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L'AUTEUR - 17/01/2013 Imprimer | Envoyer | Réagir

Tog : Il y a 50 ans commence la catastrophe togolaise…


Par Alexandre Amorin


Le 5 février 2005, à la disparition du général Gnassingbé Eyadéma, le Premier Ministre Koffi Sama, annonçant l’événement, n’hésite pas à proclamer que le décès du chef de l’Etat constitue une catastrophe nationale. En réalité, la catastrophe togolaise commence le 13 janvier 1963, lorsqu’est commis ce crime crapuleux qui consiste à assassiner le président de la république togolaise, Sylvanus Olympio.

Ce crime, transformé en épopée, comme s’il s’agit d’un conte pour enfants, est le point de départ de la fin du rêve des pères fondateurs de la nation togolaise, ceux-là qui aimaient par-dessus tout leur pays, ceux-là qui voulaient en faire “l’or de l’humanité“, de véritables panafricanistes, de véritables « internationalistes » au sens noble du terme. Ils étaient les amis de tous les peuples du monde, ils étaient respectés par tous. Considérés comme des interlocuteurs valables, ils faisaient partie de cette Afrique de toutes les espérances.

Après sa mise à mort, le président Sylvanus Olympio a été “chargé” de tous les péchés de la terre. Il aurait été un autocrate qui avait poussé le pays au bord de la guerre civile. Il aurait isolé le Togo dans la sous-région. Il aurait été tribaliste, antimilitariste et bien d’autres qualificatifs. Il aurait été antifrançais. Le président Olympio était un partisan de la France libre qui combattait le régime vichyste. Cela lui vaudra son internement à Djougou (ville de l’actuel Bénin) par les représentants du gouvernement Pétain au Togo pendant la seconde Guerre mondiale.

Toute cette diabolisation a un objectif et un seul : justifier ce crime abominable, car totalement injustifié et injustifiable.

Le président Olympio est victime d’un complot à plusieurs têtes.

Il y a d’abord la France des Foccart, la France néocoloniale, celle qui accepte du bout des lèvres l’indépendance des peuples africains.

Il y a la main du Dr Kwame Nkrumah, célébré par tous pour son panafricanisme. Le président Nkrumah ne cachait pas sa volonté d’intégrer le Togo dans le Ghana en tant que région de son pays. Ce à quoi s’était fermement opposé le président Olympio, refus qui fait dire à Nkrumah sur son chemin de retour vers Accra cette phrase terrible “this man must go“.

Le Togo a une histoire, une histoire de lutte pour l’autodétermination de ses populations. Son indépendance est le fruit de plusieurs années de lutte. Les élections générales du 27 avril 1958, organisées sous la supervision de l’Onu, ont sanctionné la volonté des Togolais de prendre en main leur destin. La vraie indépendance du Togo commence ce jour-là. Le 27 avril 1960 n’est que l’officialisation de cette volonté irrépressible du peuple togolais de devenir libre et maître de son destin. Le Général de Gaulle n’a pas offert au Togo son indépendance, comme ce fut le cas pour d’autres pays africains. Le 27 avril, faut-il le préciser, est aussi la date anniversaire de la deuxième abolition de l’esclavage (1848).

Après la défaite des troupes allemandes lors du conflit mondial de 1914-1918, le Togo, alors colonie allemande, est, comme le Cameroun, confié au Royaume Uni et à la France par la SDN (Société des Nations), l’ancêtre de l’Organisation des Nations Unies.

La partie confiée à la France est le Togo tel qu’il existe aujourd’hui. La partie du territoire confiée à l’administration britannique, avec une superficie de 33 800 km², sera incorporée dans l’Etat ghanéen en 1957, à la suite d’une consultation électorale pour le moins douteuse.

Le Ghana de Nkrumah, via son fameux African bureau, une cellule chargée de travailler à l’émergence d’une certaine Afrique, a décidé l’annexion du Togo après le refus ferme de Sylvanus Olympio à Nkrumah.

Cette cellule a pris en main l’accueil et la formation de certains citoyens togolais, adversaires farouches du régime du CUT qui gouvernait alors le Togo.

La France des Foccart, elle, décide de punir Olympio de n’avoir pas effectué sa première visite officielle hors d’Afrique à Paris et surtout d’avoir initié une politique d’ouverture en direction des puissances de l’époque, à savoir les USA, la RFA, le Royaume Uni. Olympio avait tissé des relations particulières avec la Yougoslavie de Tito, avec l’URSS, avec l’Inde et surtout avait décidé de relancer la coopération avec la RFA.

Cette volonté d’ouverture et d’affirmation du jeune Etat devait aboutir, à terme, à la mise en circulation du franc togolais. En effet, pour le président Olympio, aucun Etat ne peut être souverain s’il n’a la maîtrise de sa monnaie, la monnaie comme instrument du développement.

