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LE FIGARO - 09/11/2008 Imprimer | Envoyer | Réagir

OBAMA: Deux ou trois choses que l'on (ne) sait (pas) de lui


Par Philippe Labro

L'écrivain Philippe Labro trace les lignes de force qui caractérisent le nouveau président des États-Unis. Son parcours singulier explique sa personnalité, son caractère, son succès.

Lorsqu'il avait 6 ans, à Djakarta, déjà abandonné par un père qu'il n'a jamais vraiment connu (mais, écrira-t-il, «son absence m'a plus formé que sa présence»), le petit Obama était plus grand que tous ses camarades. Il était l'étranger, ni noir, ni blanc, ni, bien évidemment, indonésien comme tous les autres, il mesurait cinq centimètres de plus qu'eux, il avait les cheveux crépus, un parler bizarre, des gestes différents, certains enfants avaient la méchanceté de lui demander s'il était «un animal».

Un matin, les cruels et innocents, les pervers et les suivistes se réunirent pour lui tendre une embuscade. À plusieurs, on arriverait à le maîtriser. Ce fut vite fait et ils le portèrent, en lui tenant pieds et mains, jusqu'à un point de rendez-vous proche de l'école, une sorte de puits profond, rempli d'une eau stagnante, dont la surface était recouverte de feuilles provenant des palmiers avoisinants. Ils le balancèrent dans le trou, souhaitant peut-être, dans leur inconsciente lâcheté collective, qu'il se noie, l'étranger, l'animal, le pas comme les autres. À leur surprise générale, il émergea immédiatement du cloaque et, à leur stupéfaction encore plus générale, quand ils virent sa tête sortir, ils découvrirent que Barack Obama leur souriait ! Il parvint à s'extraire du puits et il les apprivoisa au moyen de cette arme de survie, mélange d'instinct et de jugement, réflexe intuitif, prémonition de tous les combats qu'il mènerait plus tard, avec une capacité sans égale de ne jamais perdre son «cool» mais d'aller vers les inconnus ou les adversaires dans cette posture de compromis, de négociation, une désarçonnante ouverture d'esprit. Et ces Indonésiens anonymes, les bizuteurs devenus des adultes aux vies sans histoire, racontent, peut-être, aujourd'hui, qu'ils l'ont bien connu, Obama, que c'était leur copain. L'enfant qui souriait en sortant du trou sombre comme la nuit.

Deuxième chose : que l'on n'aille pas croire que le petit Obama annonçait ainsi un parcours à la sœur Teresa ou à la Gandhi. On ne traverse pas les ghettos du South Side de Chicago, on n'escalade pas les échelles des pouvoirs dans la «Cité du Vent», on ne gagne pas à sa cause les «pols» - les pros de la vie politique marqués par les décennies mafieuses du légendaire maire de Chicago, Richard Daley - par la seule vertu de son charisme. Ce qui frappe ceux avec lesquels il a travaillé, c'est sa discipline, sa capacité de maîtriser ses émotions. En 2006, il soutient, pour le poste de trésorier de l'État de l'Illinois, un de ses amis rencontrés sur les terrains de basket-ball. Les adversaires d'Alexi Giannoulias, 29 ans, l'accusent de corruption, brandissent une preuve : un prêt qu'Alexi aurait consenti à un personnage douteux, un ancien détenu. La polémique fait rage. Obama soutient Alexi, mais celui-ci commet une gaffe et déclare que le type est «a nice guy», un mec sympa. Obama lui intime alors :

«Tu règles ça tout de suite, ou tu te retires.»

Giannoulias en avait les larmes aux yeux. «Obama était presque bouleversé de me voir aussi sensible, étonné de me voir aussi fragile.» En fin de compte, Giannoulias fut lavé de tout soupçon et gagna le poste. Mais il avait été témoin d'une des qualités primordiales du 44e président des États-Unis : le souci de contrôler toute émotion, même si, à deux reprises (la mort de sa grand-mère, l'évocation de ce dont la campagne l'avait le plus privé, la présence de ses deux enfants), Barack Obama a versé ce qui paraît rare chez lui, les larmes de l'apitoiement sur soi.

