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ODDH - 13/02/2012 Imprimer | Envoyer | Réagir

Togo: Message des organisations de défense des droits de l'homme au peuple togolais


LES ORGANISATIONS DE DEFENSE DES DROITS DE L’HOMME
ACAT-TOGO, ATDH, ATDPDH, CACIT, CTDDH, LTDH, JDHO, NDH-TOGO


A toutes les populations togolaises,

Les Organisations de Défense des Droits de l’Homme : l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture, Branche togolaise (ACAT-TOGO), l’Association Togolaise des Droits de l’Homme (ATDH), l’Association Togolaise pour la Défense et la Promotion des Droits Humains (ATDPDH), Collectif des Associations Contre l’impunité au Togo (CACIT), la Coalition Togolaise des Défenseurs des Droits de l’Homme (CTDDH), Journalistes pour les Droits de l’Homme (JDHO), la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) et Nouveaux Droits de l’Homme, Section togolaise (NDH-TOGO), vous présentent, en cette nouvelle année 2012, leurs vœux de santé, de bonheur, de paix profonde et de prospérité.

Mais loin de s’arrêter à ces vœux traditionnels, les ODDH saisissent cette occasion pour réaffirmer leur attachement aux valeurs nobles et universelles qu’elles défendent, ainsi que leur engagement à vos côtés à œuvrer, ensemble et inlassablement, au bien-être de nos populations.

En cette circonstance, elles voudraient, après une analyse minutieuse de la situation qui prévaut dans notre pays, vous amener à une réflexion en vue d’un échange de cœur à cœur, de conscience à conscience, sous l’égide d’une raison libre de toute affirmation péremptoire, de tout préjugé ou de toutes accusations.

En effet, notre pays continue de traverser une crise enrôlée dans un cycle infernal sans précédent et sur tous les plans.

Sur le plan politique, l’instabilité est de taille. Les accords issus de multiples négociations (Accord Cadre de Lomé, les discussions de Colmar, de Ouga I et Ouga II, Signature des 22 engagements, Accord Politique Global, Actuel Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation etc.) n’ont jamais trouvé d’application effective et efficiente. Le climat politique devient très tendu et semble pousser les uns et les autres à l’extrémisme du fait de la crise de confiance qui s’est installée entre les différents acteurs de la vie politique.

Conséquence : les populations en font les frais et semblent manquer désormais de repères.

Plus inquiétant est l’intrusion systématique et violente dans le débat politique des forces armées togolaises qui sont loin d’incarner les principes d’impartialité et de neutralité que recommandent les valeurs républicaines.

Les Togolais assistent à une véritable usure d’un pouvoir conservé contre la volonté populaire depuis près d’un demi-siècle. Cette usure doit conduire inexorablement à l’alternance en vue de décrisper la vie politique togolaise ce qui permettra à notre pays de s’inscrire dans la logique de l’histoire et de reprendre sa place dans le concert des nations.

Sur le plan économique, le pillage systématique des biens de l’Etat par un groupuscule de personnes pendant des décennies a fait basculer le pays dans un processus d’endettement qui culmine avec l’admission du Togo à l’initiative PPTE.

Les grandes entreprises publiques et les régies financières qui constituent le poumon économique du pays (le Port Autonome de Lomé, la SNPT, TOGO TELECOM, TOGOCEL, la Douane togolaise, la LONATO, la DGI) sont contrôlées par un groupuscule de personnes dans une opacité totale. Malgré les multiples échos qui font état de pratiques non conformes aux règles de l’orthodoxie financière, aucune action concrète n’a été entreprise ni de l’autorité politique, ni de l’autorité judiciaire, en vue de mettre fin à cette hémorragie qui saigne à blanc l’économie nationale : l’impunité économique s’installe en grande place à côté de l’impunité politique et tend même à la supplanter.

Au plan social, cette confiscation des richesses du pays par une minorité a plongé les populations togolaises toute entière dans une misère effroyable.

