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LETOGOLAIS.COM - 04/02/2006 Imprimer | Envoyer | Réagir

GODWIN TÉTÉ: proclamer Gnassingbé Eyadéma « père de la nation togolaise », m'inspire la nausée


Propos recueillis par la rédaction letogolais.com le 01/02/2006 à Paris



« Les historiens ne sont pas seulement des professionnels de la vérité.
Ils se battent pour le droit à la mémoire » (HELIAN)


LETOGOLAIS.COM : Mr Godwin TÉTÉ, vous publiez le troisième tome de votre « Histoire du Togo », consacré à l’avènement au pouvoir d’Etienne Gnassingbé Eyadéma, et vous qualifiez son règne de « tombée d’une longue nuit de terreur » sur le Togo. Pouvez-vous expliciter votre propos ?

GODWIN TÉTÉ : Avant toute chose, je tiens à remercier les responsables du Site « letogolais.com » d’avoir bien voulu m’accorder la parole. Ensuite, je voudrais préciser qu’en termes d’ « Histoire du Togo » par Godwin TÉTÉ, il s’agit en réalité d’un quatrième tome. Car j’ai publié un ouvrage intitulé « De la colonisation allemande au Deutsche-Togo Bund » (Ed. L’Harmattan, Paris, 1998), qui couvre la période allant de 1874 à 1939 à peu près.

Oui ! Pour moi le règne d’Etienne Gnassingbé (alias Gnassingbé Eyadéma) correspond effectivement à une « longue nuit de terreur » tombée subitement sur le Togo et les Togolais(e)s. Nuit qui, du reste, se prolonge à l’heure actuelle par l’entremise de M. Faure Gnassingbé. Mais le lecteur de la présente interview réalisera certainement qu’il est, pour le moins, malaisé d’expliquer en deux lignes ce dont la narration, (annexes comprises), m’a pris 1336 (mille trois cent trente-six) pages. Cependant, pour faire œuvre de synthèse, je dirais que, dans tous les domaines, sur tous les plans, sous tous les angles, le régime éyadémayen – qui a démarré de facto le 13 janvier 1963 – a englouti totalement le Togo et les Togolais(e)s dans un gouffre plus sombre que la plus sombre des nuits. De surcroît, né de la terreur d’un coup d’Etat militaire, ce régime a vécu de la terreur blanche d’Etat, et se perpétue aujourd’hui par la terreur blanche d’Etat. Voilà pourquoi tout Togolai(s)e digne de ce nom ne se pose plus qu’une seule et unique question : « QUAND EST-CE QUE CE RÉGIME VA DISPARAÎTRE ? ! »

Je sais pertinemment que des gens racontent que Godwin Tété n’est pas objectif, qu’il blanchit Sylvanus Olympio, qu’il est partisan, etc. Mais moi je revendique mon engagement politique aux côtés des peuples togolais et africains. Je persiste et signe qu’entre objectivité épistémologique et objectivisme historique, il y a pour moi plus qu’une nuance. À cet égard, Johann Gottlieb Fichte affirmait que la connaissance la plus pointue serait pour lui inutile si elle ne l’aidait pas à se libérer et à contribuer à libérer ses semblables … Oui ! Je suis un militant politique de la Cause des Peuples togolais et africains. Je suis un militant politique résolument engagé … Et ce n’est pas à l’âge qui est le mien aujourd’hui que quiconque réussira à me distraire de cet engagement.

LETOGOLAIS.COM : Vous avez entrepris de disséquer la nature tyrannique et sanglante du régime Eyadéma, afin que plus jamais ce traumatisme ne se reproduise ; quelles causalités internes et externes vos recherches mettent-elles en relief ?

