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CLAUDE AMEGANVI - 12/04/2014 Imprimer | Envoyer | Réagir

Togo: L’histoire de Hilaire Dossouvi LOGO et le mouvement du 5 Octobre 1990


Hilaire Dossouvi LOGO est décédé dans sa 56e année, le vendredi 14 mars dernier, au CHU-Tokoin de Lomé, des suites d’un arrêt cardiaque résultant de toutes sortes de maladies chroniques (diabète, hypertension, etc.) face auxquelles, malgré son ralliement au régime UNIR/RPT, il n’avait même plus les moyens de se soigner. L’ayant rendu quasiment aveugle, ces affections l’ont fait mourir dans des conditions misérables ; misérables comme la fin même de sa vie. Mais, n’est-ce pas là le sort que réserve toujours le régime RPT aux traîtres qui le rejoignent ?

Décédé, il est passé à la postérité, dans l’histoire. On peut donc désormais en parler au passé et procéder à toutes les évaluations à son sujet.

Constatons d’abord toutefois que, si on est amené à parler de Hilaire Dossouvi LOGO, c’est parce qu’il n’est pas un individu dont la disparition, qui a suscité un malaise, ferait l’objet d’un simple encart dans les pages nécrologiques de notre quotidien national Togo Presse comme c’est généralement le cas pour le citoyen lambda.

En effet, si on doit parler de lui, c’est justement aussi parce qu’ayant posé des actes de trahison d’une extrême gravité, une controverse s’est ouverte autour de sa disparition, sur le point de savoir si, oui ou non, il faut rendre hommage à sa mémoire, du fait que son nom soit attaché à une date de l’histoire du Togo qui interpelle tous les citoyens de ce pays : le soulèvement populaire du 5 octobre 1990.
Mais peut-on juger l’individu seulement sur le rôle qu’il joua à l’occasion de cet événement et non sur tout le parcours de sa vie qui s’est achevé dans la trahison et l’opprobre ? Loin d’être un phénomène isolé, il s’agit en fait de comportements récurrents au sein de l’opposition togolaise dont les conséquences catastrophiques ont toujours hypothéqué le débouché victorieux de la lutte que, depuis bientôt 24 ans, ne cesse de mener le peuple togolais pour en finir avec la dictature assassine du clan des GNASSINGBE.
Sous ce rapport, la disparition de Hilaire Dossouvi LOGO mérite qu’on fasse son bilan en le reliant à l’ensemble de la situation togolaise depuis ce soulèvement car, de toute évidence, c’est une phase de l’histoire contemporaine du Togo dont l’histoire de sa vie apparaît tout à fait symptomatique.
C’est cette nécessaire discussion que se propose d’ouvrir la présente contribution qui voudrait aider la jeunesse et le peuple togolais à avoir quelques repères face à une situation où tout est mis en œuvre pour semer la plus grande confusion sur la compréhension objective à avoir de cette disparition.
Mais, revenons d’abord sur le parcours de l’individu.

Qui était Hilaire Dossouvi LOGO ?

Journaliste employé par la presse officielle, Hilaire Dossouvi LOGO faisait partie d’un groupe de militants rassemblés vers la fin des années 1980 par le professeur Gu-Konou autour de son ouvrage l’Alternative qui, daté du 1er avril 1989, fera connaître la création d’un parti clandestin : la Convention démocratique des peuples africains (CDPA).

La diffusion de ce document donna lieu à une vague d’arrestations d’abord à l’extérieur du pays, en Côte d’Ivoire où Godwin TETE-ADJALOGO et KUEVIAKOE avaient été auparavant arrêtés alors qu’ils entreprenaient de convoyer un stock de ce document vers le Togo à travers le Ghana. Puis vint le tour de jeunes étudiants et travailleurs rassemblés à l’initiative de LOGO et DOGLO. Accusés de distribution de tracts hostiles au régime, incitation de l’armée à la révolte, diffamation, outrage, injures envers le chef de l’Etat, ils étaient au total 13 jeunes hommes à avoir été arrêtés le 26 août 1990 : Bitchinidi Karakoro ; Komlan Aboli ; Kodjo Aboley ; Sassou Lossou ; Ablam Gustave Ahadzi ; Kossi Efui, qui deviendra plus tard une célébrité littéraire en France où il s’est exilé ; Alpha-Boda Rehim ; Adjayé Baolé Djobo ; Nabine Ouyi ; Têko Djolé Yovodévi ; Kwadzo Hope Ketomagna Kaléfé, la taupe qui, infiltrée parmi eux, les a vendus ; Agbelenko Doglo et Dossouvi Logo. A la Sûreté nationale où ils étaient détenus, ils avaient subi des sévices de toutes sortes : passage à tabac, torture à l’électricité, etc., sur les ordres du tristement célèbre Capitaine Pitalounani LAOKPESSI, présenté depuis lors par des rapports très officiels comme étant l’un des barons du trafic de drogue au Togo.

Leur procès, qui tourna paradoxalement en un véritable procès du régime qu’il mit à nu et discrédita totalement, s’est tenu une première fois le 21 septembre 1990. Il donna lieu, sous la pression d’une campagne internationale exigeant leur relaxe, à une première vague de libérations des étudiants membres du groupe et au maintien en détention des deux jeunes travailleurs restants à qui le régime voulait manifestement faire porter le chapeau pour tous : LOGO Dossouvi et DOGLO Agbélenko, un jeune travailleur à la société commerciale SGGG.

