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JA_L'INTELLIGENT - 25/03/2005 Imprimer | Envoyer | Réagir

Bob Akitani: L’homme qui défie le pouvoir


par CHRISTOPHE BOISBOUVIER

Après Eyadéma, en 2003, Emmanuel Akitani Bob, porte-drapeau de six partis de l’opposition, affrontera son fils Faure Gnassingbé à la présidentielle du 24 avril.

Est-ce un hasard ? Depuis sa désignation comme candidat unique à la présidentielle du 24 avril prochain par six partis de l'opposition, Emmanuel Akitani Bob est attaqué de toutes parts. D'abord sur son âge. « C'est un homme du passé. Entre un vieil homme de 74 ans et un jeune cadre de 39 ans comme Faure Gnassingbé, les Togolais feront vite leur choix. Chez nos voisins béninois, on ne peut même pas être candidat après 70 ans ! » lâche un conseiller de Faure Gnassingbé, le candidat du pouvoir. Autre reproche : « C'est un candidat par procuration. Il est la marionnette de Gilchrist Olympio qui ne peut pas se présenter faute de certificat de résidence. D'ailleurs, c'est parce qu'il est mou et obéissant qu'il a été choisi », dit un membre du gouvernement de transition.

Au fond de lui-même, Akitani Bob doit regretter le bon temps de 2003. Cette année-là, il était déjà en lice à la présidentielle. Mais comme il était peu connu et que personne ne se doutait qu'il arriverait officiellement deuxième - derrière Gnassingbé Eyadéma - avec 33 % des voix, tout le monde l'épargnait. Aujourd'hui, c'est la curée. Sans doute parce que, cette fois, le premier vice-président de l'Union des forces du changement (UFC) est soutenu - jusqu'à nouvel ordre - par les deux autres poids lourds de l'opposition : Yawovi Agboyibo, du Comité d'action pour le renouveau (CAR), et Léopold Gnininvi, de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA). Bref, Emmanuel Akitani Bob n'est plus un ovni. Aujourd'hui, ses adversaires le prennent au sérieux, voire le redoutent. Et soudain, ce personnage de l'ombre voit tous les projecteurs se braquer sur lui.

À la ville, l'homme qui défie le pouvoir est un tranquille retraité, catholique pratiquant, marié et père de cinq enfants. Mais à y regarder de plus près, le personnage n'est pas banal. Son nom est déjà une curiosité. Pourquoi « Bob » ? « Parce que c'est le nom de mon père, répond l'intéressé. Mon père était un tailleur illettré d'Aného, dans le sud-est du Togo. Quand j'étais petit, on m'appelait donc Emmanuel Bob. Quand je suis arrivé en France, en 1947, mes frères aînés m'ont dit que ça ne faisait pas sérieux. Ils m'ont donc donné le vrai patronyme de la famille, Akitani. Mais à mon retour à Lomé, les amis ont continué de m'appeler Bob. Alors... » Son métier non plus n'est pas très courant dans le monde politique. À sa naissance en 1930, le petit Emmanuel ne trouve pas la fortune dans son berceau. Mais à l'école laïque de Lomé, il est le surdoué qui résout les équations en un clin d'oeil et rend verts de rage ses petits camarades. Bourse pour la France. Lycée Henri-IV à Paris. Maths sup. Grande école d'ingénieur. Premier emploi au Sénégal pour British Petroleum. Puis une longue carrière à Lomé aux mines et à la géologie. En fait, le porte-drapeau de l'opposition togolaise est avant tout un scientifique. « Ma formation a fait qu'on ne blague pas avec la vérité », dit-il. Et douze années d'études en France, ça marque. « C'est la France qui m'a donné une bourse, et ça, je ne peux pas l'oublier », reconnaît-il. L'homme qui avoue parler mal anglais n'est pas le dirigeant de l'UFC le plus hostile à la France.

Mais ce qui caractérise le plus Emmanuel Akitani Bob, c'est sa fidélité à la mémoire de Sylvanus Olympio, le premier président togolais assassiné le 13 janvier 1963. Fidélité à l'idéal d'une véritable indépendance à l'égard de l'ancienne puissance coloniale. Fidélité à l'homme Olympio. C'est en 1951, au palais de Chaillot, à Paris, que les deux hommes se rencontrent pour la première fois. Ce jour-là, le futur chef de l'État vient plaider la cause de l'indépendance du Togo devant une Assemblée des Nations unies. Le jeune Akitani Bob soutient son combat au sein de la fameuse Fédération des étudiants d'Afrique noire en France (FEANF), la pépinière des futurs hommes d'État du continent. Très vite, l'étudiant matheux devient un familier du grand tribun. À son retour à Lomé, fin 1960, il est reçu dans la maison familiale du président Olympio, en bord de mer. Et c'est là qu'il rencontre le fils, Gilchrist. « C'était en 1962. Gilchrist avait 26 ans. Et moi 32. Nous avons tout de suite sympathisé », se souvient-il.