GODWIN TÉTÉ : Les causes fondamentales, les ressorts essentiels de la nocivité et de la longévité du régime éyadémayen gisent en partie dans la nature intrinsèque même de ce régime, et en partie dans des appuis extérieurs.
À l’intérieur, il y a d’abord le caractère foncièrement monocratique, monarchique, dictatorial du pouvoir d’Etat. Vient ensuite la texture tribalo-régionaliste des « Forces Armées Togolaises (FAT) » : un instrument prétorien et pléthorique de gouvernement, au service d’un individu. En troisième lieu, le parti unique RPT (« Rassemblement du Peuple Togolais »), s’est sans tarder métamorphosé en parti inique liberticide, étouffant. En parti inique ayant, de force, embrigadé toutes les couches du peuple togolais. En parti devenu la chose d’un seul homme. Et, avec la délation érigée en principe de gouvernement, la société togolaise devint vite une « société close » à la Karl Popper …
Sous Gnassingbé Eyadéma, le Togo ne connaît pas de comptabilité publique. Les deniers du peuple sont l’affaire exclusive du Chef d’Etat qui en use et abuse comme bon lui semble … Les médias publics, la Justice, les affaires étrangères, tous les attributs de la souveraineté de l’Etat sont confisqués et concentrés entre les mains du « président-dictateur ».
De l’extérieur, Eyadéma a bénéficié et son « fils-successeur » bénéficie de puissants soutiens diplomatiques, politiques, militaires et financiers de forces souterraines – notamment françafricaines – qui, par ricochet …, profitent dudit régime.

Bref, tout le système éyadémayen est fondé essentiellement sur la stratégie de la terreur brute, sur le mensonge éhonté, sur la dénégation criarde, sur la mythologie antédiluvienne. Recevant le Prix Nobel, Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne dit : « La violence ne trouve son refuge que dans le mensonge et le mensonge ne trouve son appui que dans la violence. Tout homme qui a opté pour la violence doit inexorablement choisir le mensonge comme son principe » (Cité par Jacqueline Kelen, « Divine blessure ». Ed. Albin Michel, Paris, 2005, p. 75).


LETOGOLAIS.COM : Vos recherches décrivent avec minutie l’institutionnalisation de la torture et des exécutions extrajudiciaires au Togo depuis 30 ans. Comment ces pratiques ont-elles perduré et comment y remédier ?

GODWIN TÉTÉ : La violence multiforme et à contenu pluriel, les tortures barbares, moyenâgeuses, les exécutions extrajudiciaires flagrantes, les disparitions involontaires (comme celle de David Ahlonko Bruce le 06 septembre 1994), s’avèrent CONSUBSTANTIELLES au régime instauré par Gnassingbé Eyadéma. Elles ont duré précisément parce que le régime auquel elles ont servi de fondations a pu durer ; et ce régime a pu durer précisément grâce à elles. Elles ne disparaîtront qu’avec la disparition de ce régime. Car celui-ci et celles-là sont ABSOLUMENT INSÉPARABLES …


LETOGOLAIS.COM : Les dictatures, le plus souvent s’engagent dans la réécriture de l’histoire nationale à leur avantage. Qu’en est-il du Togo et comment rétablir la vérité historique ?

GODWIN TÉTÉ : Assurément ! La dictature éyadémayenne n’échappe point à cette quasi-loi inhérente à la dynamique interne de toute dictature. Et c’est pourquoi, sur ma propre suggestion, notre Conférence Nationale Souveraine (CNS) : 08 juillet – 28 août 1991 adopta le principe de la mise sur pied d’une commission nationale d’historiens, chargée de remettre notre histoire d’aplomb, sur ses jambes. Malheureusement cette résolution ne s’est guère traduite dans la réalité jusqu’à ce jour. Et pour cause !
Au demeurant, je doute fort que cette nécessaire tâche puisse s’accomplir tant que les tenants actuels de l’ordre ancien des choses seront aux rênes du pouvoir sur la terre de nos aïeux. En d’autres termes, la récupération véritable, de notre histoire véritable, passe, elle aussi, par l’avènement du changement réel auquel aspire ardemment le peuple togolais.
Toutefois, et sans prétention aucune, j’ai l’intime conviction que mes propres travaux en la matière vont droit dans la direction souhaitable et souhaitée … N’en déplaise à mes détracteurs.

