Samedi 24 Juin 2017

Contactez-nous

Recherche :

Actualités

A la une

Editorial

Societe

Regions

Diaspora

Carnet

Politique

Economie

Sante

Education

Culture

Sports

Afrique

International

Repères

Opinions-debats

Revues de presse

Interviews

Portraits

Annonces

Emplois

Immobilier

Divers

Services

Archives

Newsletters

Abonnement

Publicite

Espace reserve

Qui sommes-nous ?

LE FIGARO - 14/02/2005 Imprimer | Envoyer | Réagir

L'opposition togolaise veut paralyser le pays


TOGO La manifestation de samedi à Lomé contre le «coup d'Etat» du président investi Faure Gnassingbé a fait trois morts

La capitale togolaise Lomé était calme hier au lendemain de la manifestation de l'opposition pour protester contre le «coup d'Etat» du président investi Faure Gnassingbé au cours de laquelle trois manifestants avaient été tués. Lomé avait son aspect habituel des dimanches avec une circulation normale de véhicules, seuls quelques éléments des forces de l'ordre étant disposés aux principaux carrefours de la ville. Dans le quartier populaire de Bê, fief de l'opposition où s'est déroulée la manifestation, ne subsistaient que les traces des émeutes de la veille sévèrement réprimées par les gendarmes et les militaires. L'opposition veut cependant maintenir la pression sur le nouveau régime en profitant du mécontentement de la communauté internationale qui réclame le retour de l'ordre constitutionnel. Six partis ont appelé à une grève générale aujourd'hui.
[14 février 2005]


La question posée par le cas togolais est, somme toute, assez simple : après trente-huit années vécues sous la férule d'un «père de la nation» omniscient et omniprésent, une satrapie de brousse est-elle vouée à rester figée de toute éternité ?

A en croire les derniers événements, la réponse n'est pas évidente. Les manifestations de protestations organisées samedi dernier par l'opposition contre le coup d'Etat ayant porté au pouvoir Faure Gnassingbé, le fils de l'ex-président Eyadema, offrent en effet une autre alternative : l'explosion brutale.


Durant ces manifestations, tous les responsables politiques tenus pour modérés furent privés de parole. Seuls purent s'exprimer l'armée et les jeunes qui, chacun dans leur rôle, semblèrent rejouer un scénario bien établi. Mais il y eut quelques nuances. Car le temps n'est plus à l'espérance, mais au désespoir et à l'abattement. A la hargne, aussi. A la rage, surtout.


Alors, quand vers 8 heures samedi matin, les autorités militaires annoncèrent que la manifestation était interdite, il ne fallut que quelques minutes pour qu'une véritable insurrection embrase le quartier de Bê, traditionnel bastion de l'opposition dans la capitale togolaise. «Nous n'avons même pas pu parler, explique un homme d'affaires togolais ayant évacué à grand-peine un responsable politique de l'opposition. Les forces de l'ordre ont lancé des lacrymogènes et, immédiatement, le feu a pris.»

Dans les minutes qui suivirent, des barricades furent dressées et les pierres se mirent à voler.


Les quelques milliers de protestataires déjà réunis se dispersèrent, affolés. Presque aussitôt, des nuées de jeunes hurlant contre la dictature s'emparaient des multiples ruelles boueuses de Bê et se lançaient dans la révolte, au grand dam des politiques incapables de contrôler ce mouvement. Et ce fut violent, hargneux, désespéré, rageur. Les gendarmes, puis l'armée et, enfin, le régiment para-commando (RPC), la garde prétorienne au béret rouge du régime, furent des cibles. Ce n'était pas un simple jeu du chat et de la souris, mais un affrontement. Il ne s'agissait pas de se faire peur, ni même de se toiser, mais de se battre. Toutes les rues et ruelles furent bloquées, des dizaines de barricades érigées et des pneus enflammés à tous les coins et carrefours. Dans une atmosphère enfumée, acre, piquante, sur fond d'épaisse chaleur et de poussière, Lomé se mit à prendre une allure de radeau ivre.


Et la colère des jeunes, de ces moins de 35 ans, la plupart du temps au chômage et représentant 60% de la population de la capitale togolaise, se dressait contre trois cibles. Contre Eyadéma fils, traité d'usurpateur, contre l'armée togolaise, perçue comme le rempart d'un régime, et contre Jacques Chirac, dont l'amitié proclamée avec le général Eyadéma a – c'est un euphémisme – choqué.


Samedi, il ne faisait pas bon s'afficher Français. Aux barricades dressées à la va-vite, les jeunes posaient la question : «Tu es français ?» et, aussitôt, ils menaçaient. A plusieurs reprises, ils voulurent «brûler le Français» : «Donne ton essence, criaient-ils enfiévrés au chauffeur, on en a besoin». Il fallut parfois frapper. Et ces scènes ne se sont pas déroulées au coeur du quartier de Bê, inaccessible, mais à la lisière, là où la fièvre n'était pas la plus forte.


