Dimanche 26 Mars 2017

Contactez-nous

Recherche :

Actualités

A la une

Editorial

Societe

Regions

Diaspora

Carnet

Politique

Economie

Sante

Education

Culture

Sports

Afrique

International

Repères

Opinions-debats

Revues de presse

Interviews

Portraits

Annonces

Emplois

Immobilier

Divers

Services

Archives

Newsletters

Abonnement

Publicite

Espace reserve

Qui sommes-nous ?

LETOGOLAIS.COM - 15/06/2004 Imprimer | Envoyer | Réagir

M. Adoté AKWEI (Président LTDH)


* AKWEI Adoté Gandhi, Président de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH)

Entretien réalisé à Paris le 15 juin 2004 par Franck EKON

Quelques jours après la publication du rapport de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) qu’il dirige et après avoir assisté à Paris à la présentation des conclusions de la mission de la FIDH, AKWEI Adoté Gandhi revient pour letogolais.com, sur les grands axes de la problématique des droits de l’homme au Togo.


« NOUS NE SOMMES PAS SORTIS DE L’ARBITRAIRE ! »


LeTogolais.com : Vous avez récemment publié un rapport sur la situation des droits de l’homme au Togo. Peut-on parler de régression ou de stagnation en l’occurrence ?

M. AKWEI Adoté : Je voudrais d’abord faire une mise au point : il s’agit effectivement de deux rapports qui se présentent comme suit : le premier rapport est celui sorti par la LTDH sur la situation globale au Togo le 27 mai, renouant ainsi avec la tradition des rapports par les organisations de défense des droits de l’homme. Rapports annuels sans lesquels ces organisations perdent leurs repères ou même leur crédibilité. Ce rapport a été présenté le 27 mai à Lomé. Le second rapport a été fait conjointement avec la FIDH que nous avons invitée expressément à Lomé en février. Nous avons voulu que des yeux étrangers aussi aillent voir sur le terrain ce qui se passe en matière de droits de l’homme. C’est celui présenté en conférence de presse le 09 juin dernier. Lorsqu’on parle des droits de l’homme au Togo, il est difficile de répondre par oui par non à certaines questions comme celle que vous insinuée. La question de la liberté de presse par exemple. Juste après le 14 avril 2004 considéré comme la date de référence à partir de laquelle le Togo s’est engagé devant l’Union Européenne, le Ministre de la Communication a pris l’initiative de convoquer une commission de rédaction d’un nouveau code de la presse en remplacement de l’ancien décrié. Le travail a été fait et de l’avis général le texte est recevable mais depuis qu’il a été transmis aux autorités pour étude et adoption, les choses n’ont guère évolué et on apprend que certains membres de l’Assemblée Nationale rechignent à adopter ce texte. Les médias d’Etat continuent de constituer des arènes de lynchage médiatique des leaders de l’opposition sans que ces derniers aient accès à ces médias pour un droit de réponse. Les journalistes de la presse privées quant à eux sont encore victimes de harcèlement comme le montre l’exemple de ces deux journalistes passés à tabac lors des derniers événements sur le campus universitaire le 03 mai dernier. Toutes ces situations sont révélatrices d’une régression et d’un recul incontestable. Il est question aujourd’hui pour nous de voir le gouvernement prendre le taureau par les cornes et de donner des signaux forts à partir desquels les togolais et la communauté internationale peuvent s’assurer de sa bonne volonté d’aller de l’avant.


