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LETOGOLAIS.COM - 28/11/2004 Imprimer | Envoyer | Réagir

Togo : Quand l’opportunité devient un gouffre financier


Le Burkina Faso a accueilli le 26 novembre 2004, le sommet de la Francophonie. Le budget alloué à l’organisation de cette manifestation a fait l´objet d’une grande transparence qui laisse espérer que le Burkina profitera au mieux de l’opportunité qui lui a été ainsi offerte. Un constat qui rappelle douloureusement que le Togo n’a pas su profiter et s’est même fait spolier dans l’organisation d’une manifestation similaire : le 36e sommet de l’Union africaine en 2000. Retour sur un gouffre financier dont les Togolais sont, comme d´habitude, les seuls à pâtir.


Le Pays des Hommes Intègres a accueilli le 10e Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement des pays ayant en commun l’usage de la langue française. Des représentants de 56 Etats étaient présents, le 26 novembre dernier, à cette grand-messe de la Francophonie, à Ouagadougou, la capitale burkinabé. Le budget de la manifestation est estimé à 7 milliards de F CFA. L’opération a été rondement menée grâce à une campagne claire et crédible des autorités du Faso auprès des pays donateurs. Les retombées économiques et sociales attendues sont nombreuses et devraient apporter aux populations de ce pays un surplus de bien être, finalité normale de toute politique de coopération et de développement. Surtout pour une manifestation dont le thème central est le développement durable.

Mais en a t-il été ainsi quand notre cher pays a accueilli une manifestation similaire ? En août 2000, le Togo a été l’hôte de la 36e session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union africaine (UA), alors Organisation de l’Unité africaine (OUA). Il serait intéressant, comme cela se fait chez nos voisins, que le gouvernement togolais indique clairement les sources de financement de cette grande manifestation et son coût réel. Car le sommet s’est tenu mais il laisse un gouffre financier à la charge des contribuables togolais. Ainsi coté jardin, nos hôtes sont repartis satisfaits et convaincus que le peuple togolais a un sens légendaire de l’hospitalité, une capacité d’organisation exceptionnelle. Et qu’il dispose désormais d’un autre produit d’exportation à faire valoir sur le marché international, « un sens inné de l‘organisation». Coté cour, des zones d’ombre, en termes économiques et financiers, demeurent et méritent d’être éclaircies.

25 MILLIARDS GASPILLÉS

Le sommet de l’OUA aurait coûté aux Togolais la bagatelle de près de 25 milliards de F CFA. Comment peut-on expliquer que quatre ans après le Togo, le Gouvernement du Burkina mène une opération similaire à moins du tiers de la somme engloutie par les autorités togolaises, et sans alourdir le portefeuille de sa dette, ni obérer les finances publiques. Signalons que dans le cas de ce sommet de la Francophonie, les autorités du Burkina ont fait converger l’ensemble des dons sur les comptes du Trésor Public National. Certes, le gouvernement togolais à l’époque du sommet de l’OUA a fait des efforts pour contenir les dégâts, car il faut signaler que le budget initial de cette opération se chiffrait à près de 48 milliards selon les évaluations faites par le Comité d’organisation au mois de mai 2000. Comment dans un pays pauvre sous sanctions peut s’autoriser ce laxisme financier, pour engager des dépenses aussi pharaoniques et asymétriques au regard des moyens du pays ?

Qu’est-ce qui justifie que, là où les prestations en francs constants coûtent 1 F CFA au Faso, elles aient coûté au Togo plus de 3,57 F CFA ? L’écart de coût qui va du simple à plus du triple, abstraction faite de l’érosion monétaire, mérite qu’on s’y attarde un peu pour tenter de comprendre les dysfonctionnements qui sont à l’origine de cette dérive inacceptable mais habituelle au Togo. D’abord la réhabilitation de l’Hôtel de 2 février, le financement serait venu de la Libye et se chiffrerait à plus de 15 milliards de F CFA, transformé par la suite à une participation de ce pays dans le capital de cette institution dont le contrôle échappe désormais au Togo et revient à la Libye, qui l’intègre dans sa chaîne hôtelière Corenthia. Il s’agit ni plus ni moins d’une opération de privatisation sans appel d’offres, donc réalisée gré à gré et dont l’exclusif soumissionnaire de fait est la Société d’Investissement de la Libye.

