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LIBERATION - 11/10/2005 Imprimer | Envoyer | Réagir

Togo : agression contre un journaliste Dimas Dzikodo


Dimas Dzikodo a été roué de coups pour avoir dénoncé la corruption.

Par Thomas HOFNUNG


Drôle de conception de la réconciliation nationale au Togo. Depuis son élection contestée à la tête de ce petit pays d'Afrique de l'Ouest, en avril, le président Faure Gnassingbé répète à l'envi qu'il souhaite tourner la page des trente-huit années de règne autoritaire de son père, le général Eyadéma, décédé en février. Mais à Lomé il ne fait pas bon critiquer son régime. Le journaliste indépendant Dimas Dzikodo a failli en faire les frais définitivement.

Dimanche soir, après avoir bouclé la dernière édition de son magazine, le Forum de la semaine, il regagne son domicile à moto lorsqu'il est renversé par des inconnus circulant eux aussi sur un deux-roues. A terre, il est roué de coups de gourdin. Ses agresseurs aspergent son visage de gaz lacrymogène et tente de le forcer à ingérer un produit non identifié. Alertés par ses appels au secours, des voisins accourent, obligeant le groupe à décamper. Sur place, un pistolet automatique et des munitions sont ramassés par les badauds. Le corps couvert d'ecchymoses, Dimas Dzikodo a été hospitalisé, mais ses jours ne seraient pas en danger.

Pour les sympathisants de l'opposition à Lomé, cette agression est «signée». Francis Pedro Amuzun, le président de l'Observatoire des médias, note : «De simples voleurs n'auraient pas essayé d'empoisonner leur victime, avant d'emporter son matériel informatique...» Alors que le dialogue politique est au point mort à Lomé, l'attaque visant le patron du Forum de la semaine est interprétée par les observateurs comme le signe d'une radicalisation du pouvoir. «On veut effrayer les gêneurs pour les inciter à quitter le pays», indique un opposant. Selon ses confrères, Dimas Dzikodo aurait eu le tort d'avoir évoqué récemment les trafics qui pullulent sur le port de Lomé, sous l'autorité du clan au pouvoir. Hier, cette agression a, toutefois, été condamnée par les autorités.

Malgré un scrutin contesté, la communauté internationale, aiguillée par Paris, veut croire que Faure Gnassingbé saura démocratiser son pays. Les événements de ces derniers mois lui ont, jusqu'ici, donné tort. Mais selon un diplomate à Lomé, le Président s'apprêterait «dans les tout prochains jours» à relancer le dialogue national.

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