LeTogolais.com : La FIDH confirmant les grandes lignes du rapport publié par la Ligue, considère que l’arbitraire est la caractéristique principale de l’équipe qui dirige le pays depuis toutes ces années…

M. AKWEI Adoté : Il faut toujours partir des constats sur le terrain et c’est ce que nous avons fait. Aujourd’hui en l’absence d’une justice libre et indépendante affirmer que le Togo est régi par l’arbitraire est l’évidence même. Porter plainte contre une personnalité proche du pouvoir est pratiquement vain. Tous ceux qui ont été victimes de violations ou de brimades par l’Etat ne peuvent pas demander réparation. Le 12 janvier dernier le fameux dossier de Tengué Komi qui a été retrouvé mort dans la cour du commissariat de Kévé les testicules broyés en est toujours au point de départ. La famille de Tengué et les organisations des droits de l’homme se sont portées partie civile pour demander l’ouverture d’une enquête pour élucider les circonstances dans lesquelles il a été assassiné. Il y a un blocage systématique de la part du juge du tribunal de Kévé. Nous avons même enregistré des actes d’intimidation de la part des préfets de l’Avé et de Zio qui, entre-temps, avaient intimé à la famille l’ordre d’enlever le cadavre et de l’enterrer avant une date qu’ils avaient fixé pendant que nous attendions une deuxième autopsie du corps pour approfondir les indices de la mort de ce monsieur. Nous avons saisi depuis deux mois le ministre de l’Intérieur pour faire en sorte que les préfets arrêtent leur harcèlement vis-à-vis de la famille et que le ministère de la justice puisse permettre que l’enquête suive son cours. Tout ceci en vain. Concluez vous-mêmes ! On ne peut pas me dire aujourd’hui que nous sommes sortis de l’arbitraire…


« ALLER VERS L’OUVERTURE DEMOCRATIQUE NE SIGNIFIE PAS ENTERRER LES DOSSIERS BRULANTS»


LeTogolais.com : Beaucoup de personnes disparaissent souvent au Togo et personne n’en entend parler et des « exactions invisibles » sont quotidiennement perpétrées dans le pays. Comment la LTDH aborde-t-elle cette problématique ?

M. AKWEI Adoté : Cette question a été abordée dans le rapport et nous comptons aujourd’hui remettre le dossier sur la table. Pour nous, aller vers l’ouverture démocratique ne signifie pas enterrer les dossiers brûlants que nous avons évoqués à un moment où à un autre. Il s’agira pour le gouvernement à notre avis de régler les cas qui sont restés sans réponse jusqu’aujourd’hui notamment les cas connus de Tavio Amorin, de David Bruce, et de tant d’autres Togolais perdus dans l’anonymat d’une répression implacable. Il n’est pas question de bâtir du neuf sur de l’impunité et sur du flou. Pour la LTDH il s’agit de rétablir la vérité et surtout réparer les torts qui étaient causés à des ayant droit ou à des familles qui ont été meurtris dans leur âme. Les dossiers doivent être donc remis sur la table et élucidés. On ne peut demander à quelqu’un de pardonner sans avoir donné la chance à la vérité d’émerger. Le pardon est plus facile et l’évolution permise à la condition que la manifestation de la vérité et l’exigence de transparence ne soient pas entravées.


LeTogolais.com : Que vous inspire actuellement l’excitation des autorités togolaises à la suite de la publication du rapport de la LTDH et de la présentation de celui de la FIDH ?

M. AKWEI Adoté : C’est le contraire qui m’eut étonné. Nous sommes très serein. Ce n’est pas la première fois qu’à l’occasion d’un rapport, nous sommes confronté à ces réactions violentes. Avant la LTDH, le Département d’Etat américain avait également sorti un texte qui dit les mêmes choses et les réactions ont été similaires. Ils s’attaquent toujours à la forme au lieu de regarder le fond. Ce moment d’excitation passé, le gouvernement togolais doit revenir à de meilleurs sentiments pour se servir de nos documents comme documents de travail à partir desquels nous pouvons discuter de la promotion de plus d’espace de liberté dans notre pays. Pour ce qui concerne les événements survenus à la conférence de presse de la FIDH à Paris, nous ne pouvons pas comprendre que le gouvernement ait jugé nécessaire de faire déplacer toute cette légion de journalistes et mobiliser tous ces moyens pour apporter on ne sait quel démenti. Combien tout cela a dû coûter au contribuable togolais pendant que les retraités attendent des arriérés de pensions et des fonctionnaires leurs allocations familiales. Pendant ce temps on envoie des journalistes en service commandé… c’est déplorable !


