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ALLAFRICA - 18/02/2005 Imprimer | Envoyer | Réagir

Pr GNININVI: "La population ne se laissera pas faire"


Par Venance Konan

Depuis le décès du Président Eyadéma, le 5 février 2005, sa succession continue de faire des vagues. Déjà quatre morts lors des manifestations de l'opposition dont un leader crie son indignation.

M. Gnininvi, est-ce que vous aviez prévu ce qui s'est passé à la mort du président Eyadema ?

Je redoutais depuis très longtemps le moment de la disparition du général Eyadema. Je lui en avais même parlé en juillet dernier. Je lui avais dit qu'à la fin d'un règne aussi long, le pays est immanquablement exposé à l'éclatement, à des dérapages, parce qu'on finit par créer beaucoup de frustrations, de mécontentements, et il y a beaucoup de problèmes mal réglés. Parce que les gens n'osaient plus, et cela devient des bombes à retardement. Je lui avais dit de tout faire pour régler un certain nombre de contentieux avant éventuellement son départ. Et je lui ai cité malheureusement l'exemple de notre pays frère la Côte d'Ivoire. Au delà de tout ce qu'on peut rapporter comme causes immédiates, il y a d'abord cette cause historique. On ne peut pas diriger comme ça un pays pendant des décennies, sans l'exposer à des dangers. Notre préoccupation était de trouver comment gérer cette situation au mieux. Et voilà que le scénario qui a été monté par je ne sais qui est tellement gros, grotesque, provocateur et tellement insultant pour la population qu'aujourd'hui toutes les dérives sont possibles.

Vous vous attendiez à ce qu'on propose son fils ?

Je dis que le montage est trop grossier. La rumeur avait circulé. Mais je ne voyais pas cette forme-là. C'est tellement anachronique que je me dis que ceux qui ont conçu ce plan, ou bien sont des incapables, ou bien veulent délibérément se moquer de nous, nous insulter. Il n'y a aucun raffinement. Moi je pensais que ce serait à la suite d'élections truquées, mais non. Dans la même journée, ce garçon est ministre. Il devient député, président de l'Assemblée, président de la république. Mais non, mais non ! Un peu plus de raffinement et d'intelligence dans les montages !

Au point où on en est aujourd'hui, vous pensez qu'il serait prêt à revenir en arrière ?

Je crois que pour sauver ce pays, pour sauver les individus qui ont conçu ce plan aussi, il faut qu'ils reviennent en arrière et le plus tôt sera le mieux. Je ferai tout autour de moi pour qu'il n'y ait aucun désir de jugement, de sanctions, parce qu'on peut mettre sous le coup de l'émotion ce qui s'est passé. Effectivement, quelqu'un qui vient de perdre son père connaît des moments difficiles. Donc on peut mettre tout cela sur le coup de l'émotion et appeler tout le monde à la clémence. Et si ce garçon veut être candidat à la présidence de la république, il sera libre de se présenter.

C'est votre position personnelle ou celle de toute l'opposition togolaise ?

Je crois qu'elle est largement partagée par les responsables de l'opposition togolaise. Il faut qu'on arrive à faire partager cette position par l'ensemble des Togolais, à savoir que ce n'est pas la vengeance qui nous importe, mais faire en sorte que ces personnes-là reviennent dans les rangs.

Concrètement, ce que vous proposez est que M. Natchaba assure la transition et organise les élections dans les soixante jours et que M. Gnassingbé retourne où il était ?

Nous ne sommes pas d'accord avec ce qu'on appelle aujourd'hui notre constitution, parce qu'elle a été trafiquée, frelatée dans tous les sens, mais, une chose qui est permanente, parce qu'elle n'a pas été modifiée par rapport à notre propre constitution adoptée par référendum en 1992, c'est le fait que, en cas de vacance du pouvoir, c'est le président de l'Assemblée nationale qui assure l'intérim et qui organise les élections pour le successeur.

Est-ce qu'on peut appliquer à la lettre toutes les autres dispositions de la constitution et du code électoral pour aller aux élections dans les soixante jours ?

Je ne crois pas. Mais je ne veux pas provoquer la confusion dans les esprits en développant tous ces points-là. Le premier point doit être clair pour nous. Le retour à l'ordre constitutionnel signifie que le président de l'Assemblée nationale assure l'intérim. Quand il s'agira d'aller aux élections, nous savons tous que nous avons démonté en pièces détachées la constitution et le code électoral et nous n'avons pas encore remonté les pièces. Donc il va falloir un temps pour que tous nous fassions l'assemblage pour avoir des instruments opérationnels pour organiser les élections.

Mais dans l'immédiat, que comptez-vous faire pour que ce pouvoir qui apparemment veut s'accrocher retourne d'où il est venu ?

La population ne se laissera pas faire. 38 ans d'un tel régime, personne n'est prêt à recommencer l'expérience. Un régime de coup de force, de non droit, nous n'en voulons plus. Les gens sont exaspérés. Tout ce que nous voulons est que ce retour à l'ordre constitutionnel se fasse le plus tôt possible, pour nous éviter les dérapages qui sont sous-jacents, que ce soit en terme de tribalisme ou de xénophobie. Nous ne voulons pas cela, et si nous ne faisons pas vite, ces problèmes remonteront à la surface. Il y a eu deux journées ville morte, et la manifestation de samedi qui s'est soldée par des orts.

Ne craignez-vous pas que la population ait peur de redescendre dans la rue ?

