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RFI - 20/06/2003 Imprimer | Envoyer | Réagir

Mariette-Arlette Carlotti,


VICE-PRESIDENTE DE L’ASSEMBLEE PARLEMENTAIRE AACP-UE

« RFI : Pourquoi le Parlement européen n’a-t-il envoyé aucun observateur à la présidentielle du 1er juin dernier au Togo
Parce que nous avons demandé au gouvernement togolais de pouvoir envoyer une observation deux mois à l’avance, de façon à pouvoir faire une réelle observation sérieuse ; voir comment fonctionnent les commissions électorales et comment sont distribuées les cartes d’électeurs ; cela nous a été refusé. Donc, ni le Parlement européen, ni la Commission européenne n’ont souhaité y aller uniquement trois jours avant pour, finalement, prendre le risque d’être caution de ce que préparait Eyadéma.

RFI : Avec le recul aujourd’hui, trois semaines plus tard, est-ce que vous regrettez ou est-ce que vous vous félicitez de ne pas y être allés ?
Je ne me félicite pas ; mais je ne le regrette pas parce que je crois que Eyadéma était en train de réaliser son troisième coup de force dans ce pays et je pensais qu’on n’aurait pas observé sur le moment même, des choses qui étaient observables. Je constate que certains y sont allés, je le respecte ; mais, qu’est-ce qu’ils ont vu ? Ils n’ont rien vu. Ils ont visité trois bureaux de vote ; ils ont déclaré que tout se passait bien. Et au même moment, Amnesty international faisait des déclarations pour dire que les choses allaient plutôt mal et qu’il y avait une escalade de la violence dans le pays quelques jours avant, qu’une quarantaine de personnes avaient été arrêtées ; il signale une personne blessée, une autre tuée. Ce n’est pas forcément sûr qu’un parlementaire qui aille trois jours avant de rendre compte de tout çà.

RF : Que répondez-vous à ceux qui disent que, quand on y est, on peut voir des choses qu’on peut dénoncer ensuite ?
Bien sûr, j’espère qu’ils le dénoncent ; je pense que ceux qui sont y allés doivent faire leur travail , mais, qu’on ne fait pas forcément bien le travail et qu’on risque d’apporter une caution au pouvoir en place, surtout avec quelqu’un comme Eyadéma qui est fort pour récupérer les situations. Il y a un autre député de gauche, un autre français comme vous, le communiste Fodé Sylla, qui est allé observer ces élections.

RFI : Que pensez-vous de son attitude ?
Moi, je pense qu’elle est tout à fait personnelle. Je respecte beaucoup le collègue ; je pense qu’il s’est trompé. Il déclare qu’il a visité six bureaux de vote et qu’il n’a pas vu grand-chose ; il dit que tout s’est passé dans un bon climat. Ce n’est pas ce que disent les ONG. Je pense qu’il n’aurait pas dû le faire. Maintenant, chacun assume sa responsabilité. Au Togo, très peu d’ONG y sont allés ; très peu d’organisations internationales. Les Nations Unies ont refusé d’y aller, de même que le Parlement et la Commission européenne. Donc, il y avait un risque. Notre groupe n’a pas voulu prendre le risque de cautionner Eyadéma. Je regrette d’ailleurs que dans la précipitation, alors que la Cour constitutionnelle togolaise elle-même n’avait pas encore fait de déclaration définitive pour proclamer les résultats, ce soit le président Chirac qui ait félicité Eyadéma. Ça me pose un vrai problème en tant que française.

RFI : Fodé Sylla est allé à Lomé à la demande de Jacques Chirac. Qu’est-ce que vous en pensez ?
Je ne pense rien. Je l’ai lu dans la presse ; je n’ose pas le croire. Je ne cautionne pas cette délégation qui a été montée par Jacques Chirac. Il monte une délégation par-delà les organisations internationales ; il monte une délégation sans mandat précis. Je trouve que ce n’est pas très bien et que cela ne donne pas une bonne image de la France. Je ne trouve pas correct que Fodé Sylla se soit prêté à ce jeu.

RFI : La question est maintenant de savoir s’il faut oui ou non, reprendre la coopération avec le Togo.
Voilà dix ans qu’elle est arrêtée. Quelle est votre position ?
Je pense que trop c’est trop. On ne peut pas, après ces élections semble-t-il truquées, après qu’on ait modifié la Constitution et le Code électoral, que Eyadéma ait promis, y compris au Président de la République, qu’il ne se présenterait plus et que, finalement, il modifie tout pour se représenter, je crois que ce n’est pas aider la démocratie au Togo que de faire comme si de rien n’était. Je tiens à vous dire que le président ACAT-Togo est toujours en train de se cacher, simplement parce que nous l’avons invité au Parlement européen pour venir nous parler de la situation de son pays. Il est donc nécessaire que la communauté internationale réagisse, il faut que l’on cesse de prendre les gens pour des imbéciles et faire croire que tout va bien dans ce pays alors qu’on nous annonce des gens qui sont dans les pires difficultés, une presse qui ne peut plus s’exprimer, des candidats aux élections qui ne peuvent pas se présenter, des problèmes sur les atteintes personnelles aux droits de l’Homme.

RFI : Vous savez que les Européens ne sont pas d’accord entre eux sur le Togo et qu’actuellement, il y a deux textes qui circulent parmi « les quinze », un texte britannique qui propose le maintien des sanctions et un texte français qui propose semble-t-il, au contraire, de revenir sur les sanctions. Quel est, à votre avis, le texte qui va l’emporter dans les jours qui viennent au sein de l’Union européenne ?
Vous parlez là du Conseil ; la France est toujours égale à elle même, elle veut reprendre des relations normales avec le Togo. Je ne sais pas ce que fera le Conseil, je ne connais pas les rapports de forces au sein du Conseil sur la question. Je connais les rapports de forces au sein du Parlement européen. Il semble que les Parlementaires européens sont pour le fait que nous ne reprenions pas l’aide et que nous maintenions les sanctions parce que, aucun signe n’est donné de ce côté là. Vous savez, on a été à deux doigts, y compris moi-même de reprendre l’aide en direction du Togo parce qu’il y avait un processus de réconciliation nationale et qu’on y a cru.

RFI : C’était quand ?
C’était il y un an, deux ans de cela. Parce qu’il y a eu des émissaires qui ont été envoyés. Stasi en faisait partie pour la France. On a cru que les choses évoluaient, qu’autour d’une table étaient réunis, les partis de l’opposition et les partis au pouvoir. Et puis, Eyadéma a rompu tout cela pour pouvoir se présenter. Il a même fait un clash au sein de son propre parti puisque Monsieur Péré s’est présenté contre lui ; C’était quand même un ancien président de l’Assemblée nationale. Donc au lieu de savoir s’il faut reprendre l’aide ou pas, on ferait mieux de savoir comment on va aider ce pays à sortir de cette impasse et l’aide ira avec. »

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