Le 5 octobre 1990, jour où devait être rendu le verdict de leur procès, eut lieu l’explosion sociale qui, dans la vague du mouvement de contestation déferlant dans le monde entier à partir de la chute du mur de Berlin, ébranla tout le Togo comme une traînée de poudre, à partir de la capitale. Manifestations sur manifestations devaient se succéder, prenant un caractère de plus en plus insurrectionnel fin 1990, en mars-avril 1991, juin 1991, jusqu’à l’écrasement des institutions transitoires mises en place par la Conférence nationale, le 3 décembre 1991, avant que ne commence la succession des gouvernements d’union nationale dès janvier 1992. Un cycle infernal alternant mouvement de contestation – répression sanglante – négociation – élection – contestation s’installa à répétition depuis lors jusqu’aujourd’hui.
Entre-temps, la commémoration du premier anniversaire du soulèvement populaire du 5 octobre 1990 fut l’occasion, en octobre 1991, d’une puissante démonstration de force de la jeunesse, donnant lieu à la constitution du MO5, un mouvement politique de la jeunesse dirigé par des responsables jeunes venus d’horizons politiques divers. Parmi eux, on comptait bien entendu LOGO, DOGLO et d’autres militants de la CDPA tels Adjé KPADE, Don Ray, Cosme TETE, Eloi KOUSSAWO mais aussi Bassirou AYEVA du PDR, Tavio AMORIN du PSP, Claude AMEGANVI de l’OTTD, Jean KISSI du CAR (qui voulait constituer à l’origine avec ses partisans un mouvement concurrent qui tourna court tant l’aspiration à l’unité était forte), Linus Folly qui était à l’époque proche de l’ATD, et nombre d’autres militants jeunes n’appartenant pas formellement à des partis tels les DONANI, James ATAYI, etc.. Ce mouvement avait donc été créé comme un cadre souple devant préserver l’unité du mouvement de la jeunesse dont les membres venaient de différents partis. Avec la répression sanglante qui s’intensifia dès le mois de novembre 1991 jusqu’au coup de force du 3 décembre 1991 qui commença à pousser nombre de ces cadres politiques à l’exil, le mouvement se dispersa et ce qui en resta ne devait devenir ultérieurement plus qu’un regroupement aux mains des militants de la CDPA dont Dossouvi LOGO.

Avec la dégradation de la situation politique nationale à partir de l’année 1992 (assassinat de Tavio AMORIN) et surtout des massacres de Fréau Jardin et de Bè en janvier 1993 qui poussèrent plus de 600 000 Togolais à l’exil surtout dans les pays voisins, Hilaire Dossouvi LOGO quitta à son tour le Togo. Il s’exila d’abord au Ghana où il fit déjà beaucoup parler de lui en étant au centre de multiples controverses avant d’émigrer au Canada où il fera sa vie, se maria, eut un enfant et vécut jusqu’en 2007. Il mit à profit cet exil canadien pour écrire un livre témoignage intitulé : « Lutter pour ses droits au Togo », daté du 2 décembre 2004.

A l’appel de son parti, la CDPA, il revint au Togo cette année-là pour prendre part aux élections législatives qui se tinrent finalement le 14 octobre 2007. La « figure emblématique » du 5 octobre 1990 qu’il était censé incarner avait été mise en avant par la CDPA qui pensait pouvoir rafler les sièges en compétition dans sa préfecture d’origine de Yoto en présentant sa candidature sur la liste conduite par l’expert comptable et ancien ministre CDPA des régimes de transition-union nationale des années 90, Lucas AFANTCHAO.

L’auteur de la présente contribution, qui l’avait rencontré à l’époque pour la première fois depuis son retour au CESAL, à Lomé, lors d’une conférence sur l’égyptologie organisée par le professeur de mathématiques à l’Université de Paris VII-Jussieu en France, Pascal ADJAMAGBO, avec la participation du professeur Léopold Messan GNININVI, le secrétaire général de la CDPA, alors ministre en exercice, profita de cette occasion pour le mettre déjà en garde. Il lui dit en substance : « Fais très attention à ce que, ce pour quoi on t’a fait revenir, ne finisse par ternir tout ce que représente pour le peuple togolais le soulèvement populaire du 5 octobre 1990 qui reste attaché à ton nom, sinon on ne te le pardonnera pas ! » Et lui de garantir qu’il sait ce qu’il fait et qu’il restera toujours fidèle.

Au final, sa participation à ces législatives pour lesquelles il était venu fut un désastre électoral personnel car les manipulations du RPT, d’une part, la sévère sanction des populations de la politique d’accompagnement du régime RPT mise en œuvre par la CDPA au gouvernement, d’autre part, lui infligèrent un cinglant et cuisant désaveu : il ne fut pas élu ! Du haut de son piédestal d’icône de la jeunesse, la chute fut brutale et amère, le ramenant à une terrible réalité : la reconnaissance et la consécration auxquelles il s’attendait pour sa célébrité passée n’étaient pas au rendez-vous. Comment les peuples pouvaient-ils se montrer aussi ingrats et avoir la mémoire si courte, devait-il sans doute penser, oubliant que le peuple togolais, instruit par les leçons de l’histoire de ses longues années de souffrance, s’est toujours montré vigilant, non amnésique et intraitable.

Commença alors pour Hilaire Dossouvi LOGO, les tribulations d’une descente aux enfers avec passage à Canossa lorsque son parti fit le choix de l’entraîner dans la compromission avec le régime RPT en faisant reconduire ses principaux responsables au gouvernement, entièrement dominé par ce parti, qui se constitua au lendemain de ces législatives du 14 octobre 2007. De fait, organisées par le gouvernement d’union nationale qui associait le RPT au CAR – CDPA – CPP sous la houlette de Me Yawovi AGBOYIBO, nommé Premier ministre, ces élections, qui étaient censées mettre en œuvre l’Accord politique global (APG) conclu en 2006, ne furent qu’une mascarade électorale de plus dont le RPT avait imposé la tenue sur la base d’un découpage électoral des plus iniques. En réalité, cet accord venait d’épuiser sa véritable fonction pour Faure GNASSINGBE : l’aider à se sortir des difficultés dans lesquelles l’avaient plongé le génocide de février – mai 2005 par lequel, avec plus de 1 000 morts selon le Rapport de la LTDH, il fut imposé dans le fauteuil présidentiel laissé vacant par le décès de son père EYADEMA. Pourtant, la direction de la CDPA décida de se maintenir dans le nouveau gouvernement mis en place au lendemain de cette mascarade électorale bien qu’il n’a cessé d’être unanimement décrié par tous les partis de l’opposition et la population. Du portefeuille ministériel des mines et de l’énergie qu’il occupait dans le précédent gouvernement, Léopold Messan GNININVI, le Secrétaire général de la CDPA, fut transféré à celui des Affaires étrangères où il entraîna le malheureux candidat député non élu Hilaire Dossouvi LOGO à le suivre dans son cabinet où il lui offrit (à titre de compensation ?), un strapontin de « chargé de mission » puis de chef d’une division.