LeTogolais.com : Les experts de la FIDH ont, apparemment, pu effectuer leur mission au Togo sans être confrontés aux obstacles habituels venant du pouvoir. Le gouvernement togolais avait-il parié sur l’éventualité d’un rapport complaisant ?

M. AKWEI Adoté : La réaction du gouvernement pendant la mission a pu peut-être le laisser croire. Ce n’est pas parce que vous offrez un dîner ou deux à quelqu’un qu’il doit se sentir obligé de vous caresser dans le sens du poil et cacher certaines vérités qui peuvent vous aider à vous améliorer votre situation. Tous ces griots et ces organisations qui élaborent des rapports complaisants sur la situation des droits de l’homme au Togo n’aident en rien le pays et il faut que les autorités togolaises fassent l’effort d’entendre la vérité pour réellement travailler à l’évolution des choses…


« IL FAUT QUE LES AUTORITES TOGOLAISES FASSENT L’EFFORT D’ENTENDRE LA VERITE…»


LeTogolais.com : Quelle est aujourd’hui, la stratégie de la Ligue dans un pays où le pouvoir finance la création d’associations des droits de l’homme qui polluent le discours sur la question ?

M. AKWEI Adoté : Cette inflation d’organisations fantoches fait du tort à une appréhension objective de la situation des droits de l’homme dans notre pays. Certains des membres de ces associations ainsi que des journalistes du même acabit ont d’ailleurs été envoyés le 14 avril dernier à Bruxelles et récemment à Paris pour proclamer la bonne parole des autorités togolaises… Mais nous avons averti nos partenaires internationaux de l’existence de ces associations qui ne sont que des porte-voix du gouvernement et qui disposent de moyens colossaux à des fins de propagande. L’objectif étant d’occulter le travail des organisations sérieuses de défense des droits de l’homme. Mais là-dessus, nous sommes également serein ; on ne peut arrêter la vérité. Ces gens peuvent l’étouffer par moment, mais elle finira par émerger. Ce n’est pas parce qu’on crie des mensonges sur tous les toits qu’ils deviennent vérité !


LeTogolais.com : Quel sens faut-il conférer aux récents engagements du gouvernement togolais, en tant qu’opportunité d’une meilleure lisibilité des droits de l’homme au Togo ?

M. AKWEI Adoté : Le gouvernement s’est engagé à garantir aux acteurs politiques et aux associations de la société civile l’exercice sans entraves de leurs libertés sur le territoire national. Sans vouloir faire de procès d’intention à qui que ce soit, nous pensons à la Ligue, qu’il faut résolument mettre ce gouvernement devant ses responsabilités. Si nous n’exerçons pas les libertés et si nous ne nous battons pas pour jouir de nos droits, c’est une nouvelle opportunité que nous offrons ainsi aux actuels dirigeants pour escamoter tout ce qui a été promis.


LeTogolais.com : Existe-t-il aujourd’hui, un courant international de soutien aux efforts de la LTDH pour la promotion des droits de l’homme au Togo ?

M. AKWEI Adoté : Oui, ce soutien existe et a été manifesté assez chaudement ces derniers mois. En moins de six mois et surtout depuis la reprise des consultations avec l’UE, nous avons senti une vague de sympathie venant de député européens et d’organisations internationales de défense des droits de l’homme. Vous êtes certainement au courant de cette réaction de plusieurs ONG de renom le 14 avril dernier appelant l’UE à la vigilance lors des consultations avec les autorités togolaises. Les gens savent très bien qu’au Togo, nous vivons sous le régime de la plus vieille dictature d’Afrique et veulent aider à un vrai changement dans le pays. Mais ceci ne pourra se faire sans une implication sincère des différents acteurs eux-mêmes. Nous espérons, avec la bonne volonté et l’engagement de tous, pouvoir sortir de cette situation très rapidement sans aller aux affrontements comme certains le pensent