C’est à la même époque que le gouvernement français libère les militaires africains combattant pour l’armée française en Algérie, dans la foulée de la signature des Accords d’Evian avec le GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne).

C’est ainsi que des Togolais, qui ont choisi de servir sous le drapeau français se retrouvent au Togo, et en quête d’emploi. Il faut préciser qu’ils étaient, pour la plupart, des engagés volontaires, qui se sont fait enrôler à Ouidah (Dahomey), car la France n’avait pas le droit de lever des troupes dans ce pays sous tutelle. A la suite de leur démobilisation, ils demandent à être intégrés dans l’armée togolaise en voie de constitution. Pour le président Olympio, ces compatriotes n’étaient rien que des mercenaires, qui sont allés, volontairement, combattre le peuple algérien en lutte pour son indépendance, au moment même où le peuple togolais luttait pour sa propre indépendance. Constatant la réticence du président Olympio à les avoir dans les rangs de l’armée, les démobilisés togolais demandaient des emplois dans la fonction publique. Parce qu’ils étaient sans emploi, la France néocoloniale avait compris qu’elle pouvait les utiliser pour régler ses comptes à Olympio.

Il y avait donc, d’un côté, des compatriotes militairement formés mais sans emploi et, de l’autre, la France.

Les démobilisés togolais sont donc pris en main et organisés pour assassiner Sylvanus Olympio.

Le 12 janvier 1963, ils sont “lâchés” contre Olympio. Ils le cherchent toute la nuit avant de le trouver dans l’enceinte de l’ambassade des USA au Togo, pour le cribler de balles, à bout portant, au petit matin du dimanche 13 janvier 1963. Une exécution en règle.

En « stoppant » Olympio, La France veut surtout tuer dans l’œuf l’initiative d’autonomie monétaire du chef de l’Etat togolais, que Paris considère comme porteuse de danger pour sa volonté de contrôler les pays africains via la monnaie, gérée depuis Paris par des fonctionnaires du Trésor français.

Il fallait absolument mettre un terme à cette politique nationaliste du petit Togo, qui risquait de faire tache d’huile dans les anciennes colonies françaises d’Afrique, tenues en laisse par le biais du franc CFA.

De ce dimanche noir date la catastrophe sans fin que connaissent le Togo et les Togolais.

Etienne Eyadéma a ouvertement reconnu être celui qui a tiré sur le président Olympio, comme en témoigne un article du quotidien français Le Monde, sous la signature du journaliste Philippe Decraene.

Il justifiera le crime du 13 janvier 1963 par l’appel du peuple togolais à l’armée pour le libérer de “l’autocrate Olympio qui a conduit le Togo au bord de la guerre civile”. Reste à savoir le canal par lequel le message du peuple à l’armée lui est parvenu. Parce qu’il n’a été intégré dans la armée en création que le 21 janvier 1963 par un décret signé du président Nicolas Grunitzky.

50 ans après son assassinat, il est temps de commencer à rendre justice à Sylvanus Olympio.

Il n’était pas tribaliste. Il n’était pas contre les gens du Nord, comme une certaine propagande a voulu le faire accroire. Sa propre mère était originaire de l’Extrême Nord du Togo.

Il n’était pas isolé sur la scène africaine. Il faisait partie du groupe chargé de rédiger la charte de l’Unité Africaine.

Il n’était pas antimilitariste, lui qui disait qu’il avait mis en chantier l’armée du Togo et que de jeunes Togolais étaient en formation dans les académies militaires françaises. Refuser d’engager dans l’armée des mercenaires ne fait pas de lui un antimilitariste.

Concernant les exigences des “démobilisés”, la position du président était ferme. Il disait qu’il règlera leurs problèmes dès qu’il aura réussi à trouver du travail aux jeunes qui ont pris une part active dans la lutte pour l’indépendance. Ces jeunes, disait-il, « constituent sa priorité ». Il trouvait inacceptable la pression des démobilisés qui s’étaient volontairement engagés dans les troupes coloniales françaises.

Le port en eaux profondes de Lomé est une œuvre conçue par le président Olympio. Pour rappel, la France avait refusé d’apporter sa contribution à la construction de ce port. Le président Olympio s’est alors tourné vers les Allemands qui ont accepté d’accompagner le jeune Etat togolais pour commencer à réaliser cette infrastructure vitale pour son développement.

Le président Olympio a obtenu l’assistance de l’Etat d’Israël pour faire de notre pays un grand pays agricole. Qui ne se souvient de la JPA (jeunesse pionnière agricole), encadrée par des officiers israéliens?

Le président Olympio avait lancé la politique de “togolisation des cadres”, qui consistait à envoyer des Togolais en formation pour prendre la relève des cadres français. C’est ainsi que des bourses étaient systématiquement octroyées aux bacheliers togolais pour poursuivre leurs études supérieures hors du Togo. Il n’existait aucun citoyen togolais bachelier sans bourse d’études, contrairement à ce que prétendent certains de nos compatriotes, proches des assassins d’Olympio.

