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LIBERATION - 04/05/2005 Imprimer | Envoyer | Réagir

Togo : les urnes du désastre


Depuis la présidentielle, violences et représailles, se succèdent entraînant un exode.


Par Thomas HOFNUNG

Encouragé et salué par la communauté internationale, notamment par Paris, la présidentielle du 24 avril devait théoriquement sortir le Togo de la crise politique ouverte par la mort du général Gnassingbé Eyadéma, le 5 février. Les informations qui filtrent au compte-gouttes de l'intérieur du pays démontrent, au contraire, que cette élection a provoqué une vaste déflagration dans l'ancienne colonie française. Loin de se limiter à Lomé, les incidents qui ont éclaté le jour même d'un scrutin entaché de fraudes massives, avant de redoubler deux jours plus tard lors de la proclamation de la victoire de Faure Gnassingbé, ont touché tout le pays.

Représailles. Craignant pour sa sécurité, un journaliste proche de l'opposition s'est réfugié chez sa famille à Kpalimé, à environ 130 km au nord de Lomé, dans la région des Plateaux, acquise aux adversaires du régime. Joint par téléphone, il témoigne sous le sceau de l'anonymat : «Les affrontements entre les jeunes de l'opposition et les forces de l'ordre ont démarré dès le dimanche 24 avril et se sont poursuivis jusqu'au samedi suivant dans les villages environnants.» Selon cette source, les jeunes auraient décapité le chef de la gendarmerie dans la localité voisine d'Adeta. En représailles, les forces de sécurité ont exécuté cinq civils sur le champ. Non loin de là, à Dayes, trois militaires auraient également été liquidés dans des conditions atroces. Pour tenter d'entraver la répression menée par l'armée et des milices proches du pouvoir, les insurgés ont saboté un pont entre les localités de Kpalimé et d'Adeta.

En l'absence d'enquête indépendante, tout bilan humain demeure aléatoire. L'opposition évoque «une centaine de morts» à l'échelle du pays. Un bilan qui, aux yeux de certains observateurs, pourrait être en deçà de la réalité. «Le directeur du principal hôpital de Kpalimé, un proche du régime, refuse de donner la moindre information», indique le même témoin. Les Nations unies, qui souhaitaient se rendre sur place, n'ont pas reçu les autorisations nécessaires de la part du pouvoir à Lomé. Seul le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a envoyé une mission dans la région des Plateaux. Mais, soumis à une obligation de réserve, il se refuse, pour le moment, à tout commentaire.

De passage trois jours après le scrutin à Atakpamé, plus au nord, un membre de l'opposition joint dans la capitale togolaise parle de «désastre» : «Il y a des dizaines de blessés, mais personne pour les soigner. Les hôpitaux et les morgues sont saturés. La nuit venue, tout le monde se terre chez soi. Les forces de sécurité ratissent la zone. De nombreux jeunes ont fui en brousse, d'autres essaient de passer au Ghana.»

Répression. D'après les chiffres fournis par l'Union européenne à Lomé, 17 000 personnes auraient trouvé refuge au Bénin, 4 000 au Ghana. Un observateur étranger parle de «mouvements pendulaires» : «Le jour, les gens retournent chez eux, mais la nuit ils dorment dans les églises ou dans les hôpitaux.» Selon lui, ce sont les miliciens armés par le régime qui auraient mené l'essentiel de la répression dans cette zone.

Les villages reculés de la région des Plateaux demeurent coupés du monde. A Atakpamé, notre source dit craindre le pire : «En brousse, les jeunes s'en prennent aux populations allogènes.» Autrement dit aux Kabiyés, l'ethnie du clan Eyadéma, qui soutient massivement le pouvoir. Originaire du nord du Togo, cette communauté est minoritaire dans le centre. «J'ai vu des dizaines de maisons brûlées.» De leur côté, traqués par le régime, les membres de l'opposition se cachent. Les radios privées ont été fermées. «Toute la région a payé un lourd tribut humain», résume un observateur indépendant. Et la spirale de la violence n'en est peut-être qu'à ses débuts.

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