La rédaction letogolais.com



LIRE EGALEMAENT:
Le rapport de la FIDH
Le rapport de la LTDH
Entretien avec le SG de la LTDH, le Pr Apedo-Amah 18/06/04

Imprimer | Envoyer par email | Réagir à cet article

Page précédente
DERNIERES DEPECHES
Togo : Jean-Pierre Fabre dit NIET à Faure Gnassingbé
Ouverture vendredi à Yaoundé d’une réunion des pays de la zone franc
Togo : 35 milliards de francs CFA de bons de trésors vont être émis sur le marché de l’UEMOA
Togo : Un nouveau Cahier des charges pour Togocel pour améliorer ses réseaux G2/G3
Espace CEDEAO: Le Togo s’oppose à la limitation des mandats présidentiels à deux !
Togo: l’OIF rend son rapport sur l’organisation de l’élection du 25 avril
Présidentielle au Togo: dix jours pour régler les derniers problèmes
Togo: Présidentielle reportée au 25 avril à cause du fichier électoral bidonné ?
Togo: les fonctionnaires en grève
L’élection au Togo s’invite en justice à Bruxelles
Les autres dépêches...



OPINIONS-DEBATS

TOGO: JE DIS BRAVO, PRINCE GNASSINGBé! NON SEULEMENT PAR IRONIE...
En refusant de signer le protocole des chefs d'État portant limitation du nombre des mandats présidentiels à deux, protocole qui a cependant recueilli l'accord de 8 chefs d'État sur 10, Gnassingbé n'a rien révélé de neuf, ni de sa personnalité, ni de ses intentions que nous, je veux dire un certain nombre de Togolais, ignorerions. Je dis bravo ! non seulement par ironie, mais aussi parce qu’il aurait pu user d’hypocrisie et de la fourberie qu’on lui connaît et signer le protocole, pour n’en jamais tenir compte, comme tant d’autres fois. Par Sénouvo Agbota ZINSOU


PORTRAITS

TOGO-RéPRESSIONS MILITAIRES : QUI A TUé ALABI NADJINOUDINE ?

INTERVIEWS

LAURENT BIGOT, DIPLOMATE LIMOGé POUR AVOIR PRéDIT LA CHUTE DE COMPAORé
C’était il y a deux ans, en juillet 2012 : le diplomate français Laurent Bigot a fait scandale en annonçant la chute de Blaise Compaoré. Après le Burkina Faso, y aura-t-il d’autres pays où la jeunesse se révoltera ? Le cas du Togo nous vient immédiatement à l’esprit. Le clan Gnassingbé, ça fait près de 47 ans qu’il est au pouvoir.


REVUES DE PRESSE

FAURE GNASSINGBé: LE DIALOGUE à LA BOUCHE, LES ARMES ET GOURDINS CLOUTéS EN MAINS
De père en fils, le régime des Gnassingbé, ce clan qui a pris en otage le peuple togolais, n’a pas changé. Ni dans sa nature, ni dans ses méthodes de conservation du pouvoir à tout prix. Et pourtant, au lendemain du décès d’Eyadéma, suivi quelques heures plus tard de l’installation de Faure Gnassingbé au pouvoir par un quarteron d’officiers, et surtout après la parenthèse de sang de 2005, un brin d’espoir était né auprès d’une frange de la population. A raison, étant donné l’extrême jeunesse du successeur du vieux dictateur au pouvoir et plus encore de son discours sur sa volonté de trancher avec l’ère ancienne.


DOSSIERS

Togo: Les forces armées togolaises et le dispositif sécuritaire de contrôle (1&2)

La constitution togolaise (1)

La constitution togolaise (2)

La constitution togolaise (3)