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LES éDITIONS GRAINES DE PENSéES - 07/06/2007 Imprimer | Envoyer | Réagir

Sylvanus Olympio, le père de l'indépendance togolaise de Atsutsè AGBOBLI*


Sylvanus Olympio, un destin tragique de Atsutsè AGBOBLI*

Au siège des NEA-Togo où il se rendit, Atsutsè AGBOBLI, l’auteur, essaya avec ses interlocuteurs de se faire une idée de l’impression que ferait sur le Président l’ouvrage tel qu’il se présentait. Quoique le Directeur général des NEA-Togo semblât sûr d’écouler ses vingt mille exemplaires comme des petits pains sur toute l’étendue du territoire togolais, l’auteur en doutait et le lui dit, attendant de le présenter au Chef d’État pour en être sûr.

Fixée un jeudi après-midi du mois de juillet 1992 à 17h 13, à Lomé II, l’audience de présentation de l’ouvrage au Chef de l’État se déroula dans une atmosphère fort agréable. Après les salutations habituelles, l’auteur informa le Président de l’objet de sa venue qu’il connaissait déjà et, dans un silence de mort, sortit de sa sacoche les deux exemplaires de l’ouvrage Sylvanus Olympio, un destin tragique. Quand il eut entre ses mains le livre, le président Gnassingbé Eyadema, imperturbable et impassible, fixa quelques instants la photo du président Sylvanus Olympio qui ornait la couverture puis, retourna l’ouvrage et le posa sur son bureau.

Le Chef de l’État fit lire à l’auteur les titres des chapitres, les lui fit résumer tous sauf le chapitre le concernant, intitulé L’illustre inconnu du 13 janvier ainsi que la conclusion. Des passages lui furent lus et relus et il ne manqua pas de demander comment des informations aussi précises le concernant furent obtenues.

Au sujet de sa fuite, le 12 janvier 1963, de sa résidence en direction de Lomé pour ne pas répondre à la convocation de l’inspecteur Adama Tassah, l’inspecteur de police à Lama-Kara, chargé par M. Théophile Mally, le ministre de l’Intérieur, de le surveiller de très près, il déclara à l’auteur qu’il fallait le faire et que c’était effectivement sa première traversée du Rubicon, soulignant que « le destin de chacun est inscrit dans son étoile ». Une formule qu’il avait l’habitude de déclamer pour expliquer les faits défiant l’entendement. Ayant entendu lire le passage, « Une fois le drame consommé, au petit matin du 13 janvier, il franchit de nouveau le Rubicon. Est-ce par inconscience ou plutôt par la propension du soldat qui sait braver l’adversité ? Quand on sait le sort promis par la quasi-totalité des chefs des nouveaux États africains aux « putschistes » togolais du 13 janvier, il faut du courage, du cran et de la témérité pour revendiquer haut et fort la paternité des trois coups de feu qui mettent fin à la vie du plus illustre des Togolais », le Président devint pensif et demanda à l’auteur de le lui relire.

Après quelques minutes d’un silence aussi long que l’éternité, il autorisa l’auteur à poursuivre la lecture. Le point fort de la présentation fut la lecture des derniers paragraphes du chapitre qui précisaient : « Sir Aboubakar Tafewa Balewa, le premier ministre nigérian et Ahmed Sékou Touré, le bouillant président guinéen conseillaient une action vigoureuse d’occupation du Togo et de désarmement des meurtriers du président de la République togolaise. Ils comptent se saisir des soldats considérés comme des parricides et les passer par les armes afin de servir de leçon à la postérité. Même Félix Houphouët-Boigny enjoignit à Hubert Maga que le ministre dahoméen Paul Darboux, chargé d’une mission à Lomé, ce 13 janvier 1963, fasse de son mieux pour obtenir au moins la pendaison de celui qui avait ôté la vie au Père de l’indépendance togolaise. Est-il réellement l’homme par qui le drame arriva ? Il a beau le revendiquer, des personnes sceptiques continuent de croire que le héros de l’indépendance togolaise serait tombé sous les balles d’une toute autre personne. Et le sergent-chef Etienne Gnassingbé, le plus décidé parmi les sous-officiers en rébellion, aurait accepté d’en porter la responsabilité. Aussi, la mort de Sylvanus Olympio garde-t-elle toujours son mystère. »

« L’homme qui ose assumer, à ses risques et périls, ce meurtre ne saisit-il pas ainsi, à sa manière, la chance ? Nul, à l’instant, n’imagine que cela puisse lui porter bonheur. Et encore moins lui ouvrir les portes de l’histoire. A l’époque, beaucoup de Togolais le considéraient comme un homme condamné à terme, un homme mort. Mais, la vie, cette vaste comédie, est ainsi faite qu’en politique africaine, le hasard, de connivence avec les forces dominantes sur l’échiquier planétaire, vient à bout des certitudes les plus avérées. Et « les surprises » ne finissent jamais d’étonner ».

