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LETOGOLAIS.COM - 03/07/2006 Imprimer | Envoyer | Réagir

"Kaolo" : le génie du football togolais


Sur la liste des anciennes gloires du football togolais et africain, le nom de Apéti Kossivi Edmond s’y trouve. Maître à jouer à l’ASC Etoile Filante et en sélection nationale, il a fait sensation dans les années 60 et 70.Surnommé Kaolo, il meurt prématurément le 2 juillet 1972 à Lomé, victime d’un inexplicable accident de la circulation.


On se rappellera toujours de l’attaquant racé. Le nom d’Apéti Kossivi Edmond revient bien souvent sur les lèvres des connaisseurs à chaque participation du Togo à une grande compétition. Formé à Roc Invincible, il intègre très jeune les rangs de l’Etoile Filante de Lomé. Joueur discipliné et élégant, il conquiert par ses prouesses le public sportif tant au Togo qu’à l’extérieur. Pour la finesse de son jeu, il était surnommé « Kaolo », en référence à la fine plume du stylo de même nom. A la fois meneur de jeu et buteur, sa seule présence dans la composition de son équipe suscite frayeur et inquiétude chez l’adversaire.

Possédant le don de tout réaliser avec le cuir rond, Kaolo a marqué de son empreinte le parcours de l’Etoile Filante de Lomé des années 1960 et 1970. L’une des grandes étapes de sa carrière sportive, reste sans nul doute la finale de la 8e édition de la Coupe d’Afrique des clubs champions (Ligue africaine des champions) perdue en 1969 face au TP Englebert de Lubumbashi (RDCongo). Au terme d’un éprouvant voyage suivi de toutes les humiliations, Kaolo et ses coéquipiers Julien Cadiry, Marcel Akueson, da Silveira Gabriel Adjévi, Mébounou Kpadé Clément, Tommy Sylvestre, Ananou Désiré, Ignace Kouassi Arisco…sont battus à l’aller sur la marque de 5buts à 0. Ils vont sauver l’honneur à Lomé après une partie à suspens soldée par un score de 4 buts à 1.

Joueur imprévisible, Kaolo a de façon précoce sonné aux portes de la sélection du Togo. Il était de la délégation togolaise aux 1ers Jeux Africains de Brazzaville en juillet 1965 sans toutefois évoluer aux côtés de ses aînés de l’époque qu’étaient Franck Fiawoo, Alexandre Adékambi, Galley Félix Tsé-Tsé, Ajavon Raymond, Ayité Hot Philippe. Le jeune prodige qu’était Kaolo revient à Lomé avec une nette idée de la haute compétition.Quelques années plus tard, il va s’éclater sur le plan continental. Venu au chevet de la sélection togolaise en début d’année 70,l’ entraîneur allemand Gottlieb Goëller considérait Apéti Kossivi Edmond comme une main tendue de Dieu sur la sélection togolaise.

Homme à tout faire de la sélection nationale, Kaolo participe à l’élimination des Black Stars du Ghana, pourtant très redoutés sur le continent. Le Togo va pour la première fois de son histoire, prendre part à une édition de la CAN. Pour son entrée en lice, la bande à Goëller est confrontée aux Aigles du Mali constellés de vedettes (Kidian Diallo, Fatamady Keita, Barkoroba Touré, Seydou Traoré et surtout Salif Keita Domingo au sommet de son art). La sélection malienne se déploie à Yaoundé, mais elle concède le nul face au Togo, qui ne passera pas hélas, le cap du premier tour. Deux nuls contre le Mali( 3-3) et le Kenya ( 1-1) et une défaite ( 0-2) devant le Cameroun. Véritable attraction, Apéti Kaolo avec ses quatre buts, est l’un des meilleurs goaleadors de la compétition.

Décrit par le journaliste tunisien Faouzi Mahjoub, comme un joueur « court sur ses pattes, trapu, véloce », Kaolo était également un attaquant « redoutable par ses accélérations et ses tirs soudains ». Passionné du beau jeu, Apéti Kossivi Edmond a brillé d’un éclat vif et passager. Le public sportif l’a vu et applaudi ses prouesses le matin du dimanche 2 juillet 1972 sur le terrain de jeu du Bas-fond du Collège Saint-Joseph de Lomé. Au cours d’une rencontre corporative, le phénomène Kaolo comme il en a le secret, marque sous les couleurs de l’équipe de la CEET où il est employé. C’était son ultime match. Plus jamais, ses admirateurs ne reverront sa silhouette sur un aire de jeu.