Le président Olympio était un homme exigeant et d’une grande rigueur. Ce qui naturellement a suscité quelques ressentiments de la part de certains de ses concitoyens, notamment dans la classe politique.

Mais cela ne justifie aucunement son assassinat, qui reste un crime inexpiable.

Après son assassinat, ses compagnons, ses partisans, ses parents sont « ostracisés ». Le CUT, son parti, après le gouvernement provisoire mis en place après son assassinat, est mis progressivement à l’écart de la vie publique. Tout est mis en œuvre pour faire disparaître tout ce qui peut rappeler l’ère CUT/Olympio.

Le régime Eyadéma va même jusqu’à remplacer l’hymne national par cette composition insipide et inepte appelée hymne du RPT, tandis que la place de l’indépendance est “cernée” par des constructions destinées à la rendre invisible. Alors que de tous les pays africains devenus indépendants, le Togo est le seul Etat à avoir érigé une place de l’indépendance. Partout ailleurs, on a rebaptisé des monuments datant de l’époque coloniale pour en faire des places de l’indépendance.

Depuis ce jour de janvier 1963, notre pays est plongé dans une crise politique grave qui perdure, un demi-siècle après.

Après le second coup d’Etat, le 13 janvier 1967, le pays devient une prison à ciel ouvert. On assiste à la déstructuration de la société togolaise, atteinte dans son essence. Le mensonge et la délation sont devenus le mode de gouvernement des autorités. Les bases de la nation togolaise en construction sont systématiquement sapées. Les forces armées et de sécurité sont tribalisées pour assurer la pérennité du système. Toute une partie du territoire togolais est transformée en base arrière du régime mis en place par le général Eyadéma.

Donner à une rue de Lomé le nom de Sylvanus Olympio ne constitue pas sa réhabilitation. Parce que le crime du 13 janvier 1963 est un crime politique, seul un acte politique pourrait contribuer à montrer la volonté de réhabilitation du président assassiné.

La réhabilitation passe aussi, c’est douloureux, par la vérité sur le crime du 13 janvier 1963. Qui a fait quoi?

Aussi longtemps que les autorités togolaises n’auront pas compris qu’il est de leur devoir de commettre une commission scientifique pour restituer l’histoire du Togo, le malentendu entre elles et le peuple perdurera.

M. Faure Gnassingbé doit présenter, au nom de l’Etat togolais, des excuses publiques aux parents, aux compagnons, aux partisans de Sylvanus Olympio et, au-delà, à l’ensemble du peuple togolais. Parce qu’en définitive, c’est le peuple togolais tout entier qui subit les conséquences désastreuses de ce crime.

Il faut tout mettre en œuvre pour aider le Togo à se relever, à se remettre debout afin de se reconstruire.

Si Faure Gnassingbé n’était pas projeté au devant de la scène politique après le décès du général Eyadéma en 2005, il serait un citoyen normal comme tout autre Togolais.

Devenu chef d’Etat en 2005, suite à une série de coups de force, il est le double héritier de son père. Fils de Gnassingbé Eyadéma et chef de l’Etat, il a, de ce fait, une responsabilité particulière dans la guérison du mal togolais.

Il lui revient d’avoir le courage d’engager une politique hardie de justice, de recherche effrénée de la vérité pour panser les blessures des uns et des autres. Qu’il agisse en véritable responsable d’Etat.

Il contribuera ainsi à faire du Togo un espace du vivre ensemble, où règnent la concorde et la convivialité, point de départ d’un Togo en progrès, un Togo pour tous.

L’accord dit « de partage de pouvoir » signé le 26 mai 2010 avec l’autre ” fils” est un échec retentissant car il ne peut recevoir l’assentiment des citoyens togolais. C’est une faute gravissime à l’égard des populations togolaises. Il ne suffit pas de s’entendre avec le fils du président Olympio pour espérer remettre l’histoire du Togo en place. Rien ne peut se bâtir sur le mensonge et le manque de courage.

Aucun raccourci ne mettra le pays sur la voie de l’unité et du développement.

L’intérêt général doit être le seul guide des dirigeants qui aiment leur pays et veulent travailler pour tous.

Le défi, redoutable pour nous tous, dirigeants comme citoyens, est d’œuvrer à donner une chance au Togo et à son peuple martyr. Dans la vérité, et surtout dans le respect du peuple souverain qui doit être celui qui choisit ses représentants.

50 ans de souffrances, 50 ans de malentendu, 50 ans de travestissement de l’histoire, ça suffit! Ayons le courage de voir le Togo en face.

Le Togo a une dette envers le président Sylvanus Olympio. Il revient à l’Etat togolais de le réhabiliter totalement pour ce qu’il a été, pour ce qu’il a fait pour son pays et son peuple.

Par Alexandre Amorin

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