Après le 13 janvier 1963, cette fidélité est mise à l'épreuve. Rudement. Dans les mines et la géologie, le jeune Akitani Bob a le meilleur CV sur la place de Lomé. Naturellement, le nouveau chef de l'État, Nicolas Grunitzky, lui propose un ministère. Il refuse. Il reste dans l'administration, mais il entre dans la direction clandestine du parti du défunt président Olympio. Le 21 novembre 1966, il est d'ailleurs le seul des quatorze membres de cette direction qui s'oppose à une alliance de circonstance avec le colonel Étienne Eyadéma pour renverser Grunitzky. « Les militaires et nous, nous ne parlons pas le même langage », plaide-t-il. Quand Eyadéma prend le pouvoir, un an plus tard, il ne bouge pas. Il ne demande rien et ne reçoit rien. Aucune proposition. Le nouveau maître de Lomé sait trop bien à qui il a affaire. Seule exception : en 1981, il est pressenti pour prendre la direction de l'Office togolais des phosphates. Il refuse obstinément. Le ton monte. Deux ans plus tard, il est mis à la retraite. « J'ai eu des occasions de ne pas me laisser corrompre », dit-il aujourd'hui en riant. Sans vouloir en dire plus. L'homme est pudique. Un observateur togolais résume : « Il ne traîne pas de casseroles. »

Bien sûr, après 1963, Akitani Bob n'est pas le seul compagnon de Sylvanus Olympio qui reste fidèle à sa mémoire. Le docteur Atidépé est emprisonné et torturé à plusieurs reprises. À la conférence nationale de 1991, il est au premier rang des opposants. Mais, le 5 mai 1992, il est tué dans l'attentat contre Gilchrist Olympio en essayant de protéger son chef de file des balles des tueurs. Akitani Bob, lui, a plus de chance... C'est d'ailleurs cette année-là que l'ingénieur retraité commence à se faire un nom. Il est nommé vice-président du tout nouveau parti UFC. Au lendemain de la présidentielle de 1998, il manifeste contre l'interruption brutale du dépouillement des bulletins de vote. La police charge. Crâne ouvert, bras cassé. Il est hospitalisé pendant deux semaines.

De par son passé, Emmanuel Akitani Bob est donc devenu l'ami par excellence. « Je l'admire », dit Gilchrist Olympio qui l'appelle « Fo Bob » - « Grand frère Bob », en langue mina. « J'ai une immense affection pour lui », répond « Bob ». Cela dit, chacun sait que les sentiments ne font pas bon ménage avec la politique. « J'ai choisi Akitani parce qu'il n'avait pas de concurrent sérieux », dit Gilchrist Olympio avec une certaine franchise. En fait, le président de l'UFC l'a sans doute désigné parce que c'est un modéré. Pas un grand tribun. Pas une boule d'énergie comme Jean-Pierre Fabre ou Patrick Lawson. Mais un homme aux allures de vieux sage qui peut rassurer. « C'est vrai. D'ailleurs, on m'appelle la force tranquille », dit l'intéressé. Mais plus encore Gilchrist Olympio l'a choisi parce qu'il a confiance en lui plus qu'en tout autre personne. Si le candidat de l'opposition gagne, il devra jouer serré. Dissoudre la Chambre, organiser des législatives, modifier la Constitution, et organiser éventuellement une nouvelle présidentielle où Gilchrist Olympio pourra se présenter. Or ce scénario de la présidentielle anticipée ne peut se faire que si Akitani Bob ne prend pas goût au pouvoir. À Lomé comme partout, personne n'a oublié la trahison de Jacques Chirac par Édouard Balladur à la présidentielle française de 1995. Gilchrist Olympio pense-t-il que ce scénario peut se reproduire à ses dépens au Togo ? « C'est possible, répond le président de l'UFC. Mais notre parti s'est construit dans l'adversité. Il est structuré, et je doute très fort qu'Akitani fasse quelque chose qui n'est pas prévu dans le programme du parti. » En clair, Gilchrist Olympio se dit que, si Akitani Bob n'a pas trahi en 1963, à l'âge de 33 ans, il n'y a pas de raison qu'il le fasse à 74 ans...

Décidément, l'âge du candidat Akitani Bob est sur toutes les lèvres à Lomé. Quand on demande à l'intéressé s'il n'est pas trop vieux, il s'anime aussitôt : « Je suis en pleine forme. Il y a deux ans, j'avais un problème de prostate, mais j'ai été opéré l'an dernier, et, à présent, tout va bien. D'ailleurs, je suis prêt à affronter Faure Gnassingbé dans un duel radiotélévisé, s'il est d'accord. » Reste que quelques esprits malicieux se demandent si Gilchrist Olympio n'a pas choisi un septuagénaire précisément pour qu'il ne s'incruste pas au pouvoir...

publié le 20 mars 2005 dans L'INTELLIGENT

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