Dans cette nuit de Chicago, dont le monde entier a été spectateur, qui n'a pas été fasciné par le sérieux d'Obama, la fugace apparition de quelques sourires ? En étudiant sur ce visage lisse, composé, aussi télégénique que celui d'un Tiger Woods (n° 1 du golf, métissé), on pouvait mieux comprendre ce qui l'a fait gagner : confiance en soi, intériorisation de toute émotion, détermination, sens de la tâche à accomplir, souci maniaque de ne commettre aucune erreur et enfin, comme pour tout nouveau leader qui, à un instant T de l'histoire (Bonaparte, de Gaulle, Kennedy, Reagan) surgit et tourne la page, la croyance en son étoile. Une force qui va. Une énergie vitale qui, alliée à l'intelligence politique, fait l'homme d'État. Le visage était calme, sérieux, appliqué, mais on peut imaginer qu'en son intime réflexion, Obama se disait :

- Ça y est, c'est fait, c'est gagné.

Mais pensait aussitôt :

- C'est maintenant que tout commence.

Effaçant toute euphorie, toute tentation de vanité, rejetant l'hubris, même s'il a une haute opinion de sa vocation.

Plusieurs autres choses qu'il me semble intéressant de détacher, au milieu du tsunami médiatique qui en fait la plus grande star mondiale - surpassant Mandela, équivalent à Jean-Paul II, avec lequel il possède un point commun : trois à quatre mots qui changent tout et font basculer les opinions. Pour le Polonais du Vatican, ce fut : «N'ayez pas peur». Pour le fils d'un membre de la tribu Luo du Kenya : «Yes, we can». Du Pape polonais à l'évangéliste noir, du XXe au XXIe siècle, du désastre du 11 septembre 2001 à la victoire du 4 novembre 2008, ainsi s'écrit l'Histoire des hommes.

1 - Mais ce n'est pas un vrai Noir qui accède à la Maison-Blanche. C'est un homme-monde, dans ce pays-monde (expression d'Alain Minc) que sont en train de devenir les États-Unis. Il préfigure à quoi ressemblera bientôt sa nation. Ni rouge, ni bleue, ni blanche, ni noire, mais américaine ! Un jour, l'enfant d'un Pakistanais et d'une Mexicaine deviendra président de ce gigantesque laboratoire humain qu'est l'Amérique. Adieu les WASPS. Bonjour la planète métissée.

2 - Ce n'est pas, à proprement parler, une surprise. C'était écrit. Il y avait dans l'inconscient collectif américain la notion qu'après tout, un homme de couleur peut devenir l'homme qui a le doigt sur le bouton rouge. Hollywood et la télé (avec Dennis Haysbert, le président David Palmer dans «24 heures») avaient, sans le vouloir - ou bien était-ce désiré ? - instillé l'idée, de façon subliminale, dans le cortex de millions de téléspectateurs - futurs électeurs.

3 - Quand on disait et l'on écrivait : «C'est un inconnu», on disait et on écrivait n'importe quoi. Peu d'hommes, en effet, se sont autant racontés - grâce à deux livres L'Audace de l'espoir, Les Rêves de mon père - deux best-sellers dans lesquels Barack Obama révélait tout de sa vie, ses origines multiethniques, son idéal. Il suffisait de le lire pour comprendre qui il est. Même si, comme chacun d'entre nous, il avance avec un mystère.

