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LE PAYS - 22/02/2005 Imprimer | Envoyer | Réagir

Démocratie en Afrique : le glas des dictateurs ?


L'Afrique a une chance d'apprivoiser son destin et de tenter de le façonner enfin dans le sens de son bien-être. Sur le plan politique, une génération de leaders, intransigeants sur les principes démocratiques, sont aux affaires et entendent impulser positivement le cours de l'histoire.

La crise togolaise a confirmé la détermination de ces dirigeants à ancrer définitivement le continent sur un socle démocratique, de gré ou de force. Sans l'ombre d'une hésitation, Alpha Oumar Konaré, Olusegum Obasanjo et Abdoulaye Wade ont fermement condamné la farce togolaise, entraînant avec eux les chefs d'Etat habitués à tergiverser avec les questions de gouvernance. D'abord pris pour des rêveurs, les trois mousquetaires ont réussi à imposer la loi de la fermeté, même à Jacques Chirac, le principal allié occidental du régime togolais.

Encore que dorénavant, l'Afrique doit régler ses problèmes internes sans forcément attendre l'avis des capitales occidentales qui ne pensent qu'à leurs intérêts. Washington, Paris ou Londres n'agissent qu'à l'aune de calculs géostratégiques immuables. La preuve, Eyadéma a pu tenir un aussi long règne grâce à ses amis français qui ont poussé le zèle jusqu'à vouloir remettre en cause les sanctions européennes. Et même que c'est Charles Debbach, un éminent constitutionnaliste français, qui fut la muse de Faure Gnassingbé et qui lui a inspiré la modification farfelue de la Constitution. L'Afrique peut-elle éternellement compter sur de tels "amis" ? En tout cas, le peuple togolais, qui a supporté pendant toutes ces années l'omnipotence de Eyadéma, a sa réponse : non. En brûlant un drapeau aux couleurs de la France et en brandissant des slogans anti-Chirac, au cours de la grande manifestation de samedi dernier, il affiche clairement ses intentions : il n'a plus besoin de cette France complice de la dictature pour l'aider à sortir des griffes du clan Gnassingbé.

La responsabilité de la CEDEAO et de l'Union africaine s'en trouve, de ce fait, accrue, dans la gestion de la période transitoire au Togo. Avec la première vague de sanctions (interdiction de voyager, rappel des ambassadeurs, embargo militaire), la CEDEAO fait déjà preuve d'une détermination louable. Elle n'a plus le droit de reculer. Les manoeuvres du rejeton de Eyadéma ne doivent pas la divertir. Elle doit même étudier, d'ores et déjà, la possibilité de passer à la phase supérieure, si Faure Gnassingbé persistait à rester sourd aux interpellations de son peuple et de la communauté internationale. Il est impérieux que la CEDEAO réussisse dans sa mission d'instauration d'un Etat de droit du Togo. Il y va de sa crédibilité et de sa capacité à faire respecter, dorénavant, ses directives.

Le Togo est donc un test pour l'ensemble des démocrates de la sous-région. D'où l'importance d'un engagement franc de la société civile et du personnel politique aux côtés des dirigeants. Le défi, au-delà, de l'Afrique de l'Ouest, est continental. Si la graine de la démocratie pousse bien au Togo, ce pourrait être le début d'une ère plus prospère pour l'Afrique, dont divers pays demeurent encore dans la tourmente de l'instabilité politique. Et surtout, la CEDEAO et l'UA réussiraient à dissuader tous les apprentis dictateurs à s'aventurer dans les raccourcis tels que les putschs.

A ce sujet, l'Union européenne serait d'une contribution précieuse à la naissance d'une Afrique responsabilisée, avec pour point de départ le Togo. L'UE, pionnière dans la contestation des pratiques anti-démocratiques du Général Eyadéma, connaît bien le terrain. Et ce ne serait pas de trop, que de lui demander de parachever enfin l'oeuvre qu'elle a entreprise depuis plus d'une décennie. Dans tous les cas, la quête démocratique est un idéal universel recherché par tous les peuples. Autant elle a aidé à briser les murs et à fermer les goulags en Europe de l'Est et dans d'autres régions du monde, autant l'UE sera d'un secours certain à la construction de véritables Etats de droit en Afrique. Pourvu que tous les Africains eux-mêmes le veuillent. Mais le flot des aspirations vers la démocratie est si fort qu'à la longue, il emportera tous ceux qui osent l'affronter ou le défier.



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