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RFI - 26/02/2005 Imprimer | Envoyer | Réagir

Faure Gnassingbé recule pour mieux sauter


Face aux pressions internationales, le président auto-investi Faure Gnassingbé a renoncé vendredi au fauteuil présidentiel dans lequel l’avait installé l’armée à la mort de son père, Gnassingbé Eyadéma. Il s’est exprimé tard dans la soirée expliquant que le parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple togolais (RPT) lui avait «fait le double honneur de [l’]élire à sa présidence et de [l’]investir comme candidat à la présidence de la République» pour le scrutin prévu «dans les prochaines semaines». En attendant, l’intérim présidentiel est confié au vice-président de l’Assemblée nationale, Abbas Bonfoh, et non point à Fambaré Natchaba, son président destitué pour faire place à Faure Gnassingbé. Le tout a néanmoins été accueilli par un concert de soulagement international tandis que l’opposition togolaise dénonce un «jeu de dupes» et exige une concertation politique.


Evoquant le scrutin présidentiel rapproché que lui et son clan entendait contourner avec les tripatouillages constitutionnels du 6 février, Faure Gnassingbé s’est affiché magnanime mais non moins confiant dans sa prochaine légitimation au pouvoir. «Afin de garantir la transparence de cette élection, son équité, et de donner les mêmes chances à tous les candidats, j’ai décidé de renoncer au poste de président de l’Assemblée nationale assurant provisoirement les fonctions de président de la République», a-t-il déclaré à ses concitoyens saisis par la nouvelle télévisée, à l’heure du coucher. «Il appartiendra à la représentation nationale d’élire son nouveau président pour exercer les fonctions de président de la République», à titre «provisoire», a-t-il ajouté. L’unique chambre d’un Parlement dominé par le RPT n’a pas tardé à désigner un homme du sérail, Abbas Bonfoh, jetant en même temps Fambaré Natchaba dans les oubliettes du coup de force.

Sortie de tunnel diplomatique

L’avenir permettra peut-être d’élucider la disparition brutale de Fambaré Natchaba des allées d’un pouvoir qu’il a arpenté des décennies durant avec un zèle remarquable. Le temps du fils n’est visiblement plus celui du père et du reste, la maison Eyadéma aussi se lézardait ces dernières années. Toujours est-il que son éviction apparemment définitive n’a pas été relevée comme un vice de forme dans le retour à l’ordre constitutionnel immédiatement salué par la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Celle-ci a rouvert ses bras à Lomé sitôt l’annonce de Faure Gnassingbé faite urbi et surtout orbi. Dans son discours «à la Nation», ce dernier n’a en effet pas manqué de préciser qu’il «souhaite vivement que la communauté ouest-africaine et la communauté internationale soient à [ses] côtés pour garantir l’organisation d’élections libres, transparentes et honnêtes». Sans reconnaissance internationale, la victoire qu’il attend ne serait en effet qu’un demi-échec.

Le président de la Cedeao, le chef de l'Etat nigérien, Tandja Mamadou, s’est fendu d’un communiqué pour «relever l'esprit de sagesse, de responsabilité et de sacrifice dont ont fait montre les autorités togolaises à travers cette décision qui permet au Togo de retrouver la place qui est la sienne au sein de la communauté». Il devrait se rendre au Togo très vite pour des rencontres tous azimuts afin «d'appuyer le processus engagé en vue d'une sortie rapide de la crise». Dans l’immédiat, il demande que le mécontentement international –qui s’est traduit par des sanctions et des critiques africaines, européennes, américaines et onusiennes– se transforme, sous l’effet «la décision qui vient d'être annoncée par les autorités togolaises», en un «appui aux efforts qui vont être engagés dans ce cadre pour le retour à l'ordre constitutionnel normal au Togo». Conjuguée au soulagement exprimé par la France, l’Afrique du Sud, l’Union africaine ou l’ONU, cette position ouest-africaine marque en effet la sortie du tunnel diplomatique pour Faure Gnassingbé. Reste pour lui à transformer l’essai. De quoi inquiéter ceux qui aspirent au changement. D’autant que le simple jeu d’un retour à la Constitution pose également problème, en vertu de son contenu restrictif concocté pour écarter certains compétiteurs.

