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LE MESSAGER - 07/03/2005 Imprimer | Envoyer | Réagir

Togo: Le putsch constitutionnalisé


Par DANIEL RIM

"Quand il m'a téléphoné, parce qu'il me considérait comme son père pour me demander ce qu'il devait faire, je lui ai dit justement, comme je l'aurais dit à mon propre fils : " Il faut laisser organiser les élections, comme le prévoit la constitution. Vous êtes Togolais, vous vous portez candidat. Vous avez le plus grand parti du pays ; vous avez l'armée avec vous ; vous avez le gouvernement. Vous allez gagner dans la légalité constitutionnelle. "

Substance des propos d'Abdoulaye Wade, président du Sénégal, déclamés avec une certaine colère mal contenue, à Radio France Internationale, après le nouveau coup d'Etat militaire du 5 février 2005, qui a porté Faure Gnassingbé Eyadéma au pouvoir à Lomé, le soir même de la mort en plein ciel (que le ciel ait son âme !) de son père Etienne, le tout premier putschiste et assassin de président de l'Afrique des Indépendances, en 1963.

On n'aurait peut-être jamais eu connaissance publique de ces " sages " conseils d'un vieux connaisseur des moeurs politiques africaines à l'orphelin d'Eyadéma, si les tripatouillages abracadabrants opérés sur la constitution togolaise par l'héritier putschiste et ses souteneurs franco-togolais n'avaient complètement " versé la figure de l'Afrique par terre " (selon la savoureuse expression ivoirienne pour parler de la honte faite à quelqu'un ou à un groupe).

On n'aurait jamais su qu'un éminent avocat démocrate, opposant de quarante ans devenu président de la République d'un Etat africain de la manière la plus " clean " qui soit, avait émis l'idée et le conseil d'un soutien de l'armée pour gagner une élection. Réalisme de visionnaire sans doute ? Mais quand même !

En lâchant du lest par doses homéopathiques sans parvenir à desserrer rapidement l'étau initial de la communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) soutenue par l'Union africaine et la " communauté internationale ", le putschiste héréditaire a fini par se rendre en consultation chez deux autres amis de feu son père, Albert Bernard Omar Bongo Ondimba et Mouammar El Kadhafi, deux " démocrates " de droit divin comme l'Afrique n'en compte que de rares spécimens authentiques. Qui ont su mettre leurs propres progénitures sur orbite pour la succession après un règne interminable, le jour où celui-ci finirait par finir, par la faute de Allah. Ils ont dû, à coup sûr, répéter au successeur naturel du Togo le même conseil que Papa Wade.

Bébé-putschiste a tout compris maintenant. Il s'est donc débarrassé de ce qui, apparemment, lui restait encore d'inconstitutionnel. Il avait " accepté " le pouvoir et essayé de le conserver jusqu'à l'expiration du mandat de papa, puis pour 60 jours seulement en toute bonne foi, en toute abnégation, " au nom de l'Intérêt Supérieur de la Nation ". Au nom de ce même " Intérêt Supérieur " de cette même Nation, et avec la même abnégation et la même bonne foi, Fiston démissionne de la présidence de l'Assemblée nationale/présidence de la République par intérim (comme les Etats-Unis, l'Union européenne, l'Union africaine, la Cedeao et d'autres le vociféraient dehors et dedans), après y avoir fait installer, en toute inconstitutionnalité validée, un valet différent du président de la République. Ce dernier, bloqué opportunément hors des frontières, n'était plus sûr pour la suite des opérations

Le Fils de son Père s'est fait " élire " entre-temps chef du Grand Parti de Papa et candidat naturel à la présidence de la République. Comme le lui avait conseillé Tonton Abdoulaye. Les sous-marins, assez visibles feront le reste, comme prévu par le même Wade, et Bébé Doc sera demain, à 99, 100 %, le président " légal et constitutionnel " du Togo. Alors qu'il devrait se trouver en prison ou au moins en procès pour avoir porté atteinte à la loi fondamentale et occasionné mort d'hommes. Allez dire !

Evidemment, le scénario arrange davantage et parfaitement les intérêts de la famille, de la tribu et des amis de papa. De Jacques Chirac à Kadhafi, en passant par Bongo et tous ceux qui n'aiment guère le désordre et l'inconnu, ceux qui sont eux-mêmes parvenus au pouvoir légal par la force des armes, ceux qui s'y maintiennent par la force de la fraude ou de l'exclusion, et ceux qui préparent leurs propres gosses à la succession sans heurts, " dans l'intérêt supérieur de la Nation "

Bien joué, non ? D'autant plus qu'au Togo, le fameux " retour à la stricte légalité constitutionnelle " en vigueur le 5 février 2005 signifie du même coup le maintien de l'exclusion, pour cause d'exil, du candidat de l'opposition qui aurait eu le plus de chance de contrecarrer les desseins présidentiels d'Eyadéma Junior, c'est-à-dire en l'occurrence, et comme par hasard, un Olympio, Gilchrist, le fils de celui-là même qu'Eyadema Père, le sergent-général des colonies, a assassiné de ses " propres " mains en 1963 à Lomé (comme il l'a avoué lui-même à un journaliste), avant de revenir, quatre ans plus tard, par un second putsch, s'installer pour de bon, une quarantaine d'années durant, à la tête de l'Etat ensanglanté.

Grâce aux vieux routiers des coups d'Etat militaires et électoraux africains et de leur " ami personnel " de l'Elysée, Gnassingbé Faure est bien parti sur les pas de son géniteur : putsch, recul tactique, habillage démocratique. Et voilà ! La Cedeao et l'UA se sont souvenues à temps qu'elles n 'étaient toujours que des syndicats de chefs d'Etat ; elles ont conclu un deal avec le pouvoir de fait (accompli), et elles ont lâché les pauvres Togolais sur la route des revendications légalistes et démocratiques, obligeant l'ami Alpha Oumar Konaré, le fougueux et jusqu'au boutiste président de la Commission de l'Union, à ravaler son zèle pour les principes.

Le coup d'Etat passera donc au Togo, comme il est passé en Centrafrique. Malgré les rodomontades hypocrites.


Le Messager (Douala)
7 Mars 2005

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