Ce fut alors, à la faveur du remaniement ministériel que le régime RPT organisa à l’approche de la présidentielle de 2010 qu’il décida de mettre en œuvre la cynique et machiavélique manipulation qui coula définitivement Hilaire Dossouvi LOGO. A ce dernier qui fut approché par leurs soins, on raconta que Faure GNASSINGBE, qui appréciait toute la dimension de sa personnalité, aurait souhaité le nommer comme ministre dans le nouveau gouvernement qu’il concoctait mais que son mentor, Léopold Messan GNININVI, s’y opposait farouchement en prétendant qu’il ne pouvait pas être sur le même pied d’égalité que lui, dans le même gouvernement. Avec un aveuglement enfantin, Hilaire Dossouvi LOGO, tomba, tête baissée, dans le piège de la machination qui avait été orchestrée pour le liquider politiquement et se mit à déverser un tombereau d’insanités sur son camarade GNININVI qu’il accusait de ne pas vouloir son bien.

Débarqué du ministère des Affaires étrangères et relégué dans d’obscures fonctions subalternes à l’Agence togolaise de presse (ATOP), il devint, à partir de là, un jouet malfaisant entre les mains des caciques du RPT qui le retournèrent d’abord contre son propre parti, ensuite les autres partis de l’opposition démocratique et tout le peuple togolais.
Mettant honneur et dignité au rencart, il se distingua par le déchaînement d’une propagande négationniste provocatrice et ordurière contre le peuple togolais et ses intérêts comme on peut le constater à travers ses propos lors de cette interview, qu’à l’occasion de la commémoration du 19e anniversaire du soulèvement populaire du 5 octobre 1990, il accorda au site gouvernemental republicoftogo.com et dans laquelle il déclara notamment :
« Republicoftogo.com : 19 ans, quel regard vous portez sur la situation sociopolitique du Togo, est-ce que les buts que vous visiez à travers votre lutte ont été atteints ?

Logo Dossouvi : Ce que je vais vous dire me vaut déjà de l'eau chaude sur la tête, mais c'est une position que j'assume. La démocratie n'est pas un état, c'est un processus. Depuis mon retour d'exil y a un an et demi, j'observe avec satisfaction que la démocratie marque des pas en avant dans notre pays. (…) Je dis simplement que beaucoup de choses ont changé, ne pas le reconnaître, c'est faire preuve de malhonnêteté. C'était tout cela que nous recherchions à travers nos manifestations de 90. C'est ma conviction quelles que soient les critiques que cela me vaut et je pense que l'histoire appréciera.

Republicoftogo.com : Vous choisissez donc de soutenir la candidature de Faure pour 2010 ?

Logo Dossouvi : Il y a eu plusieurs candidats déclarés que je connais bien comme Agboyibo et Agbéyomé parce que nous sommes de la même localité. Je connais aussi Gilchrist Olympio, je les ai vu gérer leur parti et je sais ce qui se passe dans les états majors de ces formations et depuis peu de temps ; j'ai vu le Président Faure à l'Œuvre et en toute âme et conscience, je décide de soutenir Faure parce que je le trouve pragmatiste et réaliste. Je lui souhaite bonne chance pour qu'il gagne en 2010 et qu'il prouve que ce qui se fait ailleurs peut se faire valablement au Togo en terme de démocratie, de promotion des droits de l'homme et de développement. Je n'ai plus besoin d'attendre l'instruction de qui que ce soit pour choisir ma position. Icône ou pas icône, je pense que je suis en train de poser un acte d'envergure nationale. Ce n'est pas parce que tel leader est mon frère que je vais le suivre sans réfléchir, et ce n'est non plus parce que j'ai été torturé sous Eyadema que je ne vais pas soutenir Faure s'il pose des actes responsables et bénéfiques à la nation. »


Le soulèvement populaire du 5 octobre 1990 n’est pas la propriété de Hilaire Dossouvi LOGO !

Avant d’analyser la trahison de Hilaire Dossouvi LOGO sur le fond, il faut préciser un point capital à l’origine d’un profond malentendu qu’il convient de lever et que les tenants de l’UNIR/RPT tentent d’exploiter pour démoraliser le peuple togolais : le 5 octobre 1990 n’est pas sa propriété !
Car, avec ou sans celui qu’on a plus couramment appelé LOGO Dossouvi, le soulèvement populaire du 5 octobre 1990 aurait inéluctablement et nécessairement eu lieu, cela pour plusieurs raisons :

1°) C’était un mouvement qui venait de loin et se cherchait depuis longtemps, nourri par toutes les frustrations accumulées par le peuple togolais depuis l’assassinat de Sylvanus OLYMPIO, le 13 janvier 1963, comme nombre d’analystes l’ont établi de façon irréfutable ;

2°) Les conditions objectives de cette explosion sociale étaient arrivées à maturité : elles découlaient d’une profonde dégradation des conditions de vie de la population, tout particulièrement de sa jeunesse et s’annonçait tellement de partout qu’une institution internationale aussi sérieuse que le BIT avait même pronostiqué, avec une remarquable précision, qu’elle surviendrait précisément cette année 1990 – là ! C’était dans son « Rapport d’une mission globale d’emploi du PECTA au Togo » daté de février – mars 1984 où il est écrit : « La mission estime que si des mesures appropriées ne sont pas prises en faveur de l’emploi, et des revenus salariés, le chômage s’accroîtra annuellement de 17 % jusqu’en 1990, date à laquelle il touchera sans doute plus de 40 % des actifs urbains. Une telle situation sociale, si elle devait se produire, ne manquerait pas d’être explosive. » (Volume I, Rapport principal, Addis Abeba, page xiv).
Mouvement inéluctable, le soulèvement populaire qui eut lieu ce 5 octobre 1990 serait intervenu nécessairement, un peu plus tôt ou un peu plus tard, dès lors que tout événement aurait pu jouer un rôle catalyseur en mettant le feu aux poudres de l’explosion sociale attendue et programmée !