4 - Car il savait, il sait écrire. Il sait parler. C'est un orateur, armé de ce que tout «grand homme» ou qui aspire à le devenir doit posséder : l'éloquence. Voix grave, reconnaissable immédiatement. Rythme binaire de phrases. Cadence des mots simples et fédérateurs. Sens des formules. Il a gagné, entre autres raisons, grâce à deux discours : celui qui le révèle, lors de la convention démocrate de 2004 - celui du 18 mars 2008 sur «La Race en Amérique». Et si ce n'est pas lui qui a rédigé seul, alors, coup de chapeau à Jon Favreau, 26 ans, qui a tenu la plume pour lui, comme l'avait fait, pour Kennedy, un autre «bright kid» nommé Ted Sorensen. Mais Obama a su l'exploiter, tirer le meilleur du talent d'un autre. C'est aussi à cela qu'on reconnaît un chef.

5 - Oui, il a su s'entourer, précisément, des «best and brightest», expression légendaire inventée par un grand journaliste américain, David Halberstam, qui avait ainsi décrit le cabinet de JF Kennedy : les meilleurs et les plus brillants. Mais c'est lui qui a conduit la stratégie, aux côtés d'Axelrod, qui a résisté à l'incroyable et parfois ignoble campagne des Clinton à son encontre. Il ne faut pas oublier ce que Bill, l'ancien président démocrate, le chouchou des Noirs, s'était permis d'insinuer pendant la bataille des primaires qui se livrait entre sa femme Hillary et ce jeune Obama, dont Clinton détestait l'émergence ! D'ailleurs, a-t-on bien noté que, pas une fois, dans son «discours d'acceptation» de Chicago, Obama n'a mentionné Hillary et encore moins Bill ? Pas une fois. Il y a des plats qui se mangent froids. Enfin, sur la campagne, dernière chose : s'il a gagné, c'est aussi parce que McCain a eu tout faux.

6 - Alors, élégant, beau, grand, tiré à quatre épingles (pas un pli froissé du pantalon, jamais ! comme s'il était suivi, pendant ses interminables et harassantes étapes à travers le pays, par une repasseuse zélée ?), vertueux, idéaliste, mais pragmatique (il a gagné au centre, en s'éloignant des risques du «gauchisme» qu'aurait pu incarner son épouse Michelle), bon père, bon mari, travailleur, digne, intellectuel sans être «tête d'œuf», il est donc parfait, notre homme ?

7 - Non, bien sûr. Il s'interroge sur lui-même : «Et si je devais décevoir ?» demanda-t-il, un soir de rare confidence, à un ami intime. Qu'on se rassure, qu'il se rassure : il décevra, sans doute, qui ne le fait pas ? Sa force, c'est qu'il le sait. Il l'attend. Les épaules alourdies par l'incalculable charge d'espoir qu'il suscite, Obama s'engagera en janvier 2009 à la rencontre du principe de réalité, l'inattendu. Rappelons-nous le mot de Lincoln (son modèle) qui disait : «Je n'ai pas contrôlé les événements. J'assume humblement que ce sont eux qui m'ont contrôlé.» Et Harold Mc Millan, un premier ministre britannique dans les années 1960 qui, à la question d'un jeune reporter : «Quelle est la plus grande difficulté que vous ayez rencontrée pour gouverner ?» répondait, avec le flegme sous la moustache, «les événements, jeune homme, les événements».

Telles sont deux ou trois choses que nous savons, ou pas, de lui. L'ère des marginaux, qui viennent au pouvoir (Sarkozy, Merkel et tant d'autres), est, désormais, presque banalisée par son prodigieux avènement. Quand les cuivres de la fanfare des US Marines feront éclater, à chacune de ses apparitions, le «Hail to the Chief» (Salut au Chef), Barack («le béni»), Obama («la lance enflammée»), avançant de son pas harmonieux sur le tapis rouge de la Maison-Blanche, aura la lucidité du réaliste, oubliant définitivement le «rêve» pour faire face au «défi». Winston Churchill disait : «On peut toujours compter sur l'Amérique pour faire les choses correctement après avoir épuisé toutes les alternatives.» L'alternative Bush est finie. L'Amérique que nous aimons is back.

Par Philippe LABRO
LE FIGARO

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