LETOGOLAIS.COM : Toute dictature tend à se transformer en monarchie. Ainsi après le décès de Gnassingbé Eyadéma, l’armée, pilier du régime, a installé l’un de ses fils au pouvoir. Le sentiment des observateurs de la vie politique togolaise est que l’histoire se répète au Togo : mêmes stratégies de terreur, mêmes méthodes de duplicité et de manipulation. Un des exemples patents est la recommandation de la Commission Dosseh, dite de réflexion sur la réhabilitation de l’histoire du Togo qui recommande que Gnassingbé Eyadéma soit proclamé « père de la Nation ». Que vous inspire cette proposition ?

GODWIN TÉTÉ : Juste dans les lignes qui précèdent, j’ai déjà reconnu que la dictature de Gnassingbé Eyadéma ne saurait, en effet, échapper à la dialectique interne consubstantielle à toute dictature. Alors, d’emblée, sans ombrages, je dis que la proposition de la soi-disant commission Dosseh, tendant à proclamer Gnassingbé Eyadéma « père de la nation togolaise », m’inspire la nausée ; mieux, cette proposition m’inspire la honte, voire la révolte ! C’est comme si l’on nous demande de marcher la tête en bas, les pieds en l’air. Toutes choses étant égales, autant suggérer au peuple allemand de décréter Adolf Hitler « père de l’Allemagne contemporaine ». De grâce ! Un peu de pudeur ! Un peu de dignité ! Un peu de décence !
À vrai dire, cette fameuse commission n’a rien inventé ; elle n’a fait qu’entériner le bon vouloir de M. Faure Gnassingbé et de ses suppôts qui, dès le lendemain du 05 février 2005, ont commencé à appeler le tyranneau Gnassingbé Eyadéma « père de la nation togolaise ». En d’autres mots, l’opération « commission Dosseh » relève, elle aussi, de la mythologie, de la mystification.
À la vérité, qu’est-ce au juste que le « père » d’une nation donnée ? Je ne connais pas de doctrine consacrée à ce sujet. Par contre, nous pouvons avancer des noms acceptés par les peuples respectifs concernés, ainsi que par l’opinion mondiale. À titre indicatif, je citerais, pour les Etats-Unis d’Amérique, la Turquie, l’Inde, l’Egypte, la Chine populaire, le Viet-Nam, le Ghana, la Tunisie modernes : George WASHINGTON, Mustafa Kemal ATATÜRK, Mohandas Karamchand GANDHI (alias Mahatma GANDHI), Gamal Abdel NASSER, Mao Tse TOUNG, Ho Chi MINH, Kwame (Francis) NKRUMAH, Habib BOURGUIBA. Il s’agit donc de figures emblématiques, centrales, principales, de l’histoire de leurs pays respectifs. Le « père » d’une nation donnée est donc un personnage qui a immensément contribué à mobiliser, à organiser, à mettre en branle, à instruire, à guider le peuple de son pays dans sa lutte décisive pour exister, pour acquérir un nom. Alors, qui oserait nier le rôle à Sylvanus Kwami Epiphanio OLYMPIO dans l’histoire du Togo ? !