3°) Ce sont bien d’autres personnes que Hilaire Dossouvi LOGO, qui était alors entre les mains de la police, en détention, qui se sont matériellement organisées pour agir ce jour-là et ce n’est pas lui qui leur a demandé de le faire, ce qui indique bien que le soulèvement s’est préparé sans lui et en dehors de lui dont la situation n’a réellement servi que de prétexte, de catalyseur à l’explosion sociale. Le 5 octobre 1990 ne peut donc pas être considéré comme étant sa propriété personnelle car ses véritables concepteurs et exécutants étaient ailleurs, et ils n’ont pas trahi, eux, comme il l’a fait, lui. Ce sont ceux-là qui ont « fait » l’événement, eux qui « scandaient « Libérez-les, libérez-les ; A bas le RPT – Vive le multipartisme – A bas le MONESTO etc., et chantaient « Terre de nos aïeux », l’hymne du Togo indépendant que beaucoup de Togolais commencent à oublier » ; eux qui ont vidé la grande salle du Palais de justice de Lomé pour se répartir en petits groupes dans les rues de Lomé où « tout en lapidant les soldats, attaqueront des édifices publics dont les bureaux de la préfecture du Golfe où ils ont cassé des machines à écrire, des portraits géants du Chef de l’Etat et des articles de Bureau. Telle une onde, ces groupes se multiplieront et atteindront les différentes artères de Lomé où des commissariats de police ont été saccagés et des véhicules administratifs brûlés. » (Forum Hebdo du 17 octobre 1990). Voilà qui a le mérite de la clarté !

4°) LOGO Dossouvi n’était pas seul dans le box des accusés ce 5 octobre 1990 : il était avec DOGLO Agbélenko et, le 21 septembre auparavant, en plus avec 9 autres dont nous rappelons encore une fois ici les noms : 1. Bitchinidi Karakoro ; 2. Komlan Aboli ; 3. Kodjo Aboley ; 4. Sassou Lossou ; 5. Ablam Gustave Ahadzi ; 6. Kossi Efui ; 7. Alpha-Boda Rehim ; 8. Adjayé Baolé Djobo ; 9. Nabine Ouyi ; 10. Têko Djolé Yovodévi). En dehors du tout premier traître parmi ce groupe, la taupe Kwadzo Hope Ketomagna Kaléfé que Hilaire Dossouvi LOGO a fini par rejoindre dans le temps, tous ceux-là n’ont pas trahi jusqu’à ce jour comme lui l’a fait ! Même s’il a été considéré comme une icône de cet événement historique, il ne pouvait, en aucun cas, récupérer pour lui tout seul une révolte destinée à les défendre tous deux ! Le 5 octobre n’est donc pas sa « propriété privée » !

5°) Il s’agissait d’une vague révolutionnaire qui déferlait sur toute l’Afrique et dans le monde entier depuis la chute du mur de Berlin, en Allemagne, et qui avait trouvé son expression dans nombre de pays du continent notamment en Afrique du sud et au Bénin où elle avait conduit à la tenue d’une conférence nationale qui remit en cause mais sauva le pouvoir de Mathieu KEREKOU. C’était donc au tour du Togo de connaître le déferlement de cette vague révolutionnaire, un point c’est tout et c’est là une réalité mondiale qui dépassait la petite personne du seul LOGO Dossouvi !

6°) Mouvement social, le 5 octobre 1990 peut d’autant moins être considéré comme la propriété personnelle de Hilaire Dossouvi LOGO qu’il est avant tout un mouvement collectif et non individuel : ce sont les peuples qui font leur histoire et non les individus à leur place. Penser ou prétendre que c’est sa « propriété » relève donc d’une grotesque usurpation !
Voyons à présent comment Hilaire Dossouvi LOGO a trahi le mouvement qu’il a usurpé.


Hilaire Dossouvi LOGO dans ses œuvres de trahison :

Ce fut à l’occasion de la campagne de l’élection présidentielle du 4 mars 2010 que Hilaire Dossouvi LOGO se distingua tout particulièrement par de hauts faits d’armes :

- On le poussa à monter et à prendre la tête d’un Comité de soutien à la campagne de Faure GNASSINGBE qui reçut manifestement de conséquentes dotations en dizaines voire centaines de millions de F CFA pour sa besogne.

- Il organisa nombre de marches de soutien à la candidature de Faure GNASSINGBE dont certaines convergeaient sur le Palais des congrès en partant des différents quartiers de la capitale où on rassemblait préalablement une jeunesse désœuvrée et affamée dont on achetait la conscience en gratifiant chacun de 2 000 F CFA par manifestation. Pour toute cette opération Hilaire Dossouvi LOGO était coaché par Arthème AHOOMEY-ZUNU, qui deviendra plus tard premier ministre de Faure GNASSINGBE, et Keguewé SOGOYOU, l’ancien ambassadeur du régime RPT en Allemagne et très tribaliste activiste du RPT. Il importe de rappeler ici que ce dernier se distingua naguère, sous le régime de la transition, avec cet autre tribaliste qu’est Akrima KOGOE en décrétant que la préfecture de la Kozah était devenue « autonome » avec comme organe d’information Radio Kara. Et cette dernière avait été proclamée à l’époque « radio libre » (une sorte de Radio des milles collines qui fut l’instrument du génocide au Rwanda) au simple motif que Joseph Kokou KOFFIGOH, le premier ministre de la transition, aurait fait l’affront aux populations de ladite préfecture de nommer à sa tête une femme, Mme BALOUKI, comme préfet.

- Il ne cessait de se répandre sur les médias tant publics que privés (radios, télévisions) multipliant interviews infâmes par lesquels il proclamait que c’est en Faure GNASSINGBE seul qu’il avait pu trouver l’homme qui avait su réaliser, par son action au pouvoir, les aspirations pour la défense desquelles il avait appelé la jeunesse togolaise à la révolte en 1990 ! Faure GNASSINGBE qui avait fait massacrer des centaines de jeunes en 2005 pour s’installer illégalement au pouvoir à la place de son père à travers un triple coup d’Etat militaire, constitutionnel et électoral qui organisa cette sanglante succession monarchique !