En milieu d'après-midi, les affrontements s'estompèrent. Il y eut trois morts et plusieurs blessés, dont des militaires. Un bilan lourd. D'autant plus lourd qu'il est l'illustration même de cette incapacité qu'ont les modérés à s'imposer sur la scène.

Faure Gnassingbé, ce successeur autoproclamé, souvent présenté comme un homme ouvert par ses proches et même parfois par l'opposition, est resté tout au long du week-end dans l'ombre, comme s'il n'était pas le véritable maître du bateau dont, paraît-il, il tiendrait les commandes.


Quant à l'opposition, privée de tout dialogue et tenue en marge, elle n'en peut mais. «Deux dangers guettent le pays, note Léopold Gnininvi, leader du CDPA, un des principaux partis d'opposition. La montée du sentiment anti-français que l'on ne parvient pas à contrôler chez les jeunes et le tribalisme. Il faut éviter cela avant qu'il ne soit trop tard. Que des intellectuels tarés ou des gens frustrés s'en emparent et toutes les frustrations accumulées risquent d'exploser. La population étouffe. Elle étouffe depuis trop longtemps...»

LE FIGARO

Imprimer | Envoyer par email | Réagir à cet article

Page précédente
DERNIERES DEPECHES
Togo : Jean-Pierre Fabre dit NIET à Faure Gnassingbé
Ouverture vendredi à Yaoundé d’une réunion des pays de la zone franc
Togo : 35 milliards de francs CFA de bons de trésors vont être émis sur le marché de l’UEMOA
Togo : Un nouveau Cahier des charges pour Togocel pour améliorer ses réseaux G2/G3
Espace CEDEAO: Le Togo s’oppose à la limitation des mandats présidentiels à deux !
Togo: l’OIF rend son rapport sur l’organisation de l’élection du 25 avril
Présidentielle au Togo: dix jours pour régler les derniers problèmes
Togo: Présidentielle reportée au 25 avril à cause du fichier électoral bidonné ?
Togo: les fonctionnaires en grève
L’élection au Togo s’invite en justice à Bruxelles
Les autres dépêches...



OPINIONS-DEBATS

TOGO: JE DIS BRAVO, PRINCE GNASSINGBé! NON SEULEMENT PAR IRONIE...
En refusant de signer le protocole des chefs d'État portant limitation du nombre des mandats présidentiels à deux, protocole qui a cependant recueilli l'accord de 8 chefs d'État sur 10, Gnassingbé n'a rien révélé de neuf, ni de sa personnalité, ni de ses intentions que nous, je veux dire un certain nombre de Togolais, ignorerions. Je dis bravo ! non seulement par ironie, mais aussi parce qu’il aurait pu user d’hypocrisie et de la fourberie qu’on lui connaît et signer le protocole, pour n’en jamais tenir compte, comme tant d’autres fois. Par Sénouvo Agbota ZINSOU


PORTRAITS

TOGO-RéPRESSIONS MILITAIRES : QUI A TUé ALABI NADJINOUDINE ?

INTERVIEWS

LAURENT BIGOT, DIPLOMATE LIMOGé POUR AVOIR PRéDIT LA CHUTE DE COMPAORé
C’était il y a deux ans, en juillet 2012 : le diplomate français Laurent Bigot a fait scandale en annonçant la chute de Blaise Compaoré. Après le Burkina Faso, y aura-t-il d’autres pays où la jeunesse se révoltera ? Le cas du Togo nous vient immédiatement à l’esprit. Le clan Gnassingbé, ça fait près de 47 ans qu’il est au pouvoir.


REVUES DE PRESSE

FAURE GNASSINGBé: LE DIALOGUE à LA BOUCHE, LES ARMES ET GOURDINS CLOUTéS EN MAINS
De père en fils, le régime des Gnassingbé, ce clan qui a pris en otage le peuple togolais, n’a pas changé. Ni dans sa nature, ni dans ses méthodes de conservation du pouvoir à tout prix. Et pourtant, au lendemain du décès d’Eyadéma, suivi quelques heures plus tard de l’installation de Faure Gnassingbé au pouvoir par un quarteron d’officiers, et surtout après la parenthèse de sang de 2005, un brin d’espoir était né auprès d’une frange de la population. A raison, étant donné l’extrême jeunesse du successeur du vieux dictateur au pouvoir et plus encore de son discours sur sa volonté de trancher avec l’ère ancienne.


DOSSIERS

Togo: Les forces armées togolaises et le dispositif sécuritaire de contrôle (1&2)

La constitution togolaise (1)

La constitution togolaise (2)

La constitution togolaise (3)