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L'AUTEUR - 05/01/2007 Imprimer | Envoyer | Réagir

Fausse démocratie au Togo


Il y a des moments où, en tant que citoyen, je dois intervenir coûte que coûte dans le débat politique pour montrer qu’on n’est pas dupe des combines de ceux qui cherchent à tout prix à nous faire « prendre les vessies pour des lanternes ». Il s’agit aussi d’aider ceux qui doutent profondément, ceux qui sont troublés et déçus, ceux qui se sentent menés sur un chemin sans issue, à voir un peu plus clair.

Au Togo, nous sommes à ce stade où toute la classe politique révèle enfin, à l’unanimité, au pire sa trahison et au mieux son incompréhension de l’esprit démocratique et son aventurisme dans des voies où ne comptent que les calculs et les intérêts personnels, de clique ou de clan.

Disons-le franchement, le gouvernement d’union nationale est une hérésie politique, un non sens, une utopie, une voie sans issue. N’y trouvent leur compte que ceux qui en parlent et se concertent en ce sens, chacun calculant bien qu’il en fera partie ou en profitera de ceux qui y participent. On nous trompe souvent à cause de notre manque de bon sens : sinon comment accepter que des ennemis qui ont versé le sang peuvent se réunir, et encore mieux s’entendre pour construire un pays, sans qu’au préalable ce qui a engendré leurs violences n’aie été examiné en profondeur et trouvé une solution ? Qu’est-ce qui garantit à ces gens-là que les criminels, laissés libres, ne recommenceront plus, surtout quand notre histoire togolaise est déjà remplie de crimes politiques répétés ? C’est même une insulte pour la mémoire de ceux qui ont souffert et sont morts de passer un trait sur ce qui s’est passé, de tromper les gens en parlant d’une commission qui résoudra le problème « aux calendes grecques ». Un tel mépris des citoyens qui luttent pour la liberté et la vraie démocratie, de la part de ceux qui se targuent d’agir pour le bien du peuple, est véritablement révoltant. Peut-on s’asseoir avec des criminels (ou leurs commanditaires) pour gouverner ensemble, si ce n’est parce qu’on y trouve son profit ?

On me rétorquera qu’il faut bien un jour cesser la guerre et se mettre ensemble pour reconstruire un pays. Mais que voulez-vous faire de juste et durable sans des consciences apaisées ? Faut-il penser au développement d’un pays ou d’abord à la réconciliation des gens ? Comment a procédé le Sage Sud Africain Nelson MANDELA que je respecte profondément ? A-t-il fait une croix sur les crimes horribles de l’apartheid, afin de réunir tous les sud-africains (Blancs et Noirs) ? N’a-t-il pas plutôt créé une commission Vérité Réconciliation Justice pour traiter le problème qui divise et apaiser les consciences, afin que dans la paix retrouvée, tous les sud-africains se mettent ensemble pour construire leur pays en évitant les démons du passé ? Ne soyons pas prétentieux et aveugles, soyons humbles, pour apprendre en observant aussi ce qui se passe autour de nous. L’Afrique du Sud est un exemple à suivre. Et on est en droit d’être étonné que personne jusqu’ici n’y pense.

L’autre fausse trouvaille qu’on nous agite, ce sont les fameux Accords politiques. Au Togo, sur une quinzaine d’années on en compte déjà douze ! Et à chaque fois, on ne nous dit pas pourquoi le précédent accord a échoué et surtout, on ne dit pas comment on compte en tenir compte pour éviter un nouvel échec. Résultat bien évident : le nouvel accord sera aussi enterré quelques temps plus tard lors d’une nouvelle crise (qui n’est qu’une répétition). Ainsi le peuple togolais est pris comme une bourrique qu’on tourne en rond, comme on veut. Les uns vous crient « Mobilisez-vous pour la victoire finale… cette fois-ci nous l’aurons… ». Vous vous mobilisez et on vous massacre, encore une fois. La communauté internationale accourt, et un nouveau dialogue est organisé pour un nouvel accord, pour de nouvelles élections,… et de nouveaux massacres. Et c’est comme cela continuellement. Ce sera toujours comme ça, tant que la conscience du peuple qui est la conscience en chaque citoyen ne s’éveillera pas.

Le problème n’est pas seulement togolais ; c’est un problème mondial à travers la communauté internationale qui s’y implique. Ce n’est pas seulement la classe politique togolaise qui est manipulatrice, c’est aussi leurs complices internationaux, africains et européens (les dirigeants français en particulier). Nous avons appris (j’allais dire copié) ce mauvais jeu quelque part. Le Togo ne fabrique pas des armes et nos ancêtres ignoraient cette affaire de partis politiques. Ils tranchaient leurs conflits simplement sous l’arbre à palabre, en écoutant tout le monde. Nous sommes donc des copies (des singes) d’un modèle qui n’est pas le nôtre. Là est notre seule excuse, mais là aussi se trouve notre responsabilité (de penser chacun par lui-même tout en écoutant l’autre, pour choisir à la fin ce qui est juste et correspond aux besoins reconnus par tous).