Je souhaite cela, puisque c'est ce que les putschistes ont anticipé et croyaient. Mais malheureusement, la preuve est faite ; les Togolais ont préféré mourir tout de suite plutôt que de mourir à petit feu avec les vexations et la misère économique. Donc vous souteniez la manifestation de samedi. Je ne fais pas que la soutenir. J'en étais responsable. J'ai appelé à la manifestation de samedi et c'est moi qui ai parlé à la population pour lui demander de se disperser. Je suis l'un des organisateurs de la manifestation. Les autorités ont dit qu'elles allaient lancer une enquête et poursuivre les organisateurs de la manifestation. Lesquelles autorités ?

Celles qui sont là. Des autorités de fait qui sont hors la loi. Y a t il une union au niveau de l'opposition ?

La manifestation de samedi a été appelée par six partis d'opposition qui se sont déjà retrouvés depuis un certain nombre de jours en créant une coalition et je pense que dans les jours à venir, la dénomination, le sigle, les objectifs seront connus du public. M. Edem Kodjo nous a dit qu'il n'y a pas de contact entre vous. Est-il mis à l'écart ?

Disons qu'il ne s'est pas trouvé dans le groupe et c'est le groupe qui s'est retrouvé qui a fonctionné. Mais le groupe est ouvert et je commence déjà à recevoir des candidatures pour entrer dans ce groupe.

Qu'attendez-vous de la communauté internationale et singulièrement des Etats africains ?

Les Etats africains pour une fois se sont prononcés sans ambiguïté. Je crois que les contre exemples nombreux dans la région les ont tellement sensibilisés qu'ils ont réagi au quart de tour. Ils se sont dit « pas encore ça au Togo». Il y a une dizaine d'années les troubles se déroulaient en Afrique centrale. On se croyait à l'abri. Mais il y a eu le Liberia, la Sierra Leone, la Côte d'Ivoire, donc on voit nos pays exploser comme ça de proche en proche. Du coup, ils ont été très vigilants cette fois-ci. Donc, ce message sans ambiguïté, de fermeté a peut-être un peu surpris les gens, mais c'est un instinct de conservation et c'est eux-mêmes qui voyaient un peu leur cas à travers celui du Togo. L'union africaine aussi a réagi vigoureusement et presque toute la communauté internationale aussi. Je ne voudrais pas que certains Etats entretiennent des ambiguïtés, quitte à nous mettre tous en difficulté.

Vous faites allusion à la France ?

Je ne fais allusion à personne. Il y a une délégation du pouvoir de fait comme vous dites qui est allée à Niamey le samedi, et il semble que le président Tandja a réitéré le message de la CEDEAO, et ils disent ici qu'ils se référeront à M. Faure Gnassingbé. Selon vous qu'est-ce qui devrait se faire ? Je conseille très sincèrement à M. Faure Gnassingbé pour qui j'ai beaucoup d'affection de se soustraire à l'influence malsaine qui s'exerce sur lui, et de se rendre compte qu'on l'a induit en erreur. Comme je le disais, je suis prêt à oeuvrer pour qu'une solution de clémence et dans l'honneur soit trouvée. Pour lui et pour les militaires qui semblent agir dans l'ombre ?

Pour lui et pour ceux qui agissent dans l'ombre. Je ne suis pas sûr que ce soit exclusivement des militaires. Ne craignez-vous pas que l'armée dont on dit qu'elle est composée en grande majorité de Kabyè, l'ethnie du défunt président, refuse radicalement de se retirer de la scène politique ?

Je refuse cette formulation d'une réalité, parce que certaines réalités doivent être tenues sous secret, on ne peut en parler dans les alcôves. Lorsque vous en parlez sur la place publique, vous mettez le feu aux poudres.

Ce qui nous réjouit est que ce n'est pas ce réflexe que l'on observe dans l'armée. Les gens ontcompris que Kabyè ou pas, les années qui vont venir seront sombres pour nous tous. Nous allons encore retomber dans ce cycle de sanctions et ce sera encore la misère. Quelle que soit l'ethnie de x ou de y, tout le monde sait qu'il y a un problème premier, la paix civile et l'espace pour que les activités économiques se déroulent normalement dans un Etat de droit. C'est ce réflexe qui prime pour le moment, et c'est pourquoi je souhaite qu'une solution intervienne rapidement pour ne pas réveiller d'autres instincts bas qui pourraient s'exprimer en dehors du vrai problème. Par le passé on avait accusé l'opposition togolaise d'avoir pêché par trop d'extrémisme. On a dit par exemple qu'après la conférence nationale l'occasion d'abattre le régime Eyadema était là mais l'oppositiona échoué parce qu'elle a été trop intransigeante. Ne craignez-vous pas qu'une nouvelle intransigeance puisse vous faire échouer à nouveau ?


Qu'est-ce qu'on appelle intransigeance ?

Pour changer de régime, il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. On est en dictature ou en démocratie. Certains ont parlé de "démocrature». Non, soyons sérieux. Ce qui s'est passé à la conférence nationale, je l'ai regretté dès le jour de l'ouverture de la conférence. C'est moi qui étais le responsable du collectif des forces démocratiques à l'époque et le jour de l'ouverture, j'ai vraiment été déçu. Il aurait suffi que le chef de l'Etat prononce quelques paroles seulement et le cours des choses aurait changé. Je le regrette vraiment. Donc là aussi il n'y a pas de demi-mesure. On revient à l'ordre constitutionnel ou on n'y revient pas.

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