Le président Gnassingbé Eyadema fit lire par l’auteur deux fois ces paragraphes et, après un long silence, lui dit : Monsieur le journaliste, c’est bien, très bien écrit. L’auteur entama ensuite la lecture de la conclusion qui, manifestement, retint beaucoup l’attention du chef de l’État. Celui-ci se fit relire les deux passages suivants : « Si complot français il y a, il ne peut provenir que des gens gravitant autour de Jacques Foccart l’Africain, le tout puissant et redoutable secrétaire général de l’Élysée, chargé spécialement des questions africaines et malgaches. Ont-ils abusé de la confiance de braves soldats togolais manipulés comme des instruments inconscients du destin ? Il n’est pas trop tôt pour le croire. » et : « Terme d’un complot ou pas, le 13 janvier 1963 marque, au Togo, la rencontre de trois destins. Sylvanus Olympio entre, ce jour, dans la légende. Nicolas Grunitzky refait surface ce jour, pour un laps de temps, le temps de paver la voie pour Etienne Gnassingbé. Ce dernier fait à coups de baïonnettes, à 7h 13, une entrée fracassante dans l’histoire, ce jour où le destin du Togo bascula dans le silence angoissé d’un peuple sans armes. »

Après un long silence, il redressa le torse, fixa l’auteur dans les yeux et laissa tomber sur un ton autoritaire : « Monsieur le journaliste, vous avez fait un bon travail ». Il reprit l’ouvrage posé sur son bureau, fixa longuement la couverture, apparemment pour contempler la photo du président Sylvanus Olympio puis, le remit dans un des tiroirs de droite de son bureau.

C’est alors que l’auteur prit soin de lui exprimer son espoir de voir l’ouvrage diffusé au Togo. Le président Gnassingbé Eyadema fit semblant de n’avoir rien entendu et, comme il avait l’habitude de le faire à fin d’une belle audience, fit servir du champagne Grand Siècle. Mais, quand l’auteur prit son courage à deux mains pour lui réitérer son souhait de voir l’ouvrage distribué au Togo, il répliqua de façon laconique : Je ne trouve pas d’inconvénient. Une formule plutôt lourde de conséquences et d’incertitudes. Dans la réalité, l’ouvrage Sylvanus Olympio, un destin tragique ne fut jamais distribué au Togo. Relevant de l’autorité du ministre de la Culture, la direction des NEA-Togo s’était gardée de mettre l’ouvrage à la disposition du public togolais. A-t-elle récupéré les vingt mille exemplaires qu’elle avait commandés et payés ? Jusqu’à son décès en 1995, Ibrahima Baba Kaké n’a jamais voulu éclairer l’auteur à ce sujet. A chaque fois que, téméraire, l’auteur en parlait avec le président Gnassingbé Eyadema, celui-ci faisait semblant de n’avoir rien entendu jusqu’au jour où, de retour de voyage de Dakar et d’Abidjan, il l’informa que l’ouvrage était en vente au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Pour toute réaction, le Président répliqua tranquillement et à voix à peine audible : Ah bon ? C’est bien !

Devenu, de mai 1994 à octobre 1995, titulaire du département de la Culture comme ministre de la Communication et de la Culture et ayant sous sa tutelle les NEA-Togo dont le ministre présidait le conseil d’administration, l’auteur ne put recevoir une quelconque information sur le sort réservé aux vingt mille exemplaires de l’ouvrage qui avaient été commandés. Il comprit qu’il ne fallait pas en rendre le Directeur général responsable car, il avait dû recevoir des instructions fermes pour ne pas diffuser l’ouvrage. Cependant, quelques Togolais de la diaspora ou en mission à l’étranger ont eu à lire le fameux ouvrage mais se sont bien gardés de le ramener au Togo. Des photocopies du livre ont circulé sous le manteau. Beaucoup en ont entendu parler mais peu l’ont lu.

Il fallut attendre l’année 2006 pour qu’à Lomé, le journal La Liberté, à l’insu de l’auteur, se décide à publier l’ouvrage en feuilleton. Informé par des lecteurs du journal, l’auteur protesta auprès du directeur de la publication. Il dut publier un entrefilet précisant que le feuilleton paraissait sans l’avis autorisé de l’auteur de l’ouvrage.

Aujourd’hui, l’histoire du Togo se réécrit par ses propres fils. Ce qui était caché se dévoile et des vérités historiques se font jour à la faveur du renouveau démocratique. L’auteur a remanié son ouvrage originel, l’a revu, corrigé et augmenté afin de mieux éclairer la jeunesse africaine sur cette période de décolonisation et d’indépendance.



Table des matières
Avant-Propos 9
Introduction 23
La nuit fatale 35
Le nationaliste farouche 75
La journée des dupes 115
L’homme sans histoires 143
Le prétexte 163
L’illustre inconnu du 13 Janvier 213
Conclusion 231
Chronologie des événements marquants 243
Postface 255
Bibliographie 261
Annexes 265


*Biographie de l’auteur

Atsutsè Kokouvi AGBOBLI, Togolais, universitaire, historien, a été enseignant avant de rejoindre le Secrétariat Général de l’Organisation de l’unité africaine à Addis Abeba, en 1979, en tant que chef de la Division des Affaires politiques générales, de la Défense et de la Sécurité au Département politique. Expert régional, puis chargé des programmes et des relations au Bureau régional du BIT pour l’Afrique, à Addis-Abeba, il fut également chroniqueur à l’hebdomadaire Jeune Afrique et directeur de l’Institut panafricain des relations internationales. Ministre de la Communication et de la Culture puis, ministre chargé des Relations avec le Parlement, de 1994 à 1996, il est actuellement directeur de la publication du Magazine bimensuel Afric’Hebdo et président du Mouvement pour le développement national (MODENA).


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