«Ce qui s'est passé au Togo était un coup d'Etat, déguisé sous des apparences de démocratie et nous sommes heureux que Faure Gnassingbé ait finalement pleinement pris la mesure de ce qui était en train de se passer», déclare la porte-parole de l’Union africaine, Remi Oyo, qui voit là un «retour à la démocratie». La Cedeao renchérit, estimant que «l'élection de M. Abbas Bonfoh comme président de l'Assemblée nationale et président par intérim du Togo constitue une avancée positive qui permet le retour total à la légalité constitutionnelle». Au total, le système que l’opposition dénonce depuis des années vient donc de retomber sur ses pieds, permettant en quelque sorte à Faure Gnassingbé de capitaliser sur la base de l’adage : «faute avouée est à moitié pardonnée». Bon élève des doyens de la région, Faure Gnassingbé, «le jeune homme m'a résumé la situation quasiment chaque jour et la nuit dernière il m'a annoncé qu'il renonçait», a, par exemple, confié le président en exercice de l’UA, le chef de l’Etat nigérian, Olusegun Obasanjo. «C'est une victoire pour le peuple du Togo, pour la Cedeao, pour l'Afrique et le monde», ajoute sa porte-parole qui conclut: «Pour le président du Nigeria, ceci démontre que toute l'Afrique peut se lever ensemble pour défendre une même cause». Bref, les apparences sont sauves.

Le RPT, un parti imbattable ?

Pour sa part, Faure Gnassingbé est sans doute parfaitement sincère lorsqu’il lance: «Le RPT est un parti qui excelle dans l'adversité. Le RPT est un parti qui excelle dans les périodes difficiles et c'est un parti imbattable». La machine du pouvoir fonctionne bien en effet et Abbas Bonfoh en a été l’un des principaux rouages tout au long de ces trois dernières semaines riches en rebondissements, au grand dam de l’opposition. «Ce que nous voulons est un bloc et non des pièces éparses. Nous voulons le rétablissement de la légalité constitutionnelle et l'installation de Natchaba dans ses fonctions de président intérimaire», déclare Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l’Union des forces de changement (UFC), le parti de Gilchrist Olympio. Bête noire du pouvoir, victime d’un attentat au Togo en 1992, ce dernier est exclu de la course présidentielle par la Constitution qui exige des candidats dix mois de résidence dans un pays où sa sécurité est menacée. «L'élection de Bonfoh est nulle et sans effet, c'est le coup d'Etat qui se poursuit», estime Jean-Pierre Fabre.

Rassemblée dans une coalition de six partis, l'opposition réclame «un accord politique consensuel, garantissant des élections libres et transparentes, avec la participation de tous les partis», mais surtout bien sûr de tous les candidats. Selon la coalition de l’opposition, cet accord politique –conforme aux engagements pris précédemment par le régime Eyadéma vis-à-vis de l’Union européenne–, devrait avoir pour objectif «l’organisation de la période transitoire». Selon l’opposition, cette période devrait comporter notamment la «mise en place d’un gouvernement de transition, la recomposition de la Cour constitutionnelle, de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication et des autres institutions appelées à intervenir dans les processus électoraux», mais aussi «l’élaboration d’un cadre électoral consensuel garantissant des élections libres, transparentes et sans exclusion».

En attendant, l’opposition a manifesté samedi à Lomé pour dénoncer un «jeu de dupes» à usage international et réclamer une attention tout aussi internationale à ses revendications. Ailleurs dans la capitale, des manifestants arboraient des tee-shirts flambant neuf frappés d’un «Faure Gnassingbé pour le renouveau». «Il y a un temps pour les luttes politiques et les conflits d’intérêts. Il y a un temps pour la paix des coeurs, la tolérance et la réconciliation. Ce temps est arrivé» a déclaré Faure Gnassingbé sur un ton très présidentiel. En son temps, son père avait sifflé «la fin de la récréation».


Monique Mas
Article publié le 26/02/2005
Dernière mise à jour le 26/02/2005 à 17:43 (heure de Paris)



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