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LE MONDE - 14/02/2007 Imprimer | Envoyer | Réagir

Refonder la relation France-Afrique


L’Afrique n’est pas pauvre. Elle dispose d’importantes ressources pour nourrir, soigner, éduquer et offrir des emplois à ses enfants ; mais elle n’arrive pas à se relever de siècles d’exploitation. Après la traite de ses fils et la colonisation, les clans au pouvoir, les Etats étrangers et les multinationales ont confisqué sa souveraineté, attisé des conflits meurtriers et pillé ses ressources de façon éhontée.

Ce n’est pas un hasard si, partout dans l’ancien empire colonial français, des bruits sourds de mécontentement s’élèvent contre la politique de la France. Car si les dirigeants africains sont les premiers responsables de la situation sociale et politique dramatique du continent, la France officielle porte également une lourde responsabilité. Sa politique favorise le maintien au pouvoir de chefs d’Etat dépourvus de toute légitimité, de vision prospective et dont les traits communs restent le pillage, le gaspillage des ressources publiques, les massacres d’innocents, l’incarcération des adversaires politiques, l’instrumentalisation de la justice, la manipulation des processus électoraux et l’indifférence ostentatoire face à la misère criante de leur population...

Cette politique, entretenue au mépris des lois, de la justice et de l’universalité des droits de l’homme, a ruiné le capital d’espérance de nos populations et confiné nos peuples dans une situation de dénuement sans précédent. Des milliers de jeunes au coeur meurtri, privés de toute perspective chez eux, désertent le continent à la recherche d’un univers plus clément. L’Europe, plus proche, reste leur destination favorite, mais leur aventure échoue trop souvent dans le désert, dans le ventre de la Méditerranée ou de l’Atlantique, ou encore sous les balles assassines aux frontières du Vieux Continent. Ceux d’entre eux qui ont la grâce d’accéder au territoire de l’Europe ont rendez-vous avec la politique de l’humiliation : les tracasseries policières, les zones d’internement, les charters ou des conditions de vie déshumanisantes.

Le développement de l’Afrique est d’abord de notre responsabilité, mais nous croyons qu’une relation fructueuse avec la France est possible. Les liens que nous entretenons avec le peuple français et certaines évolutions positives de la politique française, par exemple en République démocratique du Congo ou dans le soutien à la société civile, le démontrent.

Toutefois, un tel renouveau n’est concevable que si les fondements de cette relation sont assainis. La France doit assumer son passé en Afrique : il faut en finir avec les heures noires de la Françafrique, avec le soutien aux régimes autoritaires et avec l’impunité. La souveraineté des Etats africains doit être affirmée et les intérêts respectifs de nos pays clairement affichés. La France doit cesser toute ingérence dans les affaires militaires, politiques et économiques des Etats africains, notamment en renonçant à dicter la politique monétaire des pays de la zone CFA, dont elle héberge les réserves et les comptes d’opération. Enfin, nous n’envisageons pas une relation respectueuse entre nos pays tant que continueront les politiques répressives et sélectives de l’immigration.

Saisissant l’occasion de ce 24e sommet Afrique-France, nous, organisations de la société civile africaine, lançons un appel solennel à tous (tes) les candidat (e) s à l’élection présidentielle française pour construire, sur la base de la vérité, de la justice, de la légalité et de la liberté, un nouveau contrat de générations entre la France et l’Afrique. Nous appelons en particulier les candidats à poser des actes forts dès le début du mandat pour marquer l’entrée des relations entre la France et l’Afrique dans une nouvelle ère, ce qui suppose en particulier de :

reconnaître les responsabilités de la France dans les dégâts et les traumatismes causés par la colonisation et la politique néocoloniale, en particulier dans le génocide au Rwanda ;

publier les accords militaires et de coopération qui lient la France et certains pays ;

saisir et restituer les biens mal acquis et les avoirs détournés par nos dirigeants et leurs complices ;

instaurer des règles commerciales et économiques internationales transparentes et qui bénéficient à toutes les populations africaines. Cela implique d’abord de suspendre les négociations sur les accords de partenariat économique, par lesquels l’Union européenne impose la libéralisation commerciale, et de les reprendre en tenant compte des intérêts exprimés par les sociétés africaines.

Mais il faut également réglementer les industries extractives et obliger les entreprises françaises opérant dans ce secteur à respecter les normes environnementales et sociales et à publier ce qu’elles versent aux Etats africains. S’impose aussi l’annulation de la dette publique de nos Etats sans autre condition que le contrôle des citoyens sur les fonds récupérés.

Nous savons que le peuple français attend beaucoup de l’élection présidentielle. Sachez qu’en Afrique nous serons des millions à les suivre attentivement. Vous avez une occasion historique d’engager votre pays dans un nouveau contrat de génération avec les peuples de nos pays.



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Jean-Marc Bikoko, président de la Centrale syndicale du secteur public au nom du collectif Dynamiques citoyennes (Cameroun) ;

Delphine Djiraibe, figure de proue du comité de suivi Paix et réconciliation (Tchad) ;

Dimas Dzikodo, animateur d’une association de journalistes (Togo) ;

Solange Koné, Forum national dette et pauvreté (Côte d’Ivoire) ;

Léopold Mamtsai, directeur de Caritas ;

Christian Mounzéo, coordinateur de la campagne Publiez ce que vous payez (Congo-Brazzaville) ;

Moussa Tchangari, responsable d’Alternatives (Niger) ;

Aminata Touré, présidente du Comité d’action pour le développement (Mali).

© Copyright Le Monde (France)

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