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CACIT-TOGO - 16/08/2009 Imprimer | Envoyer | Réagir

Togo: il est temps que la lumière soit faite sur l'assassinat de AGBOBLI


DECLARATION

« ATSUTSE KOKOUVI AGBOBLI : IL EST TEMPS QUE LA LUMIERE SOIT FAITE »

15 août 2008-15 août 2009 : Il y a exactement un an, le corps sans vie d’Atsutsè Kokouvi Agbobli, historien, journaliste, ancien ministre et président du Mouvement pour le développement national (MODENA), parti togolais d'opposition, a été retrouvé par un pêcheur sur une plage de Lomé à proximité du lieu-dit du «Foyer des Marins» aux environs de 10h00. Plaqué à terre, les yeux injectés de sang, les lèvres sanguinolentes et le front altéré par des ecchymoses, la dépouille d’Atsutsè Kokouvi Agbobli ne portait aucun effet personnel à l’exception de ses mocassins et ses chaussettes.

Dans la nuit du 15 août, le ministre de la Sécurité et de la Protection Civile, le colonel Atcha Titikpina, affirme, dans un communiqué lu à la télévision nationale, que le ministre Agbobli a été « rejeté par la mer » et que celui-ci se serait suicidé.

Dans un rapport élaboré à la demande du procureur de la République monsieur Robert Bakaï, le médecin légiste, le professeur Gado Napo-Koura, docteur en médecine, professeur à la faculté mixte de médecine et de pharmacie de l’Université de Lomé révèle « qu’il ne s’agit pas d’une mort par noyade et que l’hypothèse d’une mort toxique probable, par intoxication médicamenteuse […] reste plausible».

Sur proposition de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) et sur consultation de la famille, une seconde autopsie a été réalisée, avec l’appui du HCDH, par le docteur Nizam Peerwani du Comté de Tarrant, Texas (Etats-Unis), agissant pour le compte de l’organisation non-gouvernementale Physicians for Human Rights. Ce dernier conclut que «la mort n’est pas due à une intoxication médicamenteuse» ni à des «blessures traumatiques» mais plus probablement à une noyade sachant que «le diagnostic de noyade en l'absence de toutes preuves fiables à prendre en compte [n’a pu] se faire que par exclusion» des autres hypothèses. Ce second rapport d’autopsie relève également l’«énigme» que constitue la découverte du corps «nu sur la plage» à l'exception de ses mocassins et ses chaussettes.

Quoique troublantes, les conclusions des deux rapports ne sont pas pour autant concordantes et aucune d’elles n’éclaire le mystère qui entoure la mort du président du MODENA.

A ce jour, aucune enquête sérieuse ne semble être diligentée par le gouvernement togolais pour éclairer l’opinion. Ni la population, ni la famille ne connaissent, à ce jour, les causes et les circonstances exactes de cette mort ; tous demeurent dans l’attente d’un éclaircissement sur le sujet.

Au regard des zones d’ombre qui entourent cette disparition, des circonstances de la mort, de la personnalité du disparu, du contexte politique dans lequel cet événement a eu lieu (dix-huit mois avant la présidentielle 2010), le silence des autorités est inquiétant.


Un an après ce triste évènement, le CACIT :

- félicite la CNDH pour le courage dont elle a fait preuve au lendemain de ses évènements en mettant en place une commission d’enquête interne pour faire la lumière sur les faits et l’exhorte à faire connaître à l’opinion les résultats de ses investigations ;
- rappelle que, face à la longue liste des morts d’opposants politiques non encore élucidées à ce jour, l’impunité dont semblent jouir certains présumés auteurs, est susceptible de créer une psychose au sein de l’opinion ;
- invite les autorités togolaises à tout mettre en œuvre pour que, dans les jours à venir, la vérité soit enfin révélée aux Togolais sur les circonstances réelles du décès de Atsutsè Kokouvi Agbobli ;
- exhorte le HCDH à continuer son accompagnement au processus de consolidation de l’état de droit au Togo, notamment en aidant à élucider définitivement cette ténébreuse affaire ;
- Réaffirme sa détermination à œuvrer pour que prévale au Togo un environnement favorable au respect des droits de l’Homme.

Pour le CACIT, il est temps que la lumière soit faite sur cette affaire. Il est temps qu’au Togo, le crime cesse de se nourrir de l’impunité.


Fait à Lomé, le 15 Août 2009

Le Président
Me Zeus Ata Messan AJAVON

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