L’élection présidentielle passée, les caciques du RPT l’ignorèrent superbement comme ils ont l’habitude de le faire avec les traîtres qui se vendent à eux en les rejoignant et qu’ils rejettent comme on jette la peau d’un citron dont on a extrait le jus. Dossouvi LOGO sombra alors dans une galère dont il n’émergeait de temps en temps qu’en se faisant bitosard de la défense du RPT.

A l’origine, le phénomène dit du « bitos » est apparu, sur le Campus de l’Université de Lomé, comme cette vile pratique en vogue par laquelle des étudiants affamés, avides de gain facile et sans scrupules se mettent au service du régime RPT soit pour organiser la délation contre leurs camarades qui oseraient le critiquer ou mener toute activité de contestation, soit surtout pour organiser des manifestations de soutien au régime. Le but recherché est d’obtenir de l’argent facile auprès de dignitaires du RPT avec lesquels les bitosards sont régulièrement en contact pour qu’ils suivent de près ces montages grossiers.

C’est dans cette activité que Dossouvi LOGO finit par se reconvertir tout en le cachant bien évidemment à ceux qui le connaissaient. Aussi incroyable que cela puisse paraître, journaliste lui-même, Hilaire Dossouvi LOGO écrivait pour Chronique de la semaine, le très réactionnaire journal du RPTiste Dominique ALIZIOU, des articles insultants pour l’opposition togolaise mais laudateurs pour Faure GNASSINGBE et son régime qu’il allait lui remettre en cachette et se fera surprendre un jour par un de ses confrères. La procédure consacrée de pur « bitos » consistait, une fois l’article publié, à appeler le responsable de l’UNIR/RPT avec lequel il était en contact pour lui demander de lui envoyer l’argent qu’il méritait pour cette basse besogne. Voilà donc de quoi avait fini par vivre Hilaire Dossouvi LOGO !
Cyniques, les barons du régime RPT l’ont manipulé en toute connaissance de cause pour l’attirer à eux afin de mieux l’humilier, après qu’ils se soient aperçus de la légèreté de l’individu. Ce faisant, ils avaient parfaitement conscience de s’attaquer au symbole du 5 octobre qu’il était censé représenter et qu’ils tentaient de détruire à travers lui.

C’est ainsi qu’Arthème AHOOMEY-ZUNU et le thuriféraire RPTiste Keguewé SOGOYOU, avec qui il avait coordonné les activités du Comité de soutien à Faure GNASSINGBE en 2010, s’étaient vantés, devant témoins, d’avoir détruit le symbole du 5 octobre à travers lui en disant en substance : « Nous avons réussi à salir leur 5 octobre en le récupérant et en lui faisant faire ses déclarations ». C’est donc qu’ils étaient parfaitement conscients de l’objectif qu’ils visaient à travers lui.


Comment comprendre ?

Lors des réunions populaires qui se tenaient dans les quartiers de la capitale togolaise en 1991, notamment l’une, mémorable, qui s’est tenue autour du mois de mai de cette année-là au Foyer Pie XII, Hilaire Dossouvi LOGO était partie prenante, après sa libération, du mouvement qui, pour bien exprimer son rejet du régime RPTiste d’Eyadéma, proclamait qu’on l’avait « vomi ». Cette tonalité revenait dans la plupart des interventions qui se faisaient.
Ceci pour dire que, comme un chien, Hilaire Dossouvi LOGO retourna à sa vomissure….
Ou, comme le dit en d’autres termes cet adage populaire de notre culture : « On ne crache pas par terre pour ensuite le laper avec sa langue ! » Ce qu’il fit.
Pourtant, n’était-il pas l’icône-même du soulèvement populaire du 5 octobre 1990 dont il semblait incarner la conscience, surtout avec la constitution du MO5 qui avait porté son nom au firmament de la résistance de la jeunesse ?
Comment comprendre alors qu’il ait donc pu, avec autant de légèreté, salir le symbole qu’il représentait pour la jeunesse togolaise alors que beaucoup de sang a été versé en son nom sur la terre de nos aïeux pour le défendre et, par la suite, au nom de tout l’espoir que ce qui s’est passé ce jour-là a suscité ?
Rappelons encore que rien que ce 5 octobre 1990, près d’une dizaine de personnes ont été tuées dans la répression sanglante qui a été déchaînée par la soldatesque d’Eyadéma lorsque l’immense foule, qui s’est répandue dans les rues de Lomé à partir du Palais de justice où il était avec DOGLO, exigeait notamment : « Libérez-les ! ». Parmi eux on compte notamment :

1. HUNLEDE, un jeune manifestant ;
2. Jean-Marie, un jeune garçon de Hanoukopé ;
3. Christian ATAYI, un employé de la CEET, tué devant son domicile alors qu’il raccompagnait un parent venu lui rendre visite ;
4. Kouassivi Akpé Jean-Marie TETE-ADJALOGO, 25 ans, un étudiant en MP (math-physique) à l’Université du Bénin qui, blessé à la cuisse gauche par des balles tirées par les militaires, est mort faute de soins au CHU-Tokoin. Il s’est entièrement vidé de son sang après que les Hôpitaux et centres de santé où ses amis l’emmenaient eurent refusé de le soigner, en violation flagrante du serment d’Hippocrate.
5. Natchamba NADJE, un gardien de la paix.