On dit que notre premier Président démocratiquement élu méprisait nos compatriotes du Nord. Or, sa mère était Mamprusi (lire Mamproussi) ; elle était originaire de la région de Dapaong. Or, aucun humain normal ne méprise les congénères de sa mère. Bien au contraire, s’il avait eu le temps de réaliser, ne fût-ce que le tiers de ses projets de développement, les disparités économiques, sociales et culturelles à nous léguées par notre géographie, notre anthropologie et notre histoire eussent été gommées depuis belle lurette déjà ! Qui plus est, ironie tragique du sort, au moment précis où les patriotes togolais, sous la houlette de Sylvanus OLYMPIO, se battaient pour libérer la terre de nos aïeux du joug colonial français, Gnassingbé Eyadéma, lui, participait aux expéditions coloniales au Viet-Nam et en Algérie …

Par ailleurs, illégal et illégitime qu’il est aux rênes du pouvoir au Togo, M. Faure Gnassingbé n’est aucunement habilité à créer, par décret, une commission chargée de réviser l’histoire de notre pays. En effet, de quelle dose d’intégrité intellectuelle et morale pouvons-nous créditer l’écrasante majorité des membres de la « commission Dosseh » cooptés par un personnage lui-même usurpateur de pouvoir d’Etat ? ! Allons plus loin. Le 27 avril 1960, après avoir proclamé la souveraineté internationale de notre pays, Sylvanus OLYMPIO inaugure le monument de l’indépendance de la terre de nos aïeux. Cet ouvrage, conçu par l’architecte français Georges Coustère, porte, gravés en lui, les mots suivants :

EN HOMMAGE AU PEUPLE DU TOGO
PEUPLE TOGOLAIS
PAR TA FOI, TON COURAGE ET TES SACRIFICES,
LA NATION TOGOLAISE EST NÉE

Dès lors, n’y a-t-il pas lieu, pour tout Togolais patriote, de considérer que sa nation naquit effectivement à cet instant « t0 » où notre monument de l’indépendance fut, pour la première fois, solennellement découvert ?! Nous appartient-il de venir déjuger aujourd’hui nos héros et martyrs qui ont offert leur vie pour que vive le Togo ?! Et qui croyaient intimement avoir, en ce pathétique laps de temps de cette mémorable journée du 27 avril 1960, effectivement porté la nation togolaise sur les fonts baptismaux ?
Oui ! Je hais le « scientisme » douteux tendant à faire croire que la nation togolaise ne serait pas née le 27 avril 1960. Mais alors quelle nation Gnassingbé Eyadéma nous aurait-il dans ce cas laissée ?! Celle que nous avons de nos jours sous nos yeux ?! Avec une ville poubelle en guise de capitale ?!
Soyons sérieux ! L’univers entier nous observe ! Tout le système de gouvernement du « général-président » aura consisté à cultiver la fracture « nord-sud » (essentiellement), à atomiser notre pays pour régner. À opposer telle ethnie à telle autre, telle région à telle autre. Si bien qu’à la date du 05 février 2005 où tomba « le baobab-éléphant », le Togo avait atteint un degré élevé, très élevé de délabrement, de misérabilisme, de déliquescence matériels et immatériels incroyables.
Bref, Gnassingbé Eyadéma aura été pour le Togo une véritable calamité qui a intégralement ruiné, anéanti, englouti la terre de nos aïeux dans un gouffre abyssal. Il ne mérite donc qu’un seul et unique qualificatif, celui de : « GRAND FOSSOYEUR DE LA NATION TOGOLAISE » ;

PEUPLE TOGOLAIS !
LEVONS-NOUS TOUS, COMME UN SEUL HOMME, POUR DIRE NON À LA PROPOSITION EN QUESTION DE LA SOI-DISANT « COMMISSION DOSSEH ». CAR, « QUAND ON REFUSE, ON DIT NON « (Ahmadou Kourouma).


LETOGOLAIS.COM : Un chroniqueur a qualifié Eyadéma de fléau togolais, et d’ajouter après le hold-up électoral sanglant du 24 avril que le clan Gnassingbé est une malédiction pour le Togo, car tout semble se liguer contre le peuple togolais pour maintenir et consolider ce clan au pouvoir. Quel message, le militant que vous êtes peut adresser à tous ceux qui aspirent à la liberté dans leur pays ?

