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LETOGOLAIS.COM - 26/10/2003 Imprimer | Envoyer | Réagir

Hanyigba, «l’île de l’Ouest »


Hanyigba reste une curiosité pour ceux qui la connaissent. Située dans la région des Plateaux, « l’Ile de l’Ouest », comme la surnomment ses ressortissants, vaut effectivement le détour. Pour vous le prouver, Le Togolais vous invite à une promenade pittoresque dans le village du sanglier.

Hanyigba se trouve à 5 km de la frontière ghanéenne et à 3 km environ de Kpalimé (Ouest du Togo) ; elle est entourée de forêts peuplées de sangliers et de buffles, de plantations de caféiers et de cultures vivrières. Hanyigba constitue l’une des principales attractions de la capitale des plateaux, Kpalimé. Localisée entre deux rivières et deux forêts géantes, elle est appelée par ses habitants «l’île de l’Ouest». Hanyigba étend son autorité administrative et traditionnelle sur neuf villages. L’histoire des Hanyigba est intimement liée à celle de l’immigration forcée des Ashanti du Ghana. Ces peuples se sont exilés vers le Togo et se sont installés dans les montagnes. Cette immigration datant de plusieurs siècles, les mémoires se sont un peu émoussées. Pourtant les notables du village n’oublieront jamais l’année fatale de 1970, date du plus important drame vécu par la population d’Hanyigba. Une maladie, alors encore inconnue, décima des familles entières : le choléra. Le Togo commençait à peine à faire l’expérience conjointe de l’indépendance et de la dictature. Les autorités, depuis Kpalimé, décidèrent alors de mettre en quarantaine tout le village pendant six semaines. Hagnibga resta dix jours totalement coupé du monde extérieur.

l’île propre, l’île verte

Des mesures draconiennes venaient ainsi perturber la quiétude d’un village longtemps réputé prospère. Hanyigba pensa à une malédiction et l’on fit des sacrifices pour conjurer le mal. Tous les animaux furent sacrifiés mais rien n’y fit. Des gendarmes étaient chargés d’apporter la nourriture aux familles du village. Ils n’adressaient la parole à personne. Trois mois plus tard, la bravoure des agents médicaux venait à bout du choléra. A quelque chose malheur est bon, dit l’adage. C’est ainsi qu’ Hanyigba est devenu l’un des villages les plus propres du pays. La sensibilisation sur les vertus de la propreté est quotidienne. Les ruelles sont canalisées vers les rivières limitrophes. Les toilettes ne sont plus ouvertes. La ville est quotidiennement balayée. La pratique de la collecte de l’eau de pluie est exigée pendant la saison des pluies. Il est admis dans le village et surtout dans les ménages que la saleté, les ordures et les hommes ne cohabitent jamais ensemble.

Hanyigba compte environ 4 500 âmes et 8 500 dans ses environs, essentiellement des vieux et des femmes. L’exode rural a eu raison de la région. Les jeunes sont partis à Kpalimé ou à Lomé. Le village est pourtant situé dans un espace géographique au climat humide et à la végétation luxuriante propices à l’agriculture. La terre est fertile et le courage des paysans est largement récompensé à chaque récolte. Les travaux champêtres constituent la principale occupation des populations ; femmes, enfants, vieux et jeunes, tous s’y adonnent. Les élèves accompagnent leurs parents le week-end dans les champs dont les plus importants sont très éloignés du village. Actuellement les habitants se préparent à la cueillette du café qui est rare, cette année, car les pluies ont été trop abondantes. Les fleurs sont tombées et par conséquent les fruits ne tiendront pas. C’est une grosse manne qui s’échappe du village. D’ailleurs, il y a fort longtemps que le prix du café a baissé et que les populations ont perdu tout espoir.

Riche de ses traditions

Le village jouit d’une évidente autosuffisance. Les habitants n’ont besoin que de sel, de poisson mais surtout d’acheteurs pour leurs produits. Ils cultivent le plantain (banane sauvage), la banane, les céréales, le café, le cacao et chassent le gibier. Les vieux du village racontent encore, avec passion, l’héroïsme de leurs parents qui chassaient le gibier nuit et jour notamment le sanglier. Le village doit d’ailleurs son nom à cet animal sauvage. Au centre du village, sur la place publique dénommée Ablomè, trône l’arbre à palabre aux racines ouvertes et géantes. Il abrite les rencontres importantes du village. Les populations de Hanyigba sont très attachées à leurs terres et à leurs traditions. L’Ile de l’Ouest accueille au moment des initiations et des fêtes traditionnelles ses enfants disséminés partout dans le monde. Les pratiques animistes résistent encore malgré l’intolérance de certaines sectes religieuses admises dans la région. Des arbres et plusieurs endroits sont sacrés et les habitants croient que les esprits des ancêtres y résident. N’y accèdent que les initiés autochtones.

L’influence occidentale est à peine visible à Hanyigba. Si ce n’est qu’à côté des lampes-tempête, certains privilégiés alimentent leurs maisons et bars avec l’électricité. La bière est ainsi fraîche toute la journée ! Pourtant ce n’est pas la boisson préférée de tous. Le vin de palme (Déha) coule à flot. Son extraction est l’une des activités auxquelles les paysans s’adonnent allègrement. Une autre liqueur, le Sodabi, également très appréciée est obtenue à partir du vin de palme. Les deux boissons sont exposées et vendues dans les maisons ou sous les ombrages des arbres.. On les déguste dans des espèces de cabarets, endroits très ouverts et forts appréciés, le matin, sur la route des champs et le soir, au retour. Le marché d’Hanyigba s’anime tous les samedis. Ses hangars construits de branchages de palme et de paille accueillent des clients qui viennent de Kpalimé, de Lomé et du Ghana. Des clients qui ne semblent pas découragés par le sentier poussiéreux et caillouté en terre rouge qui mène au village.

La rédaction letogolais.com

Lire également:
KPALIME, la ville oubliée
Kloto.org

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