Ajoutons qu’à partir du Palais de justice et de la capitale, Lomé, ce soulèvement s’est répandu comme du feu sur une traînée de poudre à travers tout le territoire togolais qu’il a totalement transformé. Insufflant un vent de révolte dans les corps et les esprits des citoyens, ceux-ci, depuis bientôt 24 ans jusqu’à ce jour, ne cessent de réclamer leur véritable liberté à travers d’incessants mouvements, à l’occasion insurrectionnels, que le clan des GNASSINGBE au pouvoir n’a cessé de noyer dans un gigantesque bain de sang. A ce jour, c’est un bilan macabre de plus de 10 000 morts que la répression sanglante de ce pouvoir sanguinaire a occasionnés dans ce petit Togo de seulement 6 000 000 d’habitants !
C’est pourquoi évoquant le cas LOGO Dossouvi, lors de son ralliement, avec armes et bagages au RPT en 2010, quelque citoyen, interloqué n’a pas manqué de s’interroger : « Tout ça pour ça ?! »
Oui, comment a-t-il pu oublier tout cela ?
En fait, à la réflexion, que le RPT ait pu manipuler Hilaire Dossouvi LOGO avec autant de facilité mérite de s’interroger sur la consistance de sa véritable personnalité.
En effet pour avoir fait partie de ceux par qui est passé l’irruption du peuple togolais sur la scène politique où se joue sa destinée, son cas est symptomatique de celui de nombre de figures nationales ou internationales de ces « oppositions » qui, tout en prétendant représenter ou parler au nom de leurs peuples, finissent par rallier les régimes oppresseurs et pilleurs qu’ils combattent en le justifiant comme un passage obligé, une « nécessité historique ». Alors qu’il ne s’agit que de préoccupations bassement matérielles, de l’assouvissement de ce qui est désormais connu dans le jargon politique comme étant la simple et triviale « politique du ventre » c’est-à-dire celle de la corruption par laquelle des individus de ce genre défendent leurs intérêts personnels au détriment de ceux des peuples au nom desquels ils prétendent parler.
Et c’est précisément ce type de comportement, devenu si courant chez nombre d’acteurs politiques qui animent la vie politique nationale, qui est responsable des 24 années d’impasse et de désillusions dans lesquelles se débat le peuple travailleur des villes et des campagnes du Togo. Voilà comment ce peuple, empêtré dans une crise sociopolitique qui s’approfondit de jour en jour, confronté de plus aux déchirements qui affectent les formations politiques qui se sont portées à la direction de son incessante lutte, voit l’équation d’une issue victorieuse devenir de plus en plus complexe et incertaine.
Ces évolutions démentent de façon cinglante ceux qui entreprennent de démobiliser le peuple togolais en se faisant les avocats de la nécessité de cette sorte de « compromis historique » qui n’est rien d’autre en fait qu’une véritable compromission avec la dictature assassine et cleptomane du RPT/UNIR auquel le ralliement avec armes et bagages de ceux qui le combattent signifie avant tout une haute trahison et la mort d’un idéal de liberté.


Peut-on rendre hommage à la mémoire de Hilaire Dossouvi LOGO ?

Si, après avoir dit à tout un peuple : « Suivez-moi ! », on est suivi et on conduit tout ce peuple dans les bras de l’ennemi, comment doit-on être jugé devant l’histoire ? Comme un « héros » ou plutôt comme un traître à la cause du peuple et traité comme tel ?
De ce point de vue, on ne peut que s’interroger sur ce que cherchent ou veulent en réalité certains Togolais qui se sont déchaînés en qualificatifs inappropriés, dithyrambiques à l’occasion, par lesquels ils continuent de voir, en Hilaire Dossouvi LOGO, un « héros », un « combattant », un « intrépide combattant », à qui devrait être rendu « un vibrant hommage » ou un « devoir de mémoire », comme on l’a vu faire par nombre de publications, notamment en ligne, où on a pu lire :

• Logo Dossouvi Hilaire : L’intrépide combattant s’en est allé… (news.alome.com) ;
• Décès d'un combattant : Hilaire Logo Dossouvi n'est plus ;
• Togo, LOGO DOSSOUVI HILAIRE : DEVOIR DE MEMOIRE DU PEUPLE TOGOLAIS (La Coordination du CRD-TOGO) ;
• Togo, Logo Dossouvi ou le parcours tumultueux d'un héros ... (fabbikouassi.wordpress.com) ;
• Selon la CDPA, Logo Hilaire Dossouvi est un héros de la liberté (togoactualite.com) ;
• Fenêtre sur l'Afrique rend un vibrant hommage à Hilaire Logo Dossouvi.

Et, il y eut même une messe organisée à sa mémoire en Belgique avec la participation de Togolais des différents pays de la diaspora d’Europe !

C’est pourquoi il faut d’abord établir, avec les plus grandes clarté et netteté, que l’acte politique du ralliement au régime UNIR/RPT de Faure Essozimna GNASSINGBE qu’a posé Dossouvi LOGO est une véritable trahison du peuple togolais et en tirer toutes les conséquences. Ce n’est qu’une fois ce préalable établi qu’on peut répondre à cette autre question qui en découle : faut-il ou doit-on rendre hommage aux traîtres comme si de rien n’était ?
Certes, nous pouvons concevoir que, dans un pays et sur un continent où on voue un culte aux morts, le décès de Hilaire Dossouvi LOGO puisse inspirer le débordement d’un excès de sentimentalisme à son endroit tendant à l’absoudre de sa trahison mais nous disons avec netteté qu’il faut éviter tout sentimentalisme dans cette discussion où seuls doivent compter les faits.
En effet, si on en juge par la situation générale de l’Afrique, force est de constater que le sentimentalisme est une de ces dispositions psychologiques rétrogrades qui en freine l’évolution. En obscurcissant les consciences et en empêchant de comprendre les véritables causes de la situation désastreuse dans laquelle elle se trouve et d’y remédier, il étouffe le développement d’un débat de fond plus que jamais nécessaire et indispensable car concernant en dernière analyse le bien-être de nos populations.

Quelles conclusions ?

Hilaire Dossouvi LOGO n’était pas un homme méprisable au début du processus dans lequel il a joué un rôle tout comme nombre d’autres togolais mais il l’est devenu de sa propre volonté, là où rien ne l’obligeait, en trahissant et en jetant dans la boue la date du 5 octobre 1990, devenue sacrée pour les Togolais comme celle où s’exprima ouvertement leur aspiration au changement démocratique et à la fin de la dictature d’Eyadéma.

De ce point de vue, il convient de rappeler qu’il n’était pas le premier ni le seul à avoir mis en place une structuration clandestine au Togo, ni le premier et le seul à avoir été emprisonné et torturé au Togo pour cette raison ou d’autres raisons politiques !

