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IPS - 26/08/2009 Imprimer | Envoyer | Réagir

Togo : Des doutes sur la Commission «vérité, justice et réconciliation»


Par Noël Kokou Tadégnon

LOME, 26 août (IPS) - Plusieurs Togolais disent ne pas croire en la Commission «vérité, justice et réconciliation» installée il y a quelques semaines à Lomé, la capitale, par les autorités togolaises alors que le président de l’institution appelle à l’adhésion de tous ses compatriotes.

La Commission «vérité, justice et réconciliation» est présidée par Monseigneur Nicodème Anani Barrigah-Benissan, évêque de la ville d’Atakpamé, dans le sud du Togo.

«J’ai été victime de violence de la part des forces de l’ordre en 2005, mais je n’irai pas devant cette commission parce je n’ai pas confiance en elle», a déclaré à IPS, Koffi Attiogbé. Amputé du pied gauche lors «des violences militaires» après les élections présidentielles de 2005, il se rappelle encore les atrocités commises par les militaires dont il a été victime dans le quartier populaire de Bè, à Lomé.

Selon le rapport d'une mission d'établissement des faits, envoyée au Togo par les Nations Unies, "la mission a reçu des témoignages particulièrement crédibles indiquant que le nombre de personnes décédées (en 2005) se situe entre 400 à 500". La mission a précisé que les données concernant les exécutions sommaires n'ont pas été suffisamment prises en compte.

«Je suis convaincu que les autorités en place ne sont pas prêtes à rendre justice parce qu’elles font partie des auteurs et des commanditaires de ces barbaries, et donc, je ne crois pas en cette commission» a ajouté Attiogbé.

Il est soutenu par Nicolas Lawson, président du Parti du renouveau et de la rédemption. «Je ne crois pas en cette commission et je demande à Mgr Barrigah-Benissan (président de la commission) de laisser ce travail et d’aller continuer sa mission d’évêque», a confié Lawson à IPS. Selon lui, la solution du Togo n’est pas pour le moment dans la création d’une quelconque Commission vérité, justice et réconciliation, mais un changement de régime.

«Notre chef de l’Etat est mal placé pour parler de réconciliation parce qu’il a des problèmes avec son frère accusé de tentative de coup d’Etat, il faut qu’il fasse la réconciliation dans sa famille avant de l’étendre au peuple togolais», a affirmé, de son côté, Abass Kaboua, président du Mouvement des républicains centristes.

Cette commission de 11 membres est chargée de faire la lumière sur les actes de violences à caractère politique survenus au Togo depuis 1958, la période de l'indépendance du Togo, jusqu’en 2005. Elle devra proposer des voies et moyens d'apaisement et de réparation des dommages. Et pour que cette mission soit une réussite, le chef de l'Etat, Faure Gnassingbé, a affirmé que cette commission sera indépendante et autonome, et sera dotée d'un budget de fonctionnement.

«Elle n’est pas un modèle clé en main importé de l’étranger et que l’on voudrait plaquer sur la réalité togolaise», a déclaré Gnassingbé lors de l’installation de la commission. Il a ajouté que cette institution n’était pas un tribunal et elle n’avait ni mission ni vocation de juger ou d’amnistier.

Selon le chef de l’Etat, la commission dispose de pouvoirs d’entreprendre des investigations approfondies auprès des personnes, des institutions, des administrations, des autorités politiques, religieuses, traditionnelles et de la société civile, d’accéder aux archives, aux documents et de recueillir tout renseignement nécessaire à la construction de la mémoire collective et à l’établissement de la vérité.

«Il ne faut pas considérer la commission comme une superstructure qui va régler tous les problèmes, mais elle va déblayer le terrain pour une vraie réconciliation au Togo», a expliqué aux journalistes, l’avocat Zeus Ajavon, président d’un Groupe de travail des organisations de la société civile (OSC) et des médias pour accompagner le processus de la justice transitionnelle - qui est un processus de recherche consensuelle de la paix et du développement au Togo.

Dénommé «Plateforme justice transitionnelle des OSC et des médias», ce regroupement a pour mission de tout mettre en œuvre pour valoriser le potentiel des organisations de la société civile et des médias, et de faire en sorte qu’ils puissent offrir un accompagnement adéquat aux travaux de la Commission «vérité, justice et réconciliation».

«La plateforme note avec satisfaction que la commission a démarré ses activités et se réjouit de la disponibilité des commissaires à collaborer avec la société civile et les médias pour la réussite de leur mission», ajoute Ajavon.

Gilchrist Olympio, président de l’Union des forces de changement, le principal parti de l’opposition, a estimé, pour sa part, que la réconciliation est une bonne chose et adhère à l’idée. Mais il émet des doutes sur la composition de la commission. «Nous n’avons aucun doute sur le président, mais il est entouré de certaines personnes qui n’inspirent pas confiance», a-t-il dit à IPS.

Le président de la commission a reconnu que certains partis politiques ont émis des inquiétudes et quelques doutes sur le moment choisi et la composition de la commission. Il a évoqué également le climat qui prévaut dans le pays et qui pourrait ne pas favoriser le travail de la commission. «Lors de nos rencontres avec les acteurs politiques et la société civile, nous avons vu qu’il y a une diversité d’opinions par rapport à la mission de la commission», a indiqué Mgr Barrigah-Benissan.

«Mais aux uns et aux autres, nous avons adressé le même message : si nous aspirons tous à la paix, si nous voulons tous que les filles et les fils de ce pays se réconcilient et commencent une nouvelle histoire, il faut donner une chance à la commission pour qu’elle fasse son travail», a-t-il souligné.

Conscient la complexité de la tâche qu’il a entamée depuis quelques semaines, Mgr Barrigah-Benissan appelle à l’adhésion de tous les Togolais au processus. «La réussite de cette mission requiert l’implication de tous les acteurs nationaux et internationaux... Elle a besoin de l’adhésion totale de tous les Togolais», a-t-il lancé.

«Ces doutes et scepticismes ne doivent pas constituer un frein au travail de la commission, mais les membres doivent en tenir compte afin de bien accomplir leur mission», estime Gerald Blivi, un étudiant de l’Université de Lomé.

Selon Musa Gassama, représentant du Haut commissariat des Nations Unies pour les droits de l’Homme, la commission doit tirer profit des expériences existantes pour bâtir un modèle qui tienne compte des réalités togolaises. «Les Togolais doivent savoir que le moment est venu de jeter un regard sur le passé, d’en tirer les conclusions et d’écrire une nouvelle page de leur histoire». (


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