Dans l’après-midi, il meurt dans un accident de la circulation. Roulant sur sa mobylette BB, Kaolo voulait éviter un piéton, mieux un aliéné mental. La manœuvre s’avéra défectueuse sur le Boulevard circulaire. Il tombé de son engin, victime d’un traumatisme crânien. Applaudi cinq mois plus tôt à Yaoundé, l’international passera si vite de vie à trépas sans atteindre l’hôpital. La nouvelle de son décès fut accablante pour tout le public sportif togolais et au-delà africain. Il n’a que 25 ans

De l’enceinte du Centre culturel Foyer Pie XII à Wétrivi-Kondji, lieu de la chapelle ardente jusqu’à l’Eglise Saint –Augustin où fut célébrée la messe d’enterrement, le simple joueur qu’était Kaolo eut droit à l’hommage de tout un peuple uni dans la douleur et l’émotion. Le cimetière de la Plage à Lomé va ensuite accueillir la dépouille de Kaolo. Trente quatre ans déjà !

Après son inhumation, Kaolo a été oublié. Au détour d’une conservation, seuls des nostalgiques se souviennent encore de sa brillante mais bien courte carrière sportive. Qu’en est il des responsables et dirigeants sportifs ? Après la tragique mort du phénoménal joueur, le port du casque sera institué pour les motocyclistes. Trente quatre ans après, aucune d’action d’envergure pour honorer la mémoire de l’illustre disparu ? Bien d’autres joueurs avant lui , ont porté haut les couleurs togolaises. Mais Kaolo n’est-il pas cet oiseau rare qui manque et manquera pour longtemps à notre football ? En empruntant le terme à Bénoît Messan Gnamey, célèbre chroniqueur sportif à Radio-Lomé, le regretté Apéti Kossivi Edmond est une « licorne et dont l’espèce est disparue pour toujours ».

Pour le ministre Mathieu Agbénowossi Koffi en charge à l’époque de la Jeunesse, de la Culture et des Sports, le joueur Kaolo a compris que « dans une nation, chaque citoyen a sa façon de contribuer à l’édification de son pays et à sa renommée. Du plus humble paysan au plus célèbre ingénieur, chacun est un chaînon utile à la chaîne ».Pour services rendus à son pays, Apéti Kossivi Edmond mérite mieux qu’un simple tournoi de football. Hier, un drôle de tournoi féminin était organisé pour lui rendre hommage. La Fédération Togolaise de Football (FTF) va se décider en 2005 ; trente trois ans pour lancer « la Coupe Docteur Kaolo », un tournoi destiné à pérenniser la mémoire de l’ancien international. La 1ère édition disputée au Stade municipal Dr Kaolo de Tsévié, ville natale de Kaolo, fut marquée par une série de forfaits. La finale dudit tournoi a été enlevée par l’As Douanes de Lomé aux dépens du FC Maranatha de Fiokpo.

Deux autres illustres joueurs subiront le sort de Apéti Kossi Edmond. D’abord Hilaire Agbémanyolé, cadre à la CEET et sociétaire de la Modèle de Lomé. Victime d’un accrochage lors d’un match de championnat au Stade Omnisports de Lomé, il est décédé le 24 juillet 1972 à l’hôpital La Salepêtrière de Paris. Après lui, Gabriel Anator pressenti par les dirigeants de l’Etoile Filante de Lomé pour combler le vide laissé par Kaolo. Le jeune joueur lui aussi pétri de talents, meurt fauché sur la Route d’Aného par un chauffeur indélicat.

« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis ». L’ombre de nos anciennes gloires décédées plane et pour longtemps sur notre football qui hésite toujours à prendre le train de la restructuration. Le nom de Kaolo mérite d’être affecté par exemple au Stade de Kégué. Mieux, le Togo constituant un vivier de potentialités certaines dans le domaine sportif; construire un véritable institut de football, baptisé « Académie Apéti Edmond ». Placée sous la responsabilité de techniciens maîtrisant le domaine, cette future académie aidera à la détection de nouveaux talents.


par Ekoué Satchivi

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