UNE PERTE SECHE

Là où le Burkina gagne un nouveau complexe hôtelier, le Togo perd ce qui fut jadis le fleuron de l’industrie touristique du pays et le prestige attaché à un symbole politique de la lutte des pouvoirs publics contre l’impérialisme international. On croirait à s’y méprendre qu’il s’agit là encore d’une braderie du patrimoine national. On se souvient, également, que dans la perspective de ce sommet, le gouvernement togolais, au travers des mesures fiscales incitatives, a mobilisé des opérateurs économiques et des personnes privées pour construire sur un site, qui servait auparavant de champ de maïs, une cité de l‘OUA. Le gouvernement, il n’y a pas longtemps, a déclaré que ce projet, pourtant initié et géré par lui-même, a été un fiasco total. La chose est si rare que l’on se doit de la relever et l’encourager, à moins qu’il s’agisse d’une manœuvre de diversion.

Dans le même registre, le Togo a acquis dans le cadre de ce sommet 423 „mobil home“, connu sous le nom de Ageco, du nom de son fournisseur « Alliance de gestion commerciale », dont le siège social est à Macon, en France. Ce fournisseur fut introduit, aux plus hautes autorités, par un certain Mahout, directeur général de la Société Savo. En effet ces 423 conteneurs chambres étaient destinés à la presse internationale dont les représentants n’ont pas exprimé un grand enthousiasme pour tenter l’expérience. Coût de cette acquisition : 3, 5 milliards de F CFA. Adoboli Koffi, l’ancien Premier Ministre du Togo, a fulminé en vain. Il n‘a rien pu faire contre ce rouleau compresseur. Le marché a été attribué de gré à gré et le fournisseur a encaissé sans peine le montant de sa facture. Quel a été le sort de ces conteneurs à l’issue du Sommet ? Après un long séjour sur le parvis de l’Hôtel de 2 février, ils ont été revendus à une entreprise en Afrique Centrale, par l’entremise d’un certain Montoya installé au Togo, et le produit de la vente couvre à peine 10% de la valeur d’achat. Bref autant de milliards partis en fumée !

LE DROIT A L’INFORMATION... POUR LES TOGOLAIS AUSSI !

S’agissant du transport des officiels, la Libye et le Nigeria auraient gracieusement mis à la disposition du Togo, des voitures type Mercedes Benz avec des chauffeurs, comme notre pays le faisait lorsque le Garage Central était équipé et riche de ces belles limousines. Sous prétexte que les conducteurs affectés à ces véhicules n’étaient pas francophones, on décida de faire appel au Sieur Mahout, l’apporteur d’affaires des Ageco, pour la fourniture de véhicules de marque Peugeot 607. La location, pour trois jours de prestations, a coûté un milliard de F CFA. Ces véhicules ont quitté le Togo après le Sommet pour être revendus dans les pays voisins. L’heureux gagnant du Jackpot qui a rencontré Dame Chance au Togo n’a pas oublié de laisser quelques-unes de ces limousines à ses associés tropicaux. A noter qu’il est possible de trouver auprès du constructeur français des véhicules de cette cylindrée à 25 millions, l’unité, prix départ usine. Le Togo aurait pu aujourd’hui être l’heureux propriétaire d’un parc automobile d’une cinquantaine de Peugeot 607.

Au terme de ce pénible voyage dans les comptes ténébreux du sommet de l’UA, Il y a lieu de s’interroger sur comment un pays en crise, un pays lourdement endetté et sous sanction peut-il s’autoriser à consacrer l’équivalent du budget annuel des ministères de l’Education et de la Santé à l’organisation d’un seul évènement? Ces 25 milliards auraient pu couvrir cinq mois de l’ensemble des salaires des agents de l’Etat, des boursiers et des pensionnaires. Ils auraient pu financer l’achat d’anti -rétroviraux dont plusieurs de nos compatriotes ont besoin pour résister dignement aux affres du Sida. Nos premiers responsables doivent s’expliquer et éclairer les victimes de la crise et les prolétaires, que nous sommes, à notre corps défendant, tous devenus au Togo.

Apres le silence assourdissant sur les affaires récurrentes de la drogue et du blanchiment, l’odyssée du navire „Pietra“, bénéficiaire d’un pavillon de complaisance, il est temps que le droit de regard des citoyens sur la gestion de la nation puisse être respecté. La cohésion sociale est à ce prix.


La rédaction letogolais.com

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