L’augmentation récente des prix des produits pétroliers, par deux fois et sans fondement, contraste avec la stagnation de la grille salariale avec pour conséquence, la diminution du panier de la ménagère, la flambée des prix des produits de premières nécessités entraînant un accroissement exponentiel de la pauvreté. Et pendant que nos populations croupissent dans cette extrême pauvreté, les comptes des barrons du parti au pouvoir et ceux de leurs fils sont bourrés de milliards.

Le Document Stratégique pour la Réduction de la Pauvreté (Complet) –DSRPC - tant clamé pour venir à bout de la pauvreté n’a pu opérer le miracle. La conséquence directe de cette défaillance politique, économique et sociale est l’amplification de la grogne sociale : élèves, étudiants, enseignants du secondaire et du supérieur, médecins, les agents du secteur des eaux, de la CEET, pour ne citer que ceux-là, sortent de leur silence ; les uns investissent la rue et les autres désertent leurs lieux de travail et observent des mouvements de grève.

Sur le plan institutionnel, force est de constater que toutes les institutions de la République qui sont chargées de réguler la vie démocratique et de contrôler l’action du pouvoir sont malheureusement instrumentalisées.

Au niveau de la justice, l’institution a cessé d’être le substrat de la paix sociale. L’appareil judiciaire est au bote du pouvoir politique et reste par ce fait fortement instrumentalisé. Les garanties d’impartialité et d’indépendance qui devraient la caractériser sont totalement vouées à l’échec. Le vaste programme de modernisation de la justice financé à coup de milliards, par le PNUD et l’Union Européenne, reste un leurre.

La Cour Constitutionnelle, organe chargé de la régulation et du fonctionnement des institutions et de l’activité des pouvoirs publics a également montré ses limites.

La proclamation définitive des résultats des élections et la gestion des contentieux électoraux par cette haute juridiction ne reflètent en rien les suffrages exprimés par les populations togolaises.

La Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), chargée de protéger la liberté de presse et de réguler le fonctionnement des médias et censée être indépendante des pouvoirs politiques, est actuellement présidée par un membre du bureau politique du parti au pouvoir, et d’autres membres issus de certaines formations politiques.

La Cour des Comptes, juge des comptes des comptables publics est en principe chargée de la vérification des comptes et de la gestion des établissements publics et des entreprises publiques, ainsi que du contrôle de l’exécution des lois de finances. Malheureusement, depuis sa création, cette Cour, malgré les informations récurrentes et persistantes faisant état de détournements avérés de deniers publics, n’a daigné ouvrir une enquête pour situer l’opinion. Bref elle n’existe que de nom.

Chères populations togolaises,

Après une analyse sérieuse de la situation, les Organisations de Défense des Droits de l’Homme et la société civile dans son ensemble, doivent prendre aujourd’hui plus que jamais leur responsabilité.

Au moment où le Togo se dit heureux de bénéficier d’un siège de membre non permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies, il est malheureux et dommage que les droits fondamentaux des citoyens soient constamment violés, alors que désir des populations d’aspirer à plus de liberté devient de plus en plus ardent.

Comme l’a souligné le Pape Benoît XVI lors de sa récente visite au Bénin,

« Ces derniers mois, de nombreux peuples ont manifesté leur désir de liberté, leur besoin de sécurité matérielle, et leur volonté de vivre harmonieusement dans la différence des ethnies et des religions. Nombreux ont été également les conflits engendrés par l’aveuglement de l’homme, par sa volonté de puissance et par des intérêts politico-économiques qui font fi de la dignité des personnes ou de celle de la nature ».

Comme le Tunisien, l’Egyptien, le Libyen, le citoyen togolais aspire à la liberté ; il veut vivre dignement ; il veut de bonnes écoles et de la nourriture pour les enfants, des hôpitaux dignes pour soigner les malades ; il veut être respecté ; il revendique une gouvernance limpide qui ne confonde pas l’intérêt privé avec l’intérêt général ; et, plus que tout, il veut la justice et la paix.

Comme l’on peut s’en rendre compte et de toute évidence, le pouvoir, quel qu’il soit, aveugle avec facilité, surtout lorsque des intérêts privés, familiaux, ethniques et régionaux sont en jeu.