Penser par soi-même exige d’abord que chaque Togolais sache qu’il est citoyen comme tout autre Togolais, qu’il a le droit (et même le devoir) de disposer de sa vie comme il l’entend à la condition de respecter la liberté de toute autre personne humaine et de se soumettre à ce qui est convenu par tout le peuple. Pour être capable de penser par soi-même et être libre, il faut cesser de se voir inférieur ou supérieur à qui ce soit. Car nul n’est indispensable quel que soit le degré de son savoir ou de son ignorance, sa richesse ou sa pauvreté. Celui qui a une idée apporte une réponse à un problème ; mais l’ignorant apporte tout de même sa volonté d’agir et ses capacités physiques sans lesquelles la réalisation de l’idée serait impossible. En conséquence, nul n’est supérieur à l’autre. A ce compte l’élite ne doit pas se targuer de son savoir ou de ses diplômes pour demander aux autres de se soumettre à sa volonté. Car le savoir tout seul ne construit pas un pays et surtout, ne donne pas le droit de dominer les autres ; tout au contraire, le savoir sert à aider ceux qui ne l’ont pas, il sert à libérer. Pourquoi les élites parlent-elles, tout le temps, du bien être des populations, mais se comportent toujours en dominateurs et en exploiteurs ?! Nous devrions y réfléchir, chacun et ensemble…

Etre citoyen et penser par soi-même, vous m’avez peut être compris, c’est s’éveiller à sa responsabilité en tant qu’être humain avec les attributs que la Déclaration universelle des droits de l’homme lui confère. C’est cesser d’être à la merci des autres, l’esclave d’un pouvoir familial, tribal, régional, religieux, politique, économique ou financier détenu par une élite, une clique ou un clan de personnes. C’est cesser d’être une ressource humaine pour l’Etat, et devenir plutôt une voix, une personne libre que l’Etat doit écouter et en tenir compte. La tyrannie ou la dictature est l’ennemi irréductible de la démocratie ; mais pensons-y, elle commence souvent au cœur de la famille où l’on tue déjà la liberté d’expression en imposant au jeune enfant de se taire, sans même l’avoir écouté !…

Nous répétons à longueur de journée qu’on ne peut compter que sur soi-même. Mais ce n’est pas ce que nous faisons. On attend tout des autres. On compte sur X ou Y, parce que c’est un frère, parce qu’il est de mon village, parce qu’il a fait des études, parce que c’est «un grand quelqu’un », parce que… parce que…On compte sur le Blanc parce qu’il a l’argent, parce qu’il a des techniques, parce qu’il a fait des choses merveilleuses dont on voudrait profiter. Mais on ignore que le frère du village, le « grand quelqu’un » ou le Blanc qui a l’argent, ont tous besoin de notre soumission au pouvoir que nous leur donnons pour simplement continuer à être ce qu’ils sont à nos yeux. Ils n’ont pour souci que de garder et accroître les pouvoirs qu’ils ont (et ce qui va avec). Sans le savoir, nous les soutenons pour eux-mêmes, pour leurs intérêts, et non pour les nôtres. Quand bien même dans leurs mille discours, ils prétendent œuvrer pour notre bien être. Combien de députés que vous avez soi-disant élu sont-ils revenus au village pour écouter vos problèmes, en débattre avec vous afin d’y trouver une solution ?

Après avoir dénoncé le non sens politique qu’est le gouvernement d’union nationale, après avoir révélé les fausses trouvailles que sont les dialogues et les accords (qui se passent entre quelques clans politiques), j’ai voulu terminer en présentant cette piste d’espoir qu’est l’apprentissage par chacun à penser et à réfléchir par soi-même, en comptant sur soi-même avant tout et après tout. C’est une évidence de dire que la vie de chaque être humain lui appartient. Votre vie n’appartient ni à un parti politique ni à un gouvernement. C’est pour cela que la vraie démocratie doit se construire sur la liberté et le pouvoir du citoyen. Certes, on a besoin des autres, on a besoin de tout le monde, mais cela ne veut pas dire qu’on est une chose inerte, sans volonté, sans pensée, sans conscience de soi, que d’autres manipulent comme ils veulent ! Quand on se considère comme une chose, comme un moins que rien, on se prive soi-même du respect d’autrui. ON SE PRIVE SURTOUT DE SA DIGNITE. Et ceci, à mon sens, n’est pas permis à un être humain.

L’espoir, le seul qui nous reste, est dans le courage de se réhabiliter soi-même, dans sa propre conscience, en tant qu’être humain, se considérer comme un citoyen ni inférieur, ni supérieur à qui que ce soit. C’est ce courage, ce sursaut de dignité en réalité, qui nous rendra libres et dignes de la vraie démocratie. Par le fait d’oser lever la tête et prendre position. Oser dire qu’on n’est pas d’accord et dire ce qu’on souhaite. Refuser de suivre sans réfléchir. Refuser aussi et surtout de participer aux combats dans lesquels on nous pousse les uns contre les autres !

Le pire n’est pas celui qui vous renie ou vous piétine ; le pire c’est quand vous vous renier vous-même.

Chers Togolais et ceux qui me lisent, la démocratie commencera réellement là où il y aura, enfin, des citoyens qui perdent leurs complexes, s’éveillent à eux-mêmes et à leurs responsabilités dans le sens qu’ils veulent donner à leur vie. Et le peuple français (je dis bien le peuple !) nous en a donné deux beaux exemples : en disant d’abord NON au projet constitutionnel de l’Union Européenne élaboré sans le consulter, et ensuite quand il s’est levé, sous l’initiative des jeunes, pour s’opposer au fameux Contrat de première embauche (CPE). Partout dans le monde, chaque peuple peut faire de même, si chaque individu, ou qu’il soit et qui qu’il soit, s’éveille à sa responsabilité de citoyen.


Un citoyen

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