GODWIN TÉTÉ : Au prime abord, il me plaît de souligner la parfaite pertinence de cette analyse qui, du reste, corrobore à merveille tout ce que je viens d’affirmer moi-même.
Oui ! Le clan Gnassingbé est assis sur des avantages colossaux, immenses, qu’il considère comme « acquis » sous le parasol de Gnassingbé Eyadéma. Ce clan estime que lesdits avantages – à l’instar d’un morceau de fromage du bec d’un corbeau – lui tomberaient de la gueule si, d’aventure, il perdait le pouvoir d’Etat. Et il s’accrochera à ce dernier tant qu’il le pourra…
Maintenant, à tous les combattants de la liberté, je souhaite la Bonne Année 2006. Je leur adresse mon fraternel et militant message de courage, de détermination, d’espoir.
La nuit est longue, bien longue ; mais le jour viendra ! (Prophète Esaïe). Et, comme le disait notre grand Kwame (Francis) Nkrumah : « The struggle continues ! ».


LETOGOLAIS.COM : Une question taraude, voire obsède les Togolais, comment faire pour se débarrasser de ce régime ? Que faire selon vous ?

GODWIN TÉTÉ : Que faire ? C’est bel et bien le titre d’un célèbre, fameux ouvrage de Vladimir Ilitch Oulianov (alias Lénine), rédigé à la veille de la révolution bolchevique d’Octobre 1917, pour les besoins de la cause… Dans ce classique du marxisme – léninisme, l’auteur, l’illustre stratège, affirme, entre autres choses, que « sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire ». Dans le même livre, Lénine déclare : « L’organisation décide de tout ! »

Militant de l’Union des Forces de Changement (UFC), je pense que c’est à mon parti en tant que tel qu’il appartient d’arrêter et de mettre en œuvre la stratégie la plus idoine susceptible de permettre la sortie de la terre de nos aïeux du bourbier où l’ont plongée Gnassingbé Eyadéma et ses inspirateurs françafricains depuis le 13 janvier 1963…
Néanmoins, je prends ici la liberté d’avancer quelques idées d’ordre général, tendant à contribuer à l’élaboration et/ou à l’explicitation de cette stratégie.
- Le peuple togolais ayant, par nombre de consultations, confié à l’UFC un rôle de locomotive du train salvateur de notre pays, c’est à ce parti qu’il incombe de jouer pleinement ce rôle. À cet égard, l’UFC se doit de fédérer tous les vrais combattants de la liberté de notre patrie. Toutefois, dans l’absolue impossibilité à concrétiser cette fédération, l’UFC doit amener notre peuple à se ranger derrière elle pour la lutte finale.
Dans tous les cas, « avant de nous unir et pour nous unir, il nous faut nous délimiter délibérément » (V. I. Lénine, in Que faire ?). En d’autres termes, comme au temps du combat pour l’indépendance du Togo, nous devons parvenir à tous prix à l’UNICITÉ morale et politique du LEADERSHIP de notre combat…
- Une fois la stratégie clairement arrêtée, il convient de peaufiner la mobilisation, l’organisation, la formation politique aussi bien des cadres que du peuple lui-même.
- En outre, il s’avère nécessaire de mettre à contribution le peuple lui-même, par des actions concrètes, massives. Car, comme l’enseigne encore Lénine : « La pratique est supérieure à la théorie parce qu’elle nous met directement au contact avec la réalité ». (Cf. idem).
- « Last but not least », eu égard à la place des « Forces Armées Togolaises (FAT) » dans la vie politique de notre pays depuis le 13 janvier 1963, il apparaît impérieux que les combattants togolais de la liberté ACCORDENT à ces « FAT » une RÉFLEXION SYSTÉMATIQUE ET APPROFONDIE, en vue d’éclairer notre lanterne quant à la possibilité de notre sortie du tunnel. Enfin !

Ainsi donc : stratégie appropriée, mobilisation, organisation, formation adéquates des cadres et des militants à tous les niveaux, actions populaires concrètes, massives et incessantes, médiatisation efficace et permanente de notre Cause, telles me semblent les quatre indispensables roues du Char de notre combat salvateur.