En ce moment, il y a trop de scandales et d’injustices, trop de corruption et d’avidité, trop de mépris et de mensonges, trop de violences qui conduisent à la misère et à la mort. Ces maux affligent fortement notre pays. Chaque citoyen togolais veut comprendre les choix politiques et économiques qui sont faits en son nom. Il s’insurge contre la manipulation, et sa revanche est parfois violente. Il veut participer à la bonne gouvernance.

Les ODDH restent conscientes qu’aucun régime politique humain n’est idéal, qu’aucun choix économique n’est neutre. Mais ils doivent toujours servir le bien commun. Nous nous trouvons donc en face d’une revendication légitime qui touche tout le pays, pour plus de dignité, et surtout pour plus d’humanité. Le citoyen togolais veut que son humanité soit respectée et promue. Les responsables politiques et économiques du pays se trouvent placés devant des décisions déterminantes et des choix qu’ils ne peuvent plus éviter.

Chères populations togolaises,

Le constat est clair ; le futur doit être impérativement pensé et construit sur les critères et les solutions inspirés par un diagnostic très objectif de la réalité. Le Togo doit, pour cela, se libérer d’un modèle dominant fondé sur l’asservissement, l’épuisement accéléré des ressources par une minorité.

Le défi est donc de taille et seule une coalition active des consciences, fondée sur le devoir de respecter la vie et d’en prendre soin, peut opérer la mutation. Plutôt que de se contenter de quelques alternatives palliatives et éphémères, le temps d’un postulat radical, qui place l’humain au cœur de nos préoccupations et de nos actions, est plus que venu. Il est important d’insister sur le fait que c’est à son caractère pacifique et déterminé que la démarche devra sa force et son efficacité.

Hors de tous préceptes ou dogmes, un credo s’affirme aujourd’hui en dépit des apparences : nous pouvons réaliser un Togo meilleur auquel nous aspirons de tout notre être, si nous le voulons. Cette utopie nécessite une puissante détermination, car il faut surmonter le découragement dont nous menace la démesure des problèmes à résoudre.

Quand on y réfléchit sereinement et profondément, qu’y a-t-il de plus beau, de plus exaltant, qu’une œuvre commune de création par un enthousiasme suscité par l’intelligence de la vie ?

Selon Victor Hugo, "il n’y a rien de plus puissant qu’une idée dont le temps est venu".

Il nous reste maintenant, chères Togolaises et chers Togolais, à vérifier si cette affirmation est juste, en nous invitant mutuellement à bâtir ensemble la société nouvelle à laquelle nous sommes de plus en plus nombreux à aspirer. Nous nous le devons à nous-mêmes, mais aussi et surtout, avec une responsabilité morale incontournable aux générations futures.

Toutefois, cette décision ne répond pas à un acte de politique politicienne ; bien au contraire, elle doit permettre à tous ceux qui œuvrent concrètement pour un changement bénéfique de la société, d’être enfin entendus.

Face aux évènements planétaires générateurs de détresse et de violence, les ODDH affirment que le temps des consciences éclairées, déterminées, agissantes et tranquilles est venu.

S’appuyant sur notre propre expérience, nous soutenons qu’en dépit des apparences nous pouvons faire advenir le Togo auquel nous aspirons si nous le voulons de tout notre être. Tous, chaque jour, dans chacun de nos choix les plus quotidiens, nous sommes les meilleurs candidats à la construction d’un Togo respectueux des droits de l’Homme.

Eu égard à tout ce qui précède, les ODDH ont décidé de prendre leur responsabilité et convie la population à les soutenir pour dire ensemble :

La torture, ça suffit !
L’impunité sous toutes ses formes, ça suffit !
La corruption, ça suffit !
La violation récurrente des droits de l’Homme, ça suffit !
La vie chère, ça suffit !
La dilapidation des ressources et des richesses nationales par une minorité, ça suffit !
La saisie et la confiscation illégale des fonds des tiers par l’ANR, ça suffit !
L’instrumentalisation de la justice, ça suffit !
Le silence et l’inaction des autorités face aux violations récurrentes des droits de l’Homme, ça suffit !
Le vol des votes des citoyens, ça suffit !
Car en réalité, ca suffit et nous avons l’impérieux devoir citoyen de sauver le togo !

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