Il emporte donc avec lui dans sa tombe l’entière responsabilité de ses actes car ce qu’il a fait n’est pas bien et ne se fait pas dans la mesure où, pour nous, il y a une morale en politique contrairement à l’idée couramment répandue par les politiciens véreux pour justifier tous les opportunismes.

C’est pour cette raison qu’il faut caractériser avec la plus grande clarté son ralliement au régime UNIR/RPT comme un passage à l’ennemi, une véritable trahison, un acte de renégat. Selon le dictionnaire français « Le Petit Robert » un renégat se définit comme : « une personne qui a abandonné, trahi ses opinions, son parti, sa patrie, etc. ». Et la trahison de Hilaire Dossouvi LOGO est d’autant plus condamnable à tous les égards que nous ne sachions pas qu’il ait exprimé quelque regret ou repentir que ce soit avant de disparaître, même au moment où il sentait venir à lui la mort. Aucun testament, rien, et donc comme il le disait lui-même de son vivant : il a tout « assumé » !

Il faut donc en déduire, au total, que Hilaire Dossouvi LOGO a trahi, est donc un traître, est mort en traître, et doit rester au final, dans la mémoire de tous les Togolais, comme l’exemple même du traître qu’il faut exécrer !

Personne ne peut non plus nier le fait matériel qu’il ait joué un rôle dans l’éclatement du processus historique par lequel le peuple togolais a décidé de prendre en main son destin ce 5 octobre 1990 : nous sommes, pour notre part, bien instruits par les théoriciens du socialisme, à reconnaître le rôle que jouent les individus dans l’histoire. Mais, cela lui donne-t-il tous les droits ? Absolument non !
S’il est permis de s’interroger sur les ressorts psychologiques de sa trahison, on ne peut exclure la possibilité qu’il ait déjà craqué sous la torture et ait été retourné par ses tortionnaires dès son emprisonnement en 1990, devenant depuis lors un agent provocateur au service du régime. Aurait-il alors subit les effets de ce paradoxal « syndrome de Stockholm » (expression inventée par le psychiatre Nils Bejerot en 1973) qui, selon le dictionnaire en ligne Wikipédia, « désigne un phénomène psychologique où des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers développent une empathie, voire une sympathie, ou une contagion émotionnelle avec ces derniers » ?