LETOGOLAIS.COM : On connaît votre fibre panafricaniste ; après de très longues années de militantisme et d’engagement pour la cause de l’Afrique, quel regard portez-vous sur la situation sociale économique et politique du Continent ?

GODWIN TÉTÉ : Il ne s’agit pas seulement d’une simple « fibre ». Je suis un panafricaniste incurablement convaincu. Peu de temps après mon arrivée en France en 1947, j’ai eu le privilège de lire la plaquette de Kwame Nkrumah intitulée « Towards colonial freedom », que le grand leader venait de publier à Londres juste avant de rentrer en Gold-Coast (aujourd’hui Ghana) prendre la direction du mouvement anticolonialiste de son pays. Je trouvai, j’ignore de nos jours comment, une copie de la version française de cet opuscule préparée par notre aîné Fofo François Amorin, sous le titre « Vers la libération des pays coloniaux ». Et c’est depuis lors que je suis devenu panafricaniste.
À la vérité, l’Afrique, dont le charcutage fut entériné à la fameuse conférence de Berlin (fin novembre 1884/début février 1885), ne se relèvera jamais, au grand jamais, sans remédier à ses tares géopolitiques, géoéconomiques, géoculturelles et géostratégiques héritées de Berlin. À ce propos, j’ai consacré un ouvrage à l’historique du panafricanisme, édité par l’Harmattan en deux tomes, en 1995 : « Marcus Garvey, père de l’Unité africaine des Peuples ».
Des fois, lorsque tout seul, je contemple l’affligeant spectacle de la scène politique, économique, sociale et culturelle de l’Afrique de nos jours, de chaudes larmes me tombent des yeux…Je ne désespère point cependant d’un avenir lumineux pour le Continent : berceau de l’Humanité qui m’a vu naître. Au demeurant, par-delà le panafricanisme, et tel un Albert EINSTEIN, je me considère comme un citoyen du monde. Oui ! Je crois que c’est encore Vladimir Ilitch Lénine qui a dit quelque part : « Peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme rapproche de la patrie ».


LETOGOLAIS.COM : Vous venez de fêter votre soixante dix huitième anniversaire et vous gardez « bon pied, bon œil », quels enseignements pouvez-vous transmettre à vos compagnons et à tous ceux qui vous appellent affectueusement « Fo Kobli », « Atavi »

GODWIN TÉTÉ : Je suis effectivement né le 16 janvier 1928. Mon père, qui tenait à la scolarisation de ses enfants mâles comme à la prunelle de ses yeux, notait scrupuleusement les dates de naissance desdits enfants. Mes sœurs, quant à elles, n’allaient nullement à l’école. Elles étaient placées chez des tantes, des cousines, voire des sœurs aînées, pour devenir de bonnes épouses, de braves maîtresses de maison.
« Kobli » est un sobriquet qui m’est resté collé à la peau depuis mes premiers lustres en France. Ce vocable signifie « Nègre authentique ». « Atavi », lui, veut dire « petit oncle paternel ». Si j’ai réussi à garder « bon pied, bon œil », je crois pouvoir conjecturer que c’est probablement parce que, hormis le travail : seul domaine où j’ai une propension à exagérer quelque peu, je n’ai jamais abusé d’aucune des délices du monde des hommes…Sous cet angle, dans toutes les traditions initiatiques spiritualistes, le tout premier enseignement, le plus fondamental des anciens, consiste à exhorter l’impétrant en ces termes-ci : « Digne néophyte ! Evite de brûler la chandelle par ses deux bouts à la fois ! » Que ceux qui ont des oreilles entendent !

Je remercie, une fois de plus, les responsables du site « letogolais.com », d’avoir eu l’amabilité de me tendre le micro.


Propos recueillis le 1er février 2006 à Paris

La rédaction letogolais.com

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