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SIDWAYA - 27/04/2005 Imprimer | Envoyer | Réagir

Togo/présidentielle : Le plus dur commence !


mercredi 27 avril 2005.

Les résultats provisoires de l’élection présidentielle togolaise donnent Faure Gnassingbé, le candidat du RPT, vainqueur avec 60,22 % des suffrages. Une victoire, qui loin d’être celle du "peuple togolais" comme l’a prétendu le directeur de campagne de Gnassingbé-fils, ouvre pour le pays, une ère trouble et complexe, voire "suicidaire".
Tous les "togolo-pessimistes" avaient retrouvé un semblant d’espoir après le "communiqué final" qui avait sanctionné la rencontre tripartite Obasanjo - Faure - Gilchrist Olympio tenue à Abuja lundi dernier. Dudit communiqué, il ressortait en effet que les deux "patrons" de la classe politique togolaise avaient convenu de la mise en place d’un "gouvernement d’union nationale" à l’issue des résultats du scrutin du 24 avril et cela quel que soit le vainqueur de cette consultation électorale.

Las, dès le lendemain, Gilchrist Olympio déclarait qu’il n’avait pris "aucun engagement" politique ou moral à Abuja et que l’issue du scrutin déterminerait sa conduite et celle des militants de la coalition qui soutenait Emmanuel Bob Akitani, son "supplétif" à cette élection. Du coup, l’action préventive du Sommet d’Abuja ne pouvait plus prévaloir, ce que les manifestations post-proclamation des résultats, sont venus confirmer.

Aussitôt les résultats connus en effet, des jeunes partisans de l’opposition se sont déployés dans les rues de Lomé, érigeant des barricades dans différents quartiers de la ville et enflammant la rue loméene.

Une violence qui n’est pas nouvelle et qui est symptomatique de la colère qui s’est emparée de tout un peuple depuis le coup d’Etat "constitutionnel" opéré par Faure Gnassingbé, le 5 février dernier.

Sous la pression de la rue et de la communauté internationale, le fils Eyadéma avait dû reculer, appelant dans la foulée, à l’organisation d’une élection présidentielle. Dans le même temps, et comme pour légitimer sa victoire inéluctable, il entreprenait des tournées auprès de certains chefs d’Etat africains, en vue de se faire admettre dans le sérail.

Un pompier nommé Obasanjo ?

Principaux chefs d’Etat courtisés dans le cadre de cette tournée, Blaise Compaoré, Omar Bongo Ondimba et surtout, Olusegun Obasanjo, le président en exercice de l’UA. Un Obasanjo qui dès le 5 février 2005, sera partisan de la fermeté envers Faure et ses affidés, sommés de retourner à la "légalité républicaine". Par la suite, Obasanjo avait été plus que courroucé par la désinvolture avec laquelle Faure avait traité la délégation de haut niveau de la CEDEAO mandatée par le Sommet de Niamey pour rencontrer les autorités togolaises.

Depuis, il tenait Faure à l’œil, ce qui explique la cour assidue que ce dernier lui a fait au cours de ce deux derniers mois.

Avec le compromis politique d’Abuja, l’optimisme revenait donc, même si l’analyse de la situation concrète obligeait à la réserve. C’est peu de dire que la rupture est consommée entre protagonistes d’une classe politique déchirée par des haines "ancestrales" et des ressentiments qui se sont cristallisés au fur et à mesure que le régime de terreur d’Eyadéma-père faisait de victimes essentiellement sudistes au sein de la population.

Car, le plus grave au Togo, c’est que le camp qui était jusque-là aux affaires, n’a rien laissé, même pas des miettes aux exclus de la table du Seigneur. Dans cette occurrence, ces derniers rongeaient leur frein, attendant leur heure, mais, l’ombre pesante et effrayante du dictateur empêchait toute protestation.

Longtemps maintenu dans l’obscurité et faisant preuve du pusillanimité par moments, le peuple togolais semble enfin être sorti de sa "longue nuit". "Nous ne voulons pas de Faure, fusse-t-il un rénovateur", entend-on dire souvent à Lomé. "La révolution jaune (entendez la victoire d’Emmanuel Bob Akitani) doit avoir lieu", n’ont cessé d’affirmer les leaders de la coalition des six partis qui soutenaient Akitani. La main tendue de Gnassingbé-fils après sa victoire, risque donc de rencontrer le vide, et le Togo comme nous le disions dans notre édition d’hier, est dans une zone de haute insécurité.

Président de l’UA et partisan de la fermeté depuis le début, Olusegun Obasanjo apparaît plus que jamais comme l’homme à même de faire sortir le Togo de l’impasse.

Aidé de ses pairs de la sous-région et avec la caution morale des USA (la France est vue d’un mauvais œil au Togo), il lui appartient d’expliquer à Faure et à ses séides que "la démocratie bananière finira par la guerre civile".

Comme ceux-ci ont le pouvoir d’Etat et le monopole de la violence qui va avec, et qu’ils ont peur pour leur survie, il faudrait peut-être songer à une loi d’amnistie qui mettrait les anciens bourreaux à l’abri de leurs victimes d’hier.

Une amnistie qui loin d’être amnésiante, permettrait de faire l’inventaire du défunt régime, de réparer les torts et de réconcilier les Togolais entre eux.

Comme la Côte d’Ivoire en 1999, le Togo a besoin de ses frères africains en 2005. Avant qu’il ne soit trop tard et pour lui et pour la sous-région qui mettrait du temps à se relever d’une seconde guerre civile en moins de cinq ans.

Il y a urgence, messieurs.

Boubakar SY
Sidwaya

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