non "les" discours. Car, en effet, il s’agit d’une même préoccupation, d’une même pensée, d’une même mise en garde à l’endroit des mêmes chefs d’État africains postcoloniaux indécrottables. Au reste, les mots employés dans ledit discours s’avèrent pratiquement les mêmes, à l’exception des références positive et négative explicites faites respectivement au Bénin et au Burundi. Au Bénin qui, depuis sa "Conférence des Forces Vives de la Nation" démarrée le 19 février 1990, affiche une démocratisation notable au profit du peuple concerné. Au Burundi où, en quelques semaines seulement, des dizaines de simples citoyens sont assassinés !!! pour qu’un roitelet attardé puisse demeurer indéfiniment aux rênes du pouvoir d’État.

Oui ! Vers la fin de novembre 2014, à l’occasion de l’élection de Madame Michaëlle Jean à la tête de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) à Dakar (Sénégal), le Président français François Hollande déclara que son pays ne verrait pas d’un bon œil que des chefs d’États postcoloniaux tripatouillent, à longueur de journée, les Constitutions plébiscitées – [à 99,17 % (!!!) dans le cas du Togo] – par les peuples intéressés, dans le but de s’incruster éternellement au gouvernail du pouvoir d’État. Une telle praxis, dit-il, ne saurait, pour le moins, que provoquer des troubles politico-sociaux dans leurs pays qui ont besoin, afin de se développer, de paix, de stabilité (réelle !) et d’harmonie. François Hollande alla plus loin et ajouta que, si ces chefs d’État s’entêtaient à ne pas entendre raison, la France se trouverait dans l’obligation de soutenir !!! les peuples qui seuls détiennent la souveraineté nationale.

Eh bien ! c’est ce même message que le Président français vient de délivrer à Cotonou (République du Bénin) ce jeudi 02 juillet 2015.

Au passage, souvenons-nous que la « préoccupation » de François Hollande s’apparente… drôlement (!) à celle exprimée par François Mitterrand par son fameux "Discours de La Baule" en date du 19 juin 1990…

Rappelons que lors de sa visite à Accra (République du Ghana) en 2009, le Président des Etats-Unis d’Amérique, Barack Obama avait déjà proféré un discours tout à fait similaire à celui de François Hollande. Il proclama, en somme, que « L’Afrique a besoin d’institutions fortes et non d’ "hommes forts" ».

Mais Bon Dieu ! Pourquoi donc Accra (!) et non Lomé (Togo) ?! Pourquoi donc Cotonou (!) et non Lomé ?! En d’autres termes, pourquoi au nez !!! de M. Faure Essozimna Gnassingbé ?!. Parce que la capitale du Togo eût laissé croire (!) que ces deux Chefs d’État occidentaux cautionnent, à cœur joie, l’antipode de la démocratie que le régime RPT/UNIR nous sert au Togo en guise de gouvernance depuis, de facto, l’assassinat du Président Sylvanus Kwami Epiphanio Olympio le 13 janvier 1963… Cela veut dire aussi et surtout : « M. Faure Essozimna Gnassingbé, si vous avez encore des oreilles, daignez bien écouter !!! » Car, ce qui est arrivé à Ben Ali, à Hosni Moubarack, à Blaise Compaoré, etc, pourrait bien vous arriver à vous aussi !!! Car, « À l’instant même où l’esclave décide qu’il ne sera plus esclave, ses chaînes tombent ! » (Mahatma Gandhi).

Mais (!) si la France que nous aimons : la France de la Grande Révolution de 1789, la France Patrie des Droits de l’Homme ; si la France de nos cœurs a décidé de tourner véritablement et définitivement le dos à la Françafrique et d’aider sincèrement les peuples de ses ex-colonies à aller de l’avant…, pourquoi l’État français, en la personne de François Hollande, ne pousse-t-il pas l’audace politique au point à déclarer que les « résultats » officiels de l’élection présidentielle du 25 avril 2015 au Togo relèvent d’une énième pure préfabrication imposée par un énième coup de force ?! Au lieu de se contenter d’en tout juste « PRENDRE ACTE » ?!

La France ne devrait-elle pas retirer de chez nous ses officiers qui encadrent et forment les militaires de la milice prétorienne dénommée « FAT » (Forces Armées Togolaises) ?! Oui ! Nul n’ignore que c’est à ce corps clanique que s’adosse le pouvoir éyadémao-gnassingbéen pour – le cas échéant – briser l’échine au peuple togolais depuis près d’un demi-siècle déjà !!! La France ne devrait-elle pas tout mettre en œuvre pour débarrasser le Togo du « célébrissime » juriste français Charles Debbasch devenu, de fait, un véritable « Gouverneur » post et néo-colonial qui décide les pluies et les beaux temps RPT/UNIRistes dans ce pays ?!