Ce type de comportement est chose connue depuis la nuit des temps, amenant justement les organisations révolutionnaires à réserver un traitement particulier à leurs militants qui reviennent d’avoir subis des tortures en prison. Placés hors des structures des organisations, ceux-ci sont suivis à part pendant un temps plus ou moins long où ils sont mis à l’épreuve avant d’être réintégrés à nouveau dans une structuration normale. Les manuels de formation de base des organisations révolutionnaires expliquent tout cela de long en large et en travers.
De ce point de vue, l’extraordinaire légèreté dont Hilaire Dossouvi LOGO faisait preuve dans certains aspects de sa vie privée et militante appelait déjà à s’interroger sur sa fiabilité. N’entretenait-il pas en effet de longue date des rapports financièrement intéressés avec un de ses frères de région alors fermement ancré au RPT au plus fort de la crise des années 1990 ? Et que n’a-t-on pas vu de semblable au Togo avec toutes les histoires de trahison qui circulent partout ?
Tout cela peut avoir existé mais ne peut en aucun cas justifier l’injustifiable qu’il a commis.
Car nous sommes de ceux qui pensent qu’en politique, les valeurs d’honnêteté, de morale et de dignité doivent prévaloir, surtout lorsqu’il est question de la jeunesse à laquelle on ne peut en aucun cas apprendre à se vendre pour de l’argent en flattant ses plus bas instincts comme l’a fait Hilaire Dossouvi LOGO sur la fin de sa vie.
Et ce comportement le disqualifie de se revendiquer des valeurs du mouvement représenté par le 5 octobre qui s’attaquait avant tout aux travers du sort fait par le régime RPT à la jeunesse togolaise.
Au-delà, bien qu’il ne peut s’agir de réécrire l’histoire, il convient toutefois d’apporter un nouvel éclairage à la question qui a été soulevée sur le point de savoir pourquoi, Hilaire Dossouvi LOGO et les siens ayant été libérés par le puissant mouvement révolutionnaire qui les a sortis de prison, ils n’ont pas pu s’assumer en prenant la direction de la lutte, à un moment où, le pouvoir étant quasiment par terre, ne demandait qu’à être ramassé ?
S’il est vrai qu’une première réponse a été apportée en indiquant que, manquant de confiance dans leurs propres forces, ils ont fait appel à des aînés qui ont conduit ce formidable mouvement à l’impasse, force est de constater que l’inconsistance et l’inconséquence d’un Hilaire Dossouvi LOGO apporte aujourd’hui un nouvel éclairage à cette interrogation.
Certes, nous pensons que la direction de la CDPA porte une grande responsabilité dans l’évolution traitresse du disparu de par la collusion gouvernementale qu’elle a entretenue avec le régime dictatorial RPT bien qu’elle excipât de sa qualité de membre de l’Internationale socialiste. Cependant, en allant beaucoup plus loin qu’elle, Hilaire Dossouvi LOGO porte une responsabilité personnelle qui lui incombe à lui tout seul. Et cette responsabilité, personne d’autre ne peut la partager avec lui.
Si Hilaire Dossouvi LOGO avait une conscience fragile que le RPT a su manipuler aussi facilement, l’expérience de sa vie doit servir à éduquer la nouvelle génération de jeunes militants dans le rejet, avec le plus grand dégoût, du contre-exemple qu’elle constitue surtout lorsque nous voyons qu’elle est mise en avant et exploitée pour démoraliser et tenter de récupérer toute une jeunesse déjà passablement appauvrie.
A la jeune génération qu’on tente de corrompre à coup de millions, quelle leçon laisse-t-il au final que celle de la compromission, de la corruption, de la négation de ses convictions, de l’avilissement personnel ? Qu’elle apprenne donc de l’expérience ambivalente de sa vie qu’elle ne vaut pas la peine d’être prise pour modèle, donc suivie…
Car, depuis son ralliement au RPT Hilaire Dossouvi LOGO était déjà mort pour la révolution au Togo, sa mort physique n’étant venu que clore ce chapitre définitivement.
C’est pourquoi manifester de la compassion à son endroit en pensant qu’un hommage doit lui être rendu est une forme d’opportunisme politique qui couvre la gravité des actes de trahison qu’il a posés.
De même, sacraliser le 5 octobre 1990 au point d’en faire une icône abstraite à l’ombre de laquelle toutes les trahisons, y compris par ses propres initiateurs, peuvent être tolérées relève d’un manque de rigueur impropre à construire une nation forte. Celle-ci ne peut en aucun cas s’édifier avec un tel état d’esprit car, dans la vie, il y a un prix pour tout et il faut savoir ce qu’on veut !
Quel modèle, quelles valeurs, quels exemples voudrait-on donner à notre jeunesse ? Si on tolère tout, si on excuse tout, comme la gravité des actes posés par Dossouvi LOGO, on ne peut préparer, dans cette voie, que les bases d’une nation décadente. Comment s’étonner alors dans ces conditions qu’il nous en résulte comme conséquence la situation actuelle du Togo marquée par tous ces phénomènes de transhumance politique qu’on y voit avec ces incroyables ralliements au RPT pour de l’argent !
Au-delà, son exemple pose celui de tous ces acteurs politiques qui, de fait, ont, pour la plupart, fait plus ou moins comme lui. Dans la mesure où il fait pression en confortant implicitement cette propension à « dialoguer » et à conclure des accords contre-nature avec le régime RPT qu’on finit par banaliser comme chose normale, il renforce l’état d’esprit qui conduit à ces catastrophiques conséquences électorales, récurrentes depuis 21 ans.
Somme toute, le débat sur la disparition d’Hilaire Dossouvi LOGO renvoie au bilan politique des 24 ans écoulés depuis le soulèvement populaire du 5 octobre 1990 c’est-à-dire celui d’une révolution trahie par ses propres initiateurs et c’est aussi pour cela qu’on ne peut pas pleurer ou rendre hommage à la mémoire de Hilaire Dossouvi LOGO parce qu’il ne le mérite pas. Bien au contraire, on doit apprendre au peuple togolais, surtout à sa jeune génération, à n’avoir que mépris pour de tels individus.
L’histoire des révolutions regorge de multiples exemples où certains de ses initiateurs ont fini en trahissant les processus qu’ils ont contribué à déclencher, par souci de la défense de leurs intérêts personnels, conduisant à de mémorables catastrophes et tragédies.
Or, l’école de la même révolution est impitoyable, qui sait sélectionner les hommes et femmes qui peuvent la diriger en les soumettant aux plus rigoureuses épreuves à commencer par celle de la faim, de la maladie, de l’isolement. Seuls arrivent à réussir ceux qui savent y résister en se sacrifiant.
Malheureusement, Hilaire Dossouvi LOGO échoua à toutes ces épreuves pour se précipiter dans les poubelles de l’histoire du Togo, place qu’il aura, en dernière analyse, lui-même choisi et « assumé » (comme il aimait si bien le dire) de rester.
Laissons donc uniquement au mort, le soin d’enterrer ce mort-là ! Le peuple togolais n’a rien à voir dans ses obsèques.
Sur le fond, il y a lieu de tirer de sérieuses conséquences politiques de l’événement. Si la mascarade électorale du 25 juillet 2013 a définitivement guéri le peuple togolais des illusions qu’une solution à la crise dans laquelle il se débat depuis 24 ans viendrait par la voie des urnes, ne faut-il pas penser sérieusement à une nouvelle alternative sur le terrain d’un autre 5 octobre ?
Dans cette situation, la jeune génération qui vient à la lutte doit comprendre que ce qu’il faut pour le Togo, pour l’Afrique, pour le monde, ce sont des militants trempés, éprouvés, sachant résister à toutes les tentations, fuyant comme la peste les solutions faciles et de moindre résistance, prêts à tous les sacrifices car c’est uniquement à ce prix que peuvent vaincre les révolutions sociales qui, seules peuvent garantir le bonheur de nos peuples et de nos pays.
C’est sous ce rapport que l’exemple d’un Tavio AMORIN vaut mille fois mieux d’être valorisé comme modèle à suivre que celle du traître Hilaire Dossouvi LOGO qu’on ne peut en aucun cas mettre sur le même plan que lui, ni lui comparer.
Voilà pourquoi s’impose plus que jamais à la jeune génération la nécessité de reprendre le flambeau d’une révolution trahie mais qu’on n’a toujours pas réussi à défaire : Oui, octobre 1990 vit toujours dans la conscience du peuple togolais, n’en déplaise à la trahison de Hilaire Dossouvi LOGO !
Pour terminer, n’oublions pas l’ineffable Dimas DZIKODO qui, sous la plume d’un imaginaire « Ayi ATAYI » a cru devoir répondre, dans son journal Forum de la semaine (n° 1623 du mardi 25 mars 2014), par des vitupérations injurieuses à la critique objective de l’histoire de vie de Hilaire Dossouvi LOGO. Ce texte, indigeste à souhait et d’un indescriptible charabia car bourré de fautes d’orthographe, de grammaire et de syntaxe, fait la honte de nos écoles où cet individu aurait pourtant été et serait encore, aux dernières nouvelles... Faisant partie de cette même engeance que Hilaire Dossouvi LOGO qui rassemble tous ces martyrisés et torturés par le régime RPT sur lequel ils crachent, une fois sortis de leurs épreuves, avant d’aller le rejoindre finalement avec armes et bagages, nous pouvons le rassurer sur un point essentiel. Le jour où il quittera ce monde des vivants pour rejoindre celui où vient d’arriver Hilaire Dossouvi LOGO, quel autre traitement n’aura-t-il mérité que celui-ci que l’écrivain français Boris Vian réserva à de tels individus, dans une autre circonstance tout aussi révoltante : « J’irai cracher sur (votre) tombe ! » ?

Lomé, le 10 avril 2014
Claude AMEGANVI

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