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EGLISE EVANGELIQUE PRESBYTERIENNE DU TOGO (EEPT) - EGLISE METHODISTE DU TOGO (E.M.T.) - 21/04/2012 Imprimer | Envoyer | Réagir

Togo : Lettre pastorale des Eglises Evangélique et Méthodiste sur la situation politique


Lettre pastorale de l’Eglise Evangélique du Togo (EEPT) et l’Eglise Méthodiste du Togo (EMT) communiquée le vendredi 20 avril 2012 dans le cadre de la « Contribution des églises à l’apaisement de la situation politique » du Projet d’Accompagnement Œcuménique pour le Togo (PAOET).


EGLISE EVANGELIQUE PRESBYTERIENNE DU TOGO (EEPT)
1, rue Tokmake-B.P. 2 Lomé-Togo
TEL.: 22 21 46 69 - Fax : 22 22 26 63
Email: eeptbs@laposte.tg

EGLISE METHODISTE DU TOGO (E.M.T.)
BP : 49, Lomé-Togo
TEL. : 22 21 29 49 - Fax 22 21 84 47
Email: methodischurch-togo@laposte.tg


LETTRE PASTORALE

Chers Frères et Chères sœurs dans le Seigneur,

Chers compatriotes,

A l’Église de Dieu, à ceux et à celles qui sont épris de paix et de justice. A vous grâce et miséricorde de la part Dieu, notre Père! C’est lui qui vous affermira jusqu’au bout, pour que vous soyez irréprochables au Jour de notre Seigneur Jésus Christ.Fidèles à leur mission prophétique et de sentinelle dans la société, l’Eglise Evangélique Presbytérienne du Togo (EEPT) et l’Eglise Méthodiste du Togo (EMT)veulent saisir l’occasion de la célébration de la fête de l’indépendance de notre cher pays le Togo pour s’adresser au peuple de Dieu et aux hommes et aux femmes de bonne volonté.

Les lettres pastorales sont l’expression de la ferme volonté des Eglises de maintenirvive l’espérance d’une société en quête de repères. Elles répondent au devoir de veille avec cette conviction profonde que l’Eglise peut et doit oser une Parole de salut intrinsèquement liée à la rédemption de tout l’être humain et de toute la société, une Parole qui est le fondement de la promesse de la vie au milieu du désespoir et de la mort. A travers elles, l’EEPT et l’EMT manifestent une solidarité agissante à l’endroit des pauvres et des marginalisés de la société.

Les deux Eglises sœurs se sentent, en effet, interpelées par la situation dans laquelle se trouve notre pays ; situation dont la répercussion est perceptible sur de nombreux plans.

Au plan politique, la situation reste précaire et préoccupante malgré quelques avancées constatées depuis 2006. Si cette situation s’est effectivement détendue en 2007, suite à la signature en août 2006 par l’ensemble de la classe politique del’Accord Politique Global (APG), il n’en demeure pas moins vrai que les relations se sont de nouveau détériorées entre le parti au pouvoir et l’opposition à la sortie de l’élection présidentielle de mars 2010, sur fond de contestation des résultats donnés par la CENI, confirmés et proclamés par la Cour Constitutionnelle.

La conclusion en mai 2010 d’une alliance historique entre les deux partis antagonistes qu’étaient le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) et l’Union des Forces du Changement (UFC) — jusque là considérée comme la principale force de l’opposition — n’a pas véritablement débouché sur l’accalmie politique espérée. Les frustrations accumulées depuis plus d’une décennie par l’opposition désormais regroupée autour de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) dans le Front Républicain pour l’Alternance et le Changement (FRAC) sur la question de la mise en œuvre des clauses de l’APG relatives aux réformes institutionnelles et constitutionnelles semblent avoir pris le dessus, alors que les rancœurs, la méfiance et le manque de confiance perdurent dans les relations entre l’opposition et la majorité présidentielle.

L’ouverture effective en septembre 2011, à l’initiative du Chef de l’Etat, d’undialogue politique inclusif entre la majorité présidentielle et l’opposition a étésaluée comme un pas important dans la recherche de solutions idoines pour consolider le processus de démocratisation du Togo. Mais force est de constater qu’il n’y pas eu de consensus ni pour prendre part aux travaux du Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation (CPDC) rénové ni pour adhérer aux mesures proposées en matière de réformes institutionnelles et constitutionnelles, de réaménagement du code électoral et de découpage électoral.

On se demande légitimement si le lancement le 20 février 2012 d’un dialogue complémentaire entre le RPT d’un côté, et l’ANC et le CAR (Comité d’Action pour le Renouveau) de l’autre accouchera finalement des propositions consensuelles tant espérées et nécessaires pour faire du Togo un pays normal où opposition et parti au pouvoir peuvent diverger sur les options politiques et économiques, tout en maintenant des relations empreintes de paix et de cordialité et en s’entendant sur l’essentiel, à savoir le développement du pays. Ce qui amène à se demander si la polarisation extrême qui a fait tant de mal à ce pays prendra bientôt fin.

Il est pour le moins inquiétant de constater que les problèmes relatifs à l’organisation d’un scrutin libre, équitable et transparent ne sont pas encore résolus alors que le mandat de l’actuelle Assemblée Nationale expire statutairement à la fin du mois de septembre 2012.

La crise politique togolaise s’est aggravée du fait que de la volonté des partis politiques de prendre ou de conserver, à n’importe quel prix, le pouvoir prédomine sur leur volonté d’engagement au service du développement du pays. Pendant que les leaders politiques sont obnubilés par la conquête et la conservation du pouvoir, les problèmes quotidiens des populations sont laissés de côté. L’offre politique semble indigente face aux attentes et préoccupations des populations.

Au-delà des progrès réalisés en matière de respect des libertés fondamentales(liberté d’expression, de parole, de presse), la récente affaire de torture —consécutive au complot contre la sûreté de l’Etat — révélée par la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) soulève de sérieuses préoccupations surles questions du respect des droits de l’homme et de l’impunité.

Nous osons espérer que la mise en œuvre des recommandations du récent rapportde la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) sur les violences politiques connues par le Togo entre 1958 et 2005 permettront de consoler les cœurs meurtris, de réconcilier effectivement les Togolaises et Togolais entre eux/elles et d’assurer la garantie de non-répétition des violations des droits de l’homme.

Au plan économique, le tableau est contrasté. Il y a d’un coté les éléments positifs que constituent l’accession du pays au statut de Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) et les remises de dette que ledit statut entraîne, les initiatives pour relancer l’agriculture (notamment le Programme National d’Investissement Agricole et de Sécurité Alimentaire/PNIASA), la rénovation et la construction des infrastructures routières, portuaires et aéroportuaires, etc. De l’autre côté, il faut signaler l’émergence du phénomène de la vie chère, la paupérisation et la précarisation des conditions de vie des citoyens : en clair, les progrès réalisés entermes d’équilibres macroéconomiques tardent à se refléter dans le contenu du« panier de la ménagère ».

La gouvernance économique de notre pays reste insuffisante et comme tel, elle quine favorise point les investissements ni le développement économique. Ce constatest, par exemple, corroboré par le recul observé en 2011 dans le classement du Togo par Doing Business sur les facilités de faire des affaires (le Togo est en effet passé de 2010 à 2011 du 158 ème au 162 ème rang sur 183 pays).

Au plan social, des dispositions ont été prises par le gouvernement pour améliorerle statut des fonctionnaires et la vie des étudiants, et assurer la couverture médicale aux travailleurs publics mais elles s’avèrent soit lentes à se mettre en œuvre, soit insuffisantes aux yeux de la population. Raison pour laquelle l’actualité des douze derniers mois a été marquée par un mécontentement social qui s’est exprimée à travers des mouvements de protestation et de grève dans de nombreux secteurs : santé, enseignement, transport, fonction publique en général.

On a par ailleurs fait le constat paradoxal du renforcement du sentiment identitaire. La démocratisation du pays a, a contrario, favorisé l’émergence des revendications identitaires malgré les brassages culturels auxquels on assiste de plus en plus, ce qui peut fragiliser l’unité en construction du pays, si l’on n’y prendgarde.

Enfin, l’éducation des enfants et la stabilité du couple sont de plus en plus menacées. Les parents, occupés par leurs responsabilités professionnelles et les difficultés de la vie ont tendance à démissionner de leurs responsabilités de parents et d’éducateurs. Les familles se disloquent et le phénomène des enfants de la rue s’accentue au fur à mesure que la misère prend de l’ampleur. Le tissu social est de plus en plus délabré.

Face à la misère ambiante et le chômage, de plus en plus de Togolais et de Togolaises, surtout les jeunes, sont tentés de partir à tout prix vers un eldorado hypothétique et chimérique.

Au plan éthique, la crise politique du Togo, avec ses conséquences aux plans social et économique a des incidences sérieuses sur les mentalités et les mœurs. On tendà abandonner la culture de l’effort, du mérite et du travail bien fait au profit de la politique du raccourci et du résultat facile et immédiat. L’attitude des Togolais et Togolaises est plus portée par la cupidité et l’avidité que le souci de l’honnêteté etde la dignité. La place et le rôle de l’être humain dans la société et la communauté dépendent plus des richesses dont on dispose (ou ne dispose pas) que l’attachement à la vertu.

La dignité humaine telle que définie par Dieu le créateur semble être devenue uneconception caduque aux yeux des hommes. La vie semble avoir perdu son caractèresacré. Pour beaucoup de nos compatriotes, seule la fin compte. Ainsi, l’on sepermet de bafouer les droits des autres, voir de supprimer physiquement cesderniers pour atteindre ses objectifs. Cette quête folle de la puissance financière et des honneurs qui vont avec s’accompagne d’un attachement renouvelé auxforces occultes et de la montée de l’idolâtrie. L’affaire de meurtres crapuleux de revendeuses ambulantes qui a secoué le secteur d’Agoè-Nyivé le prouve à suffisance.

La corruption gagne du terrain dans nos communautés et la société togolaise. Les pots de vin sont devenus une pratique courante qui choque de moins en moins dansles transactions commerciales comme dans l’administration publique (cf. l’index de perception de la corruption de Transparency International qui a classé le Togo au 143eme rang en 2011 alors qu’il était classé 111 eme en 2009). Les recrutements pour l’emploi ne sont pas forcément faits sur la base du mérite ; l’on a tendance à privilégier les relations familiales ou tribales, l’appartenance aux confréries ouassociations ésotériques comme critères de recrutement.

L‘Eglise, corps du Christ, doit avoir le courage et l’humilité de reconnaître quela perte de l’éthique la menace elle aussi, hélas! Soumise à la pression dumonde, elle est, elle aussi, confrontée à la tentation du relâchement moral avecles conséquences graves que cela comporte pour sa mission de sentinelle. Lesbergers que sont les pasteurs doivent se ressaisir rapidement pour, conformémentà la Parole, jouer leurs rôles de « sel de la terre » et de « lampe », afin indiquer le chemin aux fidèles et au peuple désorientés. L’Eglise, Corps du Christ, doit maintenir non seulement la cohésion de la communauté ecclésiale mais également celle de la société.

En tout état de cause, la crise que vit le pays est une interpellation pour l’Eglise pour œuvrer davantage pour souder la fracture sociale et guérir les plaies.Dans un contexte difficile, de défis croissants pour le continent africain et ses populations, et particulièrement dans le contexte de crise du Togo, l’engagement social de l’Eglise ne saurait rester sur le terrain de la proclamation théorique de laParole. La situation des populations africaines et particulièrement togolaises en cequi nous concernent constitue des interpellations désespérées pour l’Eglise.

En conclusion, l’Eglise doit continuer à accompagner le peuple dans la difficile quête de liberté de justice et de droits dans laquelle il s’est engagé. Les échéances électorales de 2012 nous donnent l’occasion d’un engagement renouvelé pour ceux et celles qui ne désespèrent pas des complexités des problèmes de notre société, ceux et celles qui, résolument, veulent rester les porteurs et porteuses d’uneflamme de l’Espérance pour tous ceux et toutes celles à qui l’on a injustement enlevé la Parole et le Droit d’exister dans la dignité. Notre souhait est donc que cette Lettre Pastorale soit l’expression de notre soif d’être aussi les artisans d’uneSociété Apaisée de plus de justice de Paix de Fraternité et d’Espérance pour touteset pour tous !

A celui qui peut vous garder de toute chute et vous faire tenir devant sa gloire,sans défaut, dans l’allégresse, à Dieu seul, notre Sauveur, par Jésus–Christ, notre Seigneur, soient gloire, majesté, pouvoir et autorité dès avant tous les temps, maintenant et pour tous les temps ! Amen !

Nous vous souhaitons une joyeuse fête de l’indépendance. Que la Paix de Dieu qui surpasse toute intelligence vous garde et que Dieu vous bénisse et vous comble deses bienfaits.

Fait à Lomé le 20 avril 20012

Modérateur EEPT
Pasteur A. Mawuli AWANYOH

Président EMT
Révérend C. Charles KLAGBA-KUADJOVI

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