À la vérité, assurément, la France, même « purgée » (!) de la "françafricanité", n’ira jamais !!! faire chez nous le "JOB" qui nous incombe à nous-mêmes. Aussi est-ce avec une inexprimable peine que je voudrais nous remémorer ici, une fois encore, la sempiternelle Souffrance des peuples négro-africains.

Et d’abord, la traite et l’esclavage négriers. Selon l’époque historique et les protagonistes concernés, l’espace géographique couvert, nous pouvons distinguer :

a) Les traites et l’esclavage antiques (Egypte, Athènes, Rome, Carthage, Mésopotamie, etc.)
Ces traites et esclavages négriers finirent par donner naissance à la terrible mythologie de la « malédiction » du patriarche Noé qui pèserait sur les épaules de Canaan. Voici la légende :

L’Ancien Testament raconte une curieuse histoire. Noé avait trois fils : Cham, Sem et Japhet. Un jour qu’il s’était saoulé et déshabillé, Cham s’est moqué de lui, tandis que Sem et Japhet l’ont couvert. Ayant appris cette scène une fois revenu à lui-même, Noé maudit Cham (= ancêtre éponyme du Nègre), plus exactement sa descendance : Canaan. Le contenu de cette fameuse malédiction ? Eh bien ! Canaan sera, ad vitam aeternam, l’esclave des descendants de ses frères !

Ainsi, seuls la traite et l’esclavage peuvent permettre aux Nègres d’être christianisés afin d’être lavés de la malédiction du patriarche Noé. À ce propos, voici un échantillon de la littérature chrétienne miséricordieuse de l’époque :

« Le plus grand malheur qui puisse arriver à ces pauvres Africains, serait la cessation de ce trafic. Ils n’auraient alors aucune ressource pour parvenir à la connaissance de la vraie religion, dont on les instruit à l’Amérique, où plusieurs se font chrétiens… Eh ! plût à Dieu que l’on achetât tous ces misérables nègres, et qu’on en déportât l’Afrique ». [Cf . Bellon de Saint-Quentin, Dissertation publiée en 1764, citée par Antoine Gisler, L’esclavage aux Antilles françaises (XVIIème-XIXèmesiècle), Karthala, Paris, 1981, p. 170.]

b) Les traites et l’esclavage arabo-musulmans (allant du milieu du VIIème siècle au début du XVème siècle), à travers le Sahara (via le Maghreb, l’Egypte, la Libye et le Moyen-Orient), et à travers l’Océan Indien (via Zanzibar et Pemba)

c) La traite et l’esclavage européens, ou transatlantiques, ou encore le trafic triangulaire (Europe-Afrique-Amérique-Europe), des années 1450 à la fin du XIXème siècle.

La traite et l’esclavage négriers une fois devenus non-rentables – pour des raisons objectives – l’Occident apprenti-capitaliste se saisit de la colonisation et du corollaire jumeau de celle-ci : du colonialisme. Lesquels colonisation et colonialisme allaient durer environ cent ans.

La vague anti-impérialiste et anti-colonialiste qui suivit la Seconde Guerre mondiale, nous conduisit à la « décolonisation » à la De Gaulle… (Ce dernier, dans ses mémoires, confesse sans aucune forme de procès : « J’ai lâché du lest afin de pouvoir conserver l’essentiel »] !

Et, s’il faut en croire Tibor Mende, la « décolonisation » ne tarda pas à se métamorphoser en "recolonisation" – avec la suite inséparable : le néocolonialisme. [Cf. Tibor Mende, De l’aide à la recolonisation. Les leçons d’un échec. Ed. Seuil, Paris, 1975].

De nos jours, ce sont des centaines de nos jeunes gens qui, à la recherche d’un illusoire eldorado dans l’univers occidental, se retrouvent engloutis !!! dans le Sahara ou la Méditerranée…

Comme nous pouvons le constater, l’Homme négro-africain n’a que déjà trop souffert !!! sous notre Soleil. La plupart du temps du fait de non-Africains ! Alors devrions-nous continuer à souffrir, maintenant du fait de propres congénères des nôtres ?! N’aurions-nous pas dû nous lever, tel un seul homme, pour dire NON !!! au despote burundais obscur qui, sous nos yeux, s’emploie à massacrer son peuple ?!

Peuples africains !

N’oublions jamais !!! ce que notre glorieux et immortel Thomas Sankara nous a appris : « Seule la lutte libère ! ». Oui ! La lutte par soi-même, pour soi-même !!!
À bon entendeur, salut !

Paris, le 04